On savait depuis maintenant un an que les nouvelles normes prudentielles imposées aux banques européennes par Bale III impliquaient pour les banques françaises de limiter la croissance de leurs filiales ayant le statut de sociétés d’assurances sur la vie pour orienter dorénavant une partie de l’épargne de leurs clients vers des dépôts à un an ou plus sur des livrets bancaires au détriment d’un nouveau versement sur le contrat d’épargne placé dans leur filiale d’assurances sur la vie.
En août, quand Mme Christine Lagarde, dans son nouveau rôle de Directrice générale du FMI a martelé que les banques européennes et notamment françaises étaient dans une situation critique, on a jugé qu’elle visait une insuffisance de fonds propres. Ce n’était pas le cas.
Certes, quatre des cinq principales banques françaises vont devoir d’ici juin 2012 accroître leurs fonds propres globalement de 7,5 milliards d’euros pour répondre aux exigences prudentielles de l’EBA, l’autorité prudentielle de l’Union Européenne en charge des banques, mais c’est la moitié de ce qui est demandé aux banques allemandes et espagnoles et les banques françaises vont pouvoir faire face à ces apports en fonds propres soit en ne distribuant pas de dividendes au titre de l’exercice 2011 comme la Société Générale, le Crédit Agricole et probablement BNP PARIBAS, soit en faisant appel à leurs sociétaires pour la BPCE à travers les Banques Populaires.
Ce que visait Christine Lagarde en citant les banques françaises, c’est leur colossal endettement :
-1 300 milliards d’euros de dettes à court terme,
-1 500 milliards d’euros de dettes à long terme.
C’est beaucoup plus que la dette souveraine de l’Etat français !
Pour la dette à court terme, ce sont des capitaux que les banques doivent trouver sur un marché de liquidités en panne, d’autant qu’une large partie de cette dette à court terme est libellée en dollars et que depuis août, les fonds monétaires américains ont cessé de prêter aux banques françaises. De ce fait, le recours des banques françaises auprès de la Banque Centrale Européenne n’a fait que s’amplifier depuis l’été culminant à près de 100 milliards d’euros en octobre. Il a ainsi dépassé le recours des banques espagnoles (86 milliards) ou ceux d’autres pays de la zone euro autour de 20 milliards.
Dans les comptes du 3ème trimestre de BNP PARIBAS, le passif à court terme atteint 232 milliards soit plus que les ressources à moyen et long termes (166 milliards). De même à la Société Générale, le passif à court terme atteint 147 milliards quand ses ressources à moyen et long termes sont de 119 milliards.
La Banque Centrale Européenne en annonçant le 6 décembre qu’elle allait prêter aux banques pour une durée exceptionnelle de trois ans, outre qu’elle met en place un dispositif pour secourir les Etats de la zone euro dans le remboursement de leurs dettes souveraines, vise à aider les banques européennes à faire face à leur refinancement à court terme.
Les banques françaises font d’ailleurs de la baisse de leur dépendance au financement court terme un axe stratégique dans la communication de leurs résultats.
Ainsi la Société Générale affirme l’avoir ramené à 24% de son bilan fin septembre 2011 contre 39% en juin 2011. Le Crédit Agricole l’avoir réduit à 135 milliards à la fin septembre soit 35 milliards de moins qu’en juin 2011. Grâce à l’action de la Banque Centrale Européenne décrite ci-dessus à quoi s’ajoute son swap avec la Banque Fédérale Américaine, qui lui permet de prêter des dollars aux banques françaises qui doivent faire face à des remboursements en dollars, il semble que l’Etat n’aura pas à voler au secours des banques françaises pour leur refinancement à court terme.
Pour le remboursement des dettes à long terme qui arrivent à échéance en 2012, initialement elles étaient de 110 milliards, par des négociations discrètes avec leurs créanciers, les banques ont pu ramener à 80 milliards d’euros, la demande exigible de remboursement en 2012 :
- 20 milliards pour BNP PARIBAS,
- 15 milliards pour la Société Générale,
- 12 milliards pour le Crédit Agricole,
- 21 milliards pour la BPCE,
- 12 milliards pour le Crédit Mutuel- CIC.
Listant les facteurs qui menacent le triple A de la France, l’agence Standard & Poor’s cite au 3ème rang la situation des banques françaises qui implique des besoins de refinancement important face à de grandes échéances de leur dette à long terme qui arrivent à maturité en 2012 et montre par son analyse que la crise est dorénavant systémique.
Comment les banques françaises ont-elles pu se rendre si dépendante d’un refinancement extérieur ?
Un grand banquier de la Place, dont on ne citera pas le nom pour ne pas le gêner, commente ainsi l’analyse de Standard & Poor’s sur la situation des banques françaises :
« C’est une vision biaisée du modèle français. Une très grande partie de nos ressources est hors bilan comme l’assurance-vie ».
Cette phrase dit tout !
Tout d’bord une monstrueuse bévue, PREDICA, SOGECAP ne sont pas hors bilan des comptes du Crédit Agricole ou de la Société Générale. Ce sont des entreprises de plein exercice, filiales des banques et dont les actions apparaissent aux bilans de leurs maisons mères comme participations. Les milliards d’encours qu’elles portent dans leurs bilans ne sauraient en aucune façon se confondre avec les ressources de leurs maisons mères.
Ensuite, la dure réalité. En créant des filiales, sociétés d’assurances sur la vie, les banques françaises ont toutes, à partir des années 80, fait le choix d’orienter l’épargne de leurs clients bancaires sur des contrats d’épargne placés auprès de leurs filiales ayant le statut de société d’assurances sur la vie, car en agissant ainsi, elles faisaient bénéficier leurs clients d’une fiscalité plus avantageuse tout en obtenant pour elles des marges plus généreuses.
Ayant vidé les livrets bancaires de leurs clients, les banques françaises pour poursuivre leurs activités de crédits ont dû emprunter. Trouvant facilement ce financement extérieur, elles ont eu, un peu ou beaucoup la folie des grandeurs et ont emprunté non pas seulement pour répondre aux besoins de crédit des ménages et des entreprises françaises mais aussi pour faire de la banque d’investissement, terme anodin pour couvrir des activités financières sans rapport avec le crédit et leur métier originel.
Si les banques françaises au lieu de créer des filiales d’assurances sur la vie avaient continué à recueillir l’épargne de leurs clients en le plaçant sur des livrets bancaires à terme, elles auraient aujourd’hui au minimum 700 milliards d’euros de dépôts sur des livrets bancaires qui sont aujourd’hui sur des contrats en euros dans leurs filiales, sociétés d’assurances sur la vie !
Pour faire face aux échéances de 80 milliards d’euros de leur dette à long terme en 2012, les banques françaises vont veiller de façon systématique et de façon très incitative à ce que toute nouvelle épargne de leurs clients soit placée sur des livrets bancaires à terme.
Concrètement, elles vont :
- s’efforcer d’arrêter l’alimentation en versements libres des contrats épargne de leurs filiales, sociétés d’assurances sur la vie. Celles-ci pourront espérer rester alimentées par les versements périodiques ou programmés, par prélèvement automatique ;
- inciter leurs clients dont les contrats sont arrivés au terme des 8 ans et tout particulièrement les détenteurs de contrats à prime unique d’un montant élevé à rapatrier cette épargne sur des comptes bancaires à terme sensiblement mieux rémunérés en 2011 que l’épargne des contrats vie en euros !
Par ces deux actions, les banques peuvent espérer ramener en 2012, 80 milliards au sein de leur bilan et ainsi pouvoir faire face aux échéances 2012 de leur dette à long terme.
On a compris que ces 80 milliards, sans cette crise systémique et ce moment de vérité sur ce modèle français de bancassurance de l’assurance vie, seraient restés comptabilisés dans l’encours géré par les sociétés d’assurances sur la vie. Ce scénario 2012 sera aussi celui de 2013, 2014, 2015…et toujours de l’ordre vraisemblablement de 80 milliards…
On voit bien dès lors que 2012, va marquer un tournant décisif dans l’histoire de la bancassurance en France.
Pour ce qui concerne leur activité épargne, les filiales des banques, sociétés d’assurance vie vont se mettre de facto en situation de run off. Par contre pour survivre, elles vont accélérer leur déploiement sur la prévoyance et ce sous toutes ses formes.
Enfin, les banques à travers leurs filiales d’assurances dommages vont continuer leur offensive sur le marché des particuliers en automobile et en MRH. Elles vont être très présentes sur le marché de la complémentaire santé. Enfin, elles vont venir découvrir les marchés des professions libérales, des commerçants et des artisans et même des PME à l’exemple de PACIFICA.
Ce n’est donc pas la fin de la bancassurance mais seulement la fin de cette originalité française, avoir crée sous le terme assurance-vie un marché qui était simplement de l’épargne.
C’est une bonne nouvelle pour les assureurs vie traditionnels qui vont enfin retrouver la voie de la raison en développant les fondamentaux du métier d’assureur vie, l’assurance décès, la prévoyance et la retraite.
PML
