PORTRAIT : Olivier Jaillon, distribution et mouvements

Portrait d'Olivier Jaillon, Wakam, invité du Petit déjeuner Off de La Lettre de l'Assurance.

Olivier Jaillon, CEO de Wakam, nouveau nom de La Parisienne Assurances, est l’invité du Petit déjeuner Off de La Lettre de l’Assurance le 13 octobre prochain.

Il fait doux à l’extérieur et rapidement chaud dans le salon de réunion des locaux de Wakam ex-La Parisienne Assurances où Olivier Jaillon nous reçoit. Le temps est compté pour tout le monde et l’efficacité est de mise. Ça tombe bien, notre interlocuteur se raconte naturellement.

Olivier Jaillon est né à Paris, le 10 avril 1969, mais il prévient d’emblée : « je suis plutôt un enfant du Sud de la France ». Il quitte Paris dès l’âge de 4 ans, avec toute la famille qui s’installe à Mougins, sur les hauteurs de Cannes, avant de bouger vers Monaco.
Le patron de Wakam fait toute sa scolarité « en principauté de Monaco, jusqu’à la première ». Il revient alors à Paris pour finir ses études et surtout passer le bac. « L’idée était de sortir d’un lycée parisien pour accéder à une meilleure prépa. À l’époque, c’était plus compliqué quand on venait d’un lycée du Sud… Je suis donc entré en internat à Stanislas en première ».
Plus tard dans l’entretien, nous reparlons de cette arrivée à Stanislas, à Paris.
« Le plus grand choc, ce n’était pas la distance ou la météo. Quand vous avez l’habitude, dans le sud, d’aller nager ou jouer au tennis entre midi et deux et que vous vous retrouvez dans un internat de garçons, rue de Rennes, entre le petit-fils du président Pompidou et le petit-fils de Jean Guitton, écrivain catholique, c’est un peu austère… » S’il garde des copains de ces années, « cette austérité, ce n’est pas dans mon ADN ».

Il déroule son cursus sans interruption. « Après la prépa, à Paris, je suis entré à l’EM Lyon et j’ai enchaîné avec un master en économie internationale à la Bocconi, à Milan ».
Au milieu de ce parcours express, il précise « c’était original car ce n’est pas un MBA, c’était plus théorique ». Après ce temps d’apprentissage, il revient en Principauté et entre dans un cabinet de courtage « qui appartenait à [sa] famille ».
Pour la première fois, à cet instant, Olivier Jaillon révèle un point négatif. « J’y ai travaillé quatre ans et j’ai trouvé ça assez compliqué de travailler en famille. Mélanger les sentiments et les affaires, ce n’est pas facile ».
Pourtant, l’assurance n’était pas une évidence. « Pas quand on sort d’une école de commerce ou d’un master. On vous démarche pour des cabinets de conseil ou d’audit, on m’avait même proposé un job à la Banque Mondiale. Mais c’était la famille, je voulais essayer de travailler dans les affaires familiales. Après 4 ans, je suis parti, mais je ne suis plus sorti de l’assurance », explique-t-il.
En 1997, il reprend la route de la capitale et s’installe à Paris, « à ‘l’early stage’ d’internet ». Il se lance alors dans un entrepreneuriat mâtiné d’assurance, donc dans le courtage… et monte un courtier grossiste, « début 98 ». « En 1999, j’ai créé le premier site de vente en ligne d’assurance, assurdiscount.com, que j’ai co-monté avec Nelly Brossard qui est ensuite devenue la patronne d’Amaguiz… »

Moins de fonds, plus de long terme

À 30 ans, Olivier Jaillon n’en finit plus de créer. « Personne ne se souvient du WAP, mais nous avions fait une interface de vente pour ce support et nous avons vendu 3 contrats ! ». Sans doute un exploit sur ce format d’internet mobile d’un autre temps…
En fin de l’année 2000, le groupe rachète La Parisienne Assurances « pour ses agréments » et se développe sous plusieurs entités, dans le courtage, la gestion pour compte de tiers et l’assurance.
En 2012, les fonds d’investissements présents décident de sortir. « Je voulais avoir du capital permanent et non plus des fonds qui tournaient à étapes régulières. Swiss Re est resté et nous avons fait entrer un family office. Pour la première fois nous nous sommes retrouvés dans une configuration avec une durée plus longue, avec plus de temps pour développer une vision de long terme. »
Sa vision est bien arrêtée. « Je voyais bien que la distribution des assurances du particulier allait changer. On voyait poindre les mutations de société, le passage de la propriété à l’usage… On voyait les ‘retailers’ qui se sentaient légitimes pour embarquer de l’assurance. Des insurtech, des courtiers, arrivaient avec de nouvelles promesses… Il fallait changer notre modèle. Nous avons vendu nos activités traditionnelles et l’activité de gestion pour compte de tiers. »
Cette entité, rebaptisée Zags, aura une grande importance dans la vie d’Olivier Jaillon. La société s’appuie dorénavant sur sa connaissance logicielle. Il l’installe aux États-Unis et vit alors à New-York. « Nous avons signé de beaux contrats, avec Axa, AIG, Berkshire Hathaway mais l’implémentation s’est assez mal passée. Nous avions sous-estimé la force des systèmes ‘legacy’ chez les grands assureurs. Très honnêtement, nous avons complètement sous-évalué la complexité. Nous avons fini par jeter l’éponge, donner le code source gratuitement et vendre les actifs », détaille-t-il.
La période est difficile pour Olivier Jaillon. « J’en ai tiré un burn out très important. Cette boîte là avait échoué, j’avais une trop grosse charge de travail, je partageais ma vie entre New-York et Paris… Il fallait ‘reseter’ le logiciel ».

Coup de chaud et coup d’arrêt

Contraint de s’arrêter par le burn-out, Olivier Jaillon suit un programme de l’INSEAD baptisé « challenge of leadership » avec notamment l’intervention d’un homme qu’il cite : Manfred Kets de Vries. « Ça a été vraiment salvateur et intéressant. Pendant toutes ces années, j’avais fait pivoter l’activité de La Parisienne et placer un CEO professionnel qui était Cyrille de Montgolfier. L’idée était de faire un acteur 100% digital pour les courtiers, les grossistes, les retailers… et nous avons réussi ».
De son propre aveu, il met du temps à se remettre de son burn-out.
« L’échec américain, le burn-out, le passage à l’Insead, m’ont beaucoup fait réfléchir », affirme-t-il comme une évidence. « Avant, je pensais que la réussite c’était 90% la stratégie et 10% l’exécution… J’ai compris que c’était le contraire », reconnait-il. « Mon style de leadership a changé, il faut une écoute profonde et une vraie connaissance de soi », admet-il, en expliquant que Wakam est une entreprise très ouverte et très à l’écoute de ses salariés.
« J’ai plus confiance dans le capital humain, je le mets plus en avant, et il y a le besoin, au-delà de gagner de l’argent – nous, nous en sommes fiers – d’avoir un rôle sociétal hyper fort ».
La pause forcée aura donc été utile pour Olivier Jaillon. « Je ne suis pas sûr que j’aurais été capable de m’arrêter moi-même. Pour stopper un entrepreneur, il faut un mur », analyse-t-il après coup, admettant maintenant que « c’est une bénédiction. Ça a été très dur, mais c’est très constructeur ».

Style de rêve

L’assurance n’était pas une évidence, ce n’était pas non plus une passion. « Je voulais être artiste. J’ai suivi des cours aux Arts décoratifs pendant mes années lycée. Je dessinais et je voulais être styliste de mode. J’ai même présenté un dossier pour le studio Berçot (école de mode et de stylisme parisienne, ndlr) et j’avais été accepté, mais ma mère n’était pas vraiment d’accord », confie-t-il. Il est heureux de voir sa fille reprendre le flambeau.
Inévitable dans les conversations, le confinement, pour Olivier Jaillon, a changé les choses. « Je me suis installé avec mes proches dans le Lubéron. J’ai retrouvé le goût de la lumière, de la nature et de la mer pas très loin, même si je ne pouvais pas y aller », explique-t-il. Amoureux de la Méditerranée, il compte bien retrouver le Sud, en alternance avec Paris et « les avions, maintenant que nous sommes présents dans 13 pays ! ».
« Le confinement, c’était quelque chose de plus grand que nous qui nous a obligé à lâcher. Ça m’a forcé à lâcher prise. C’était la dernière étape pour que je change. Avant le confinement, je n’étais pas un fan de télétravail, mais j’ai vu que ça fonctionnait, et que les choses ont changé. Même sur mon rôle, ça m’a donné l’autorisation de mettre mon centre de vie ailleurs », analyse-t-il.
Il ne parle pas de ralentir la cadence, mais de bouger, une nouvelle fois. Un week-end idéal se passe au bord de la Méditerranée, en faisant un peu de bateau et en apprenant. « Je m’ennuie rapidement, j’ai besoin de découvrir quelque chose, même futile ». Dans un nouveau mouvement.