UNE NUIT POUR EVITER LA SORTIE DE FAIT, DE LA GRECE DE LA ZONE EURO
Ce soir, 23 mai 2012, Herman Von ROMPUY, le président du Conseil Européen réunit un sommet de la Zone Euro dans la foulée du dîner informel entre les Chefs d’Etats et de Gouvernement de l’Union Européenne.
Parmi les points à l’ordre du jour, deux points relèvent de l’extrême urgence :
- Peut-on laisser s’effondrer le système bancaire grec avant les nouvelles élections législatives grecques du 17 juin 2012, avec la conséquence de pousser de-facto la Grèce hors de l’union monétaire, sans avoir laissé une dernière chance au peuple grec de se prononcer en faveur du plan d’ajustement négocié par la coalition sortante ?
- Alors que le gouvernement espagnol maintient son engagement de respecter l’objectif de déficit convenu, de 5,3% du PIB en 2012, ne doit-on pas annoncer dès maintenant que le Conseil à l’unanimité, est favorable à ce que le Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF), créé à l’été 2010, participe autant que nécessaire à l’effort de recapitalisation des banques espagnoles, si le gouvernement espagnol en fait la demande ? Le premier point est posé à la demande du gouverneur de la Banque Centrale Européenne (BCE). Mercredi 16 mai, la BCE a annoncé l’exclusion de quatre banques, PIRAEUS, ALPHA BANK, National Bank of Greece et EUROBANK EFC, de ses opérations régulières de refinancement, car désormais jugées insolvables, tout en maintenant jusqu’à nouvel ordre leur accès au fonds d’assistance d’urgence. Le gouvernement intérimaire grec pour tenter de débloquer la situation, a décidé de leur apporter dès cette semaine 18 milliards d’euros prélevés sur les 25 milliards d’euros qu’il a reçus la semaine dernière du Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF), mais c’est insuffisant, la BCE estime le besoin de recapitalisation à 48 milliards d’euros. Le gouverneur de la BCE a notifié au Président du Conseil Européen et au Président de la Commission du l’Union Européenne que les marges de manœuvre de la BCE ne lui permettrait pas de soutenir par ses fonds d’assistance d’urgence la poursuite des retraits massifs par les Grecs de leur épargne en euros. Depuis le début de la crise, (janvier 2010), les grecs (entreprises et individus) ont retiré 60 Milliards d’euros des guichets bancaires grecs, dont 29 milliards, dans es huit derniers mois. En 3 jours, lundi 14 mai, mardi 15 mai et mercredi 16 mai, la population grecque a retiré 1,5 Milliards d’euros aux guichets et aux distributeurs automatiques. En clair, la BCE demande l’intervention des mécanismes de solidarité européenne en extrême urgence pour faire face au mouvement de panique des épargnants grecs. La solution pourrait consister à ce que le Fonds Européen de Stabilité Financière ouvre une ligne de trésorerie illimitée à la BCE, ligne sur laquelle elle tirerait pour alimenter en fonds d’assistance d’urgence les banques grecques, sans grever davantage son propre bilan.
Au 31 mars 2012, la BCE était déjà engagée à hauteur de 149 Milliards d’euros sur la Grèce :
– Elle a acheté sur les marchés de la dette grecque à hauteur de 45 milliards d’euros,
- Elle a secouru les banques commerciales grecques en leur finançant des liquidités en échange de titres de l’Etat grec en collatéral. Ces contributions s’élevaient au 31 mars 2012, à 104 milliards d’euros ;
- Depuis le 1er avril, elle a été amenée à poursuivre son concours aux banques grecques, en l’absence de tout collatéral, à travers le fonds d’assistance d’urgence à hauteur de 96 milliards d’euros pour le seul mois de mai.
L’expiration de cette ligne pourrait être le 30 juin 2012, le temps pour après les élections législatives du 17 juin, de permettre au Président de la république grecque de constituer un gouvernement avec des partis disposant d’une majorité favorable au plan d’aide négocié en mars, avec le gouvernement sortant. Les grecs voteront le 17 juin. On se doit de leur donner 3 semaines pour qu’ils étudient leurs aspirations. La majorité des Grecs ne veut sortir ni de l’euro, ni de l’Union Européenne. Elle souhaite que les mesures d’austérité imposées soient mieux réparties et vivables. Il faut croire à un sursaut des électeurs grecs pour que le pays s’engage sur le chemin des réformes profondes. Il faut espérer que la France obtiendra cette nuit, que le sommet de la zone Euro adresse un message au peuple grec, laissant entendre que s’il choisit la voie des réformes, l’Union Européenne définira avec son gouvernement un volet productif pour que les mesures d’austérité soient moins lourdes à supporter. Si un tel gouvernement ne pouvait être constitué, le plan d’aide serait considéré comme caduc et les institutions de l’Union Européenne cesseraient tout financement. L’Etat grec serait dès lors obligé de mettre en circulation une nouvelle monnaie pour payer ses fonctionnaires et régler ses factures. Pour l’agence de notation FITCH qui a dégradé la note de la Grèce à CCC, les engagements de la Grèce envers la Zone euro s’élèvent à 375 Milliards d’euros dont près des 2/3 sont portés par la BCE.
- Même si le gouvernement espagnol de Mariano RAJOY n’a formulé aucune demande officielle visant à obtenir que les mécanismes de solidarité européenne participent à la recapitalisation des banques espagnoles, dire solennellement que les pays de la zone euro sont prêts à y participer si le gouvernement espagnol le demande, parait essentiel, car les marchés détestent l’incertitude et ils le montrent sur le marché secondaire ; les rendements espagnols dépassent désormais 6% un niveau jugé intenable par les économistes pour respecter l’objectif de déficit convenu avec Bruxelles en 2012.
PML
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