Le blog de Gérard Bec
Les assureurs à l’heure batave
Dans les surprises que le quinquennat nouveau pourrait ne pas produire, les observateurs noteront avec plaisir qu’il faut intégrer l’assurance et son éco-système. En effet, au-delà des postures idéologiques hostiles au monde de la finance, François Hollande n’a pas manqué de se tenir proche d’un secteur truffé d’amis politiques.
Commençons par la désignation de Karine Berger comme chargée des relations économiques du candidat batave. L’auteure de l’essai, en 2011, Les Trente Glorieuses sont devant nous, candidate aux législatives dans les Hautes-Alpes, a construit et documenté la référence constante de François Hollande à la croissance, et à son pacte européen. Desservie par une faible capacité oratoire, Karine Berger n’a pas brillé médiatiquement, pendant la campagne. Elle a néanmoins contribué à déminer les inquiétudes, sil elles existaient encore, des milieux financiers, sur la politique économique à venir.
On notera avec intérêt que Karine Berger, après un passage aux directions du Trésor et du Budget qui lui vaut une bonne connaissance de Bercy, est devenue économiste d’Euler Hermès. Elle n’y a pas démérité, et n’y a guère fait pire que ses concurrents. Ainsi, en juin 2008, elle prévoyait encore une croissance «juste au-dessous de 3% en 2008 et 2009», illustrant avec force la grande capacité d’anticipation des gens de sa corporation.
Ce passage lui vaut d’être identifiée comme une spécialiste du financement des PME, ce qui, on en conviendra, ne manquera pas d’inquiéter les dirigeants d’entreprise qui ont eu affaire aux assureurs crédit comme Euler. Certes, Karine Berger s’est perdue en considérations diverses et variées sur le nombre de fonctionnaires qui ne devait pas forcément diminuer. Mais elle devrait constituer pour les années à venir une oreille attentive pour les revendications de la profession.
La preuve en est: François Hollande a réaffirmé sa volonté de doubler sans délai le plafond du livret A, mais a beaucoup modéré son discours sur la fiscalité de l’assurance-vie.
Faut-il voir dans cette modération le résultat d’un lobbying intense mené par les proches du parti socialiste au sein de la profession?
Dans l’éco-système financier, ils sont nombreux. Au-delà des has been du milieu comme André Renaudin, proche de la sphère historique du parti socialiste, les jeunes loups ne manquent pas d’influence. Eric Lombard, par exemple, qui fut conseiller technique de Michel Sapin, donné par certains comme Premier Ministre ou ministre des Finances, ou encore Godefroy Beauvallet, économiste du Fonds de Recherche d’Axa.
Bien entendu, ces anciens du régime Jospin ne peuvent rivaliser avec les quelques poids lourds de la profession, qui se sont engagés de longue date, mais discrètement, dans la campagne.
Henri de Castries aurait accordé son soutien financier à François Hollande, nous révèle la presse. Entre les deux hommes, il existe beaucoup plus que ce vulgaire lien d’argent, puisqu’ils ont fait l’ENA ensemble. Une camaraderie ancienne qui permet d’enjamber beaucoup de convenances et de réticences pour se parler, le moment venu, d’homme à homme.
Les mauvais langues disent que Denis Kessler, insurgé contre une tranche à 75% d’impôt sur le revenu, ne serait pas en reste. Les deux hommes se sont connus à HEC. Et le magnifique Denis aurait versée son obole au micro-parti de François Hollande en même temps que son autre main versait une pièce dans la cagnotte de Nicolas Sarkozy. Ces rumeurs de mauvais goût montrent en tout cas que le nouveau président ne doit pas se sentir seul.
Le cas de Bernard Spitz est plus intrigant. Ses détracteurs soutenaient que François Hollande n’avait jamais entendu parler de lui. Le bonhomme s’est néanmoins donné des airs d’importance ces dernières semaines, laissant croire qu’il était consulté par le futur président sur tout ce qui touchait à l’avenir de la France. La vérité est sans doute entre les deux: son mentor gracchiste Jean-Pierre Jouyet devrait devenir l’éminence grise de l’Elysée. Une bonne affaire pour le président de la FFSA.
La palme de l’effervescence courtisane revient néanmoins à Jean-Hervé Lorenzi, qui n’a pas, durant la campagne, hésité à parler de dictature des marchés financiers et aurait beaucoup mouillé sa chemise, dit-on, dans l’entourage de ce héros post-wagnérien qu’est François Hollande. Comme quoi, la politique, c’est comme le guide Michelin: ça permet de ne jamais rater une bonne table.
Gérard Bec

