L’insertion des Jeunes sur le Marché du Travail

Une étude d’Arnaud CHEROU, Professeur des universités, Directeur de recherches à l’EDHEC Business School, montre qu’il existe une problématique spécifique au chômage des jeunes et notamment que la combinaison d’une protection de l’emploi et d’un système d’assurance chômage généreux, retardent l’insertion des jeunes.

Le taux de chômage des 15-24 ans est passé en France de 17,9% à 25% entre 2008 et aujourd’hui, mettant en évidence une forte sensibilité de l’emploi des jeunes à la conjonction macro-économique.
Toutefois, la difficulté des jeunes pour s’insérer sur le marché du travail est d’abord un problème structurel comme l’expose Arnaud CHEROU.

Il me parait important de rapporter les résultats de sa recherche, tant je juge que l’expérience d’un épisode de chômage important, à la sortie du système de formation initiale, peut avoir des effets négatifs et permanents sur les trajectoires individuelles sur le marché du travail.

L’insertion des jeunes sur le marché du travail s’analyse par le taux de chômage des travailleurs entre 15 et 24 ans se déclarant actifs, qui caractérise la difficulté de leur insertion.

Cet indicateur ne rend pas compte que face à une insertion difficile, les jeunes choisissent de prolonger leurs études plutôt que de connaitre le chômage. Aussi, le rapport entre le taux de chômage des 15-24 ans (25%)  et celui des adultes (10%) montre une situation qui tend à minimiser le problème d’insertion.

Par ailleurs, les jeunes qui sortent du système de formation initiale sont confrontés à un  phénomène de « queue » à l’entrée. L’arrivée en masse de jeunes génère un problème de congestion,  de sorte qu’un certain laps de temps est nécessaire afin que l’insertion des jeunes s’opère progressivement.

Arnaud CHEROU  a constaté que les pays qui mettent en place une assurance chômage élevée, sont également ceux qui protègent le plus les emplois. L’unique exception : le système danois, avec un système dit de « flexisécurité » qui combine une  relativement faible protection des emplois et une très forte indemnisation du chômage.

De façon schématique et en laissant de côté le cas du Danemark, Arnaud CHEROU montre que deux stratégies sont typiquement retenues par les gouvernements :

Soit un niveau élevé d’assurance chômage et une forte protection des emplois ; on peut parler « d’Etat providence »

Soit un niveau faible d’assurance chômage et une absence de protection des emplois, on parlera alors d’un Etat optant pour le « Laissez-faire ».

La situation de Laisser-faire, caractérisée par l’absence de protection de l’emploi (pas de coût de licenciement) et un niveau faible d’allocation chômage, génère des rotations importantes sur le marché du travail, avec des possibilités de trouver et de perdre un emploi relativement élevé.

Dans le cas de l’Etat Providence, du fait d’une probabilité de trouver un emploi, inférieure au cas du laisser faire, le phénomène d’insertion sur le marché du travail se trouve ralenti.

Formellement, Arnaud CHEROU montre que le taux d’emploi des jeunes est inférieur dans le cas de l’Etat Providence relativement à celui du Laisser-faire.

Les deux points de la démonstration :

Plus le niveau d’indemnisation chômage est élevé, moins il y a de créations d’emplois et plus il y a de destructions d’emplois. Ceci résulte de la baisse de l’effort de recherche d’emploi et de la pression à la hausse qu’exercent les allocations chômage sur les salariés.

Plus les coûts de licenciement sont importants, moins il y a de destruction d’emplois, mais moins aussi  il y a de création d’emplois, donc une réduction globale du flux d’emplois.

De ce fait, du point de vue des adultes, la combinaison d’un système d’assurance chômage généreux et d’une forte protection des emplois, peut générer un taux d’emplois identique à celui résultant d’un système où les emplois ne sont pas protégés et les indemnités chômage sont faibles.

Ce bilan des effets sur la création et la destruction d’emplois qui s’avèrent équilibrés pour les adultes, ne l’est en revanche pas, s’agissant des jeunes.

Les jeunes sont en effet dans une position de première entrée sur le marché du travail – ce qui compte avant tout pour eux, c’est l’accès au premier emploi.

Aussi, une économie pour laquelle l’assurance chômage et la protection des emplois sont élevés va présenter de mauvaises statistiques en termes d’emploi des jeunes, sans que cela soit pour autant le cas, s’agissant des adultes.

Il est essentiel de comprendre que la générosité du système d’assurance chômage et la rigueur de la protection des emplois sont un déterminant clé de la vitesse d’ascension des jeunes sur le marché du travail.

La conjugaison de mesures réduisant l’ensemble des flux sur le marché du travail s’avère particulièrement préjudiciable pour les 15-24 ans puisque l’emploi pour cette classe d’âge dépend en premier lieu des créations d’emploi.

L’étude d’Arnaud CHEROU a été conduite en analysant le monde du travail de huit pays : le Danemark, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Suède, le Royaume-Uni et les Etats-Unis.

Sur ce panel de 8 pays, deux seulement le Danemark et l’Allemagne, présentent de bonnes statistiques  en matière d’insertion des jeunes.

L’Allemagne et le Danemark sont caractérisés par l’existence d’un système éducatif  dual, c’est-à-dire où l’apprentissage permettant de combiner  école et travail est significativement développé.

Arnaud CHEROU montre que l’existence d’un système éducatif reposant véritablement sur l’apprentissage facilite grandement l’insertion des jeunes sur le marché du travail.

Ceci explique la relative bonne performance de l’Allemagne en matière d’emploi des jeunes (10% de taux de chômage) malgré une assurance chômage et une protection de l’emploi  dans la moyenne  des 8 pays considérés dans le panel.

L’expérience danoise montre que la combinaison d’un système d’assurance chômage généreux :

- d’une protection des emplois limitée,

- d’un système éducatif reposant fortement sur l’apprentissage,

peut permettre d’afficher un taux d’insertion des jeunes sur le marché du travail performant (sur une période de 10 ans 2000/2010, la moyenne du taux de chômage des jeunes s’établit à  7%).

Un candidat à la Présidentielle ne peut pas prendre le risque d’annoncer qu’il proposera au Parlement une réduction de la protection des emplois, par contre, il peut s’engager à réformer en profondeur notre système éducatif en le faisant reposer à l’avenir sur l’apprentissage dans toutes les filières de l’éducation et des activités (industries et services). Il me paraît insupportable d’imaginer que nous puissions nous satisfaire que 25% des 15-24 ans soient au chômage.

L’élection présidentielle devrait être l’occasion de proposer d’engager de façon décisive ce tournant pour notre système éducatif.

 

 

 

PML

 

Le 6 février 2012 dans Le Blog de PML Tags: