Un sondage réalisé par l’IFOP pour l’USINE NOUVELLE sur un échantillon de 1028 personnes représentatives de la population française, âgée de plus de 18 ans, interrogée entre le 11 et le 13 octobre 2011 montre que 8 Français sur 10 estiment que « l’’industrie a beaucoup décliné en France ces dernières années ». Ils ne se trompent pas.
La part de l’industrie dans le produit intérieur brut, est passée en France de 30% en 1985 à 25% en 2000, pour ne représenter seulement aujourd’hui que 20%. En Allemagne, elle est aujourd’hui de 30%.
Ces français interrogés par l’IFOP sont 9 sur 10 à souhaiter que la réindustrialisassions de la France soit l’une des principales priorités des prochaines années.
Cette mobilisation autour de l’industrie des français est une formidable opportunité qu’il faut saisir. Réindustrialiser la France, c’est un défi. Il peut et doit être relevé.
Malgré la rigidité de notre droit du travail, malgré nos prélèvements record, la France peut réinventer notre industrie.
General Electric qui fabrique à Buc, dans les Yvelines ses mammographes pour le marché mondial, TOYOTA qui produit à ONNAING près de Valenciennes sa YARIS hybride exportée partout dans le monde sont soumis à ce même droit du travail et à ces mêmes prélèvements et apportent la preuve qu’il est possible de produire en France, en donnant satisfaction à toutes les parties prenantes, clients, fournisseurs, salariés et actionnaires .
Comment réinventer notre industrie ?
- Pour ce faire, l’industrie française doit engager une véritable modernisation de son approche industrielle.
Depuis une vingtaine d’années, elle a fait l’erreur de croire qu’il suffisait de mettre en place un outil de gestion permettant la réduction des coûts et l’optimisation du cash Flow, pour atteindre l’excellence industrielle.
L’industrie française ne pourra rayonner que si elle reconsidère son approche d’elle-même, que si elle prend en compte que les cycles se sont raccourcis et que le temps s’est accéléré.
- En produisant des produits avec plus de valeur ajoutée et en se positionnant sur le haut de’ gamme.
En Allemagne, les industriels réalisent un chiffre d’affaires par salarié supérieur de 30% à celui des entreprises françaises ; cela leur permet d’absorber le coût élevé d’un salarié.
Monter en gamme, c’est l’exemple de NOREX Industrie qui a son siège à Saint-Quentin et qui emploie 1 500 salariés. Ce fabricant de pompes industrielles et d’équipement de proces pour l’agro-alimentaire (240 millions d’euros de chiffre d’affaires dont 75% réalisés à l’export) a su abandonner les produits d’entrée de gamme pour se spécialiser dans le sur-mesure.
C’est aussi l’exemple de l’équipementier ferroviaire FAIVELEY (914 millions d’euros de chiffre d’affaires, 76 millions d’euros de résultat net) qui fournira les freins des 130 nouveaux trains à grande vitesse 1cx de Siemens.
Grâce à son positionnement « la haute valeur ajoutée technologique », FAIVELEY a quintuplé son chiffre d’affaires entre 2001 et 2011.
En 2008, la France connaît des moments difficiles, l’industrie automobile et ses sous-traitants dépendants de PSA Peugeot – Citroën souffrent. Sur une idée du président de l’Agence Régionale de développement de Franche-Comté, des contacts étroits sont engagés avec les directeurs des usines d’Alsthom et du centre d’expertise de General Electric, tous deux à Belfort. Alsthom fabrique des turbines à vapeur, dont celle géante, destinée au réacteur EPR en construction 0 Flamanville, dans la Manche.
General Electric y possède son centre d’expertise mondiale sur les turbines à gaz.
Le concept de Vallée de l’Energie nait de ces rencontres, le potentiel de cette filière étant marquée par l’automobile.
Un cluster est né, constitué en Association loi de 1901, dirigée par trois collèges :
- Les industriels
- Les organismes de recherche et de formation, en particulier l’Université de Technologie de Belfort Montbéliard (UTBM),
- L’Agence Régionale de Développement de Franche-Comté
Le cluster « Vallée de l’Energie » réunit environ 200 sous-traitants. Ils développent des compétences en ingénierie, en production et en maintenance.
Environ 7 500 emplois sont portés par le cluster, dont 4 900 par Alsthom et General Electric (GE).
Le cluster réalise un chiffre d’affaires de 4 milliards d’euros. Il favorise les relations entre les PME et les donneurs d’ordre, coordonne les besoins de formation et d’infrastructures. Ainsi, il organise chaque année un « rendez-vous des acteurs de l’énergie ». Le dernier a réuni à Belfort 30 grands donneurs d’ordres venus pour expliquer aux entreprises sous-traitantes du cluster, leurs besoins, leurs méthodes de travail et passer des contrats.
Le Président d’une des entreprises du cluster (NECAPLUS) présente aussi le cluster.
« Notre défi quotidien est d’être plus compétitif que les pays à bas coûts grâce à la vitesse et à la précision de notre travail : cela demande beaucoup d’investissement. La Vallée de l’Energie fait la promotion de notre territoire afin que le tissu industriel local devienne une référence nationale. De fait, le cluster attire les donneurs d’ordre.
A travers la mutualisation des demandes, il est possible de dispenser des formations techniques, de créer des centres techniques pour maintenir notre compétitivité.
- Par la diversification et l’innovation
La France dispose de très bonnes compétences. C’est un pays innovant où une technologie de bon niveau est à disposition. Il suffit de sortir du cadre traditionnel pour se diversifier en faisant fructifier des acquis cachés, utilisables par d’autres activités, à l’exemple de Guy Deglenne, spécialiste des arts de la table. Expert de l’emboutissage d’acier inox, il a développé une activité de sous-traitance industrielle de précision dans l’aéronautique et le nucléaire qui représente à présent 75% de la charge de travail de son usine de Vire dans le calvados.
Toujours dans les arts de la table, le verrier ARC INTERNATIONAL, connu pour ses verres, fabrique des hublots de lave-linge pour la plupart des grandes marques européennes, ce qui apporte un complément de charge industrielle à son usine d’Arques dans le Pas-de-Calais.
Le développement durable est un puissant levier de diversification à l’exemple de DCNS, le constructeur de sous-marins et de frégates.
La réflexion a démarré en 2007 sous l’impulsion de Bernard PLANCHAIS, son Directeur Général. Le but : Trouver de nombreux relais de croissance en allant démarcher en interne, des technologies et des compétences inexploitées, un incubateur d’idées baptisé « Energie Marine Renouvelable (EMR) est créé. Le groupe se positionne comme un industriel de la mer :
- L’énergie des courants,
- L’énergie des vagues
- L’énergie des marées (qui repose sur le différentiel de niveau de l’eau),
- L’énergie thermique (qui extrait de la chaleur en jouant sur la différence de température entre la surface et les eaux profondes).
DCNS construit ainsi actuellement un système de récupération de l’énergie de la houle – dit CETO – qui va être implanté à la Réunion dans quelques mois et en Irlande (PERTH WAVE ENERGY PROJECT)
Le principe de CETO
- Un flotteur immergé sous la surface de l’eau transmet ses oscillations à un vérin qui met un fluide sous pression. Le fluide est envoyé à terre vers une turbine hydro-électrique. La turbine est à terre : aucun composant électrique sous l’eau
- Dans le domaine de l’énergie thermique des mers, DCNS a conçu un moteur thermique unique au monde ;
- DCNS à partir d’un brevet sur les rotules est parvenu à multiplier par 10 la durée de vie d’un houlomoteur, etc,…
- Autre exemple : SOITEC, leader mondial des produits de silicium sur isolant (Silicon ou Insulator), en s’appuyant sur un savoir-faire unique –une méthode de découpe à l’échelle atomique va l’appliquer à la découpe des lamelles constituant les cellules des systèmes photovoltaïques à concentration et devient en 2 ans un acteur de premier plan sur le secteur.
Demandons aux médias, notamment les journaux télévisés de ne plus se cantonner dans des reportages sur des délocalisations, des fermetures de sites, des accidents, mais aussi de montrer tout autant les exemples formidables d’innovations et de diversification comme la « Vallée de l’Energie », les efforts de l’industrie pour respecter l’environnement, pour consommer moins, pour produire durable.
Ce changement d’approche est indispensable pour accompagner l’élan qu’appelle le renouveau de l’industrie française.
La mobilisation des talents et des énergies et des moyens pour réinventer l’industrie française devrait être une action prioritaire à proposer aux banques lors de l’élection présidentielle.
PML
