Karine Berger ou l’assurance de la gauche
L’assurance n’a pas accordé assez d’attention à une jeune députée socialiste qui pourrait lui rapporter gros: Karine Berger. En effet, la nouvellement élue alpine (près de 55% des voix dans la première circonscription des Hautes-Alpes) appartient, sous des dehors braillards, à cette frange extraordinairement stable de la gauche: les diplômés fascinés par l’argent.
Il ne pouvait en être autrement pour cette fille de profs née à Limoges en 1973. Ancienne de Polytechnique, de l’ENSAE et de Sciences-Po Paris, elle coche à toutes les cases de l’espoir plein de promesses, qui ne reculera devant aucun amendement ni aucun cavalier législatif pour obtenir le soutien de l’industrie financière dans son ascension politique, tout en assénant de belles leçons de gauche. Passage comme chef économiste d’Euler-Hermès oblige.
On retiendra par exemple ces assertions écrites le 12 février 2012 sur le blog qu’elle tient sur le site d’Alternatives Economiques: «beaucoup trop de gens, y compris au plus haut sommet de l’Etat français, n’ont jamais compris et admis la logique de la dynamique de dette. C’est vrai que pour être totalement convaincu, il faut savoir faire un petit développement limité, niveau math sup.» De cette belle arrogance de polytechnicienne, on ne prendra pas ombrage, car Karine aime à rappeler que, durant la campagne présidentielle, elle devient l’un des émissaires de François Hollande auprès des détenteurs étrangers de la dette française (banques, fonds de pension, assureurs). Derrière ses discours incendiaires appelant à l’annulation de la dette grecque, on se félicitera donc de retrouver la petite fille sage qui compose avec les intérêts des grands de ce monde.
Pour ce qui concerne ses compétences économiques, on trouvera aussi de bonnes raisons de se rassurer. En dehors d’elle-même, qui nourrit la plus haute opinion sur l’infaillibilité de son expertise économique, personne n’a aucune illusion sur sa capacité à répéter la main sur le cœur la dernière stupidité entendue au Siècle ou dans ses annexes.
Par exemple, en juin 2008, alors que la crise des subprimes avait éclaté, elle avait produit une magnifique étude de conjoncture publiée urbi et orbi, et sur Internet, où elle annonçait pour la France une croissance de 1,8% pour 2008, et de 1,4% pour 2009.
À coup sûr, les assureurs pourront compter sur la lumineuse Karine dès qu’il s’agira de faire passer une mesure contraire au programme officiel du gouvernement. Elle est d’ores et déjà rompue à l’art de l’erreur altière.
Gérard BEC
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