Quand Kessler vieillit

À l’époque où François Ewald lui servait de nègre, on le connaissait mieux inspiré… L’inébranlable président de la Scor, notre mythique Denis Kessler, a signé dans Les Échos de lundi une tribune consacrée à la mise sur pied d’une taxe sur les transactions financières. Il en dit beaucoup de mal, on ne s’en étonnera guère. «L’enfer fiscal est pavé des meilleures intentions», nous dit-il avec des accents de vérité qui nous mettraient les larmes à l’oeil. Et de rappeler que la taxe sur les transactions sera répercutée sur les clients, notamment les détenteurs de contrats d’assurance-vie. En cela, elle rejoindra, au Panthéon fiscal, les innombrables taxes et contributions qui touchent les contrats d’assurance.

En rhétorique, la critique kesslérienne s’appellerait volontiers une tautologie: la taxe sur les transactions est mauvaise, car elle est payée par ceux qui font des transactions, notamment les clients des assureurs. Certes. Nous l’avions tous bien compris, et nous pouvons même dire sans prendre trop de risques que tel est là son objet dans l’esprit de ses inventeurs. Malheureusement, l’argumentation du maître s’arrête là…

On s’attendait à mieux. Peut-être Denis K. eût-il pu pourfendre le mauvais ciblage d’une taxe qui ne touchera qu’imparfaitement les causes véritables de l’instabilité financière: le trading de haute fréquence, que Laurence Parisot propose d’interdire, les prises de risque inconsidérées dans les entreprises financières, dont Groupama ou Dexia auront été les victimes les plus connues cette années, l’opacité des produits dérivés qui déstabilisent tout le marché. Peut-être eût-il pu abonder avec la meute, en annonçant la disparition de Paris comme place financière. Peut-être eût-il pu tout simplement donner le change, en cherchant de bonnes raisons d’intérêt général pour ne pas adopter cette taxe.

Faut-il voir dans ce manque d’inspiration une conception financière à court d’arguments face à la curée que les marchés subissent depuis plusieurs mois? Ou un combat d’arrière-garde contre une remise au pas de la sphère financière qui s’impose de plus en plus comme l’ultime mesure capable de protéger les épargnants d’une ruine de plus en plus probable?

Kessler plaide pour une diminution des dépenses publiques comme solution à la crise de la dette. Sans doute, sans doute,… Mais il le sait, réduire les emplois et les budgets dans les administrations publiques ne suffira pas à juguler une dette galopante. Il faudra bien trouver des mesures complémentaires…

 

Gérard Bec

PS-  Vous venez de lire un nouveau Blog animé par un très fin connaisseur du milieu de l’assurance et de ses élites. Mais pour lui permettre de continuer à officier secrètement, notre chroniqueur signe ses papiers sous un pseudo, celui de Gérard BEC. Et en attendant qu’il ait sa tribune personnalisée, je suis ravi de l’héberger temporairement sous mon propre blog.

Jacques de Baudus

Le 18 janvier 2012 dans Le Blog de Jacques de Baudus Tags: