PORTRAIT : Adrien Couret, apprentissages et transmissions

Adrien Couret, directeur général du groupe Macif, est l’invité du Petit déjeuner Off de La Lettre de l’Assurance le 24 mars prochain.

Dans les salons du groupe Macif, au siège parisien, les persiennes sont automatiques et s’adaptent sans cesse à la luminosité. Il fait beau ce 24 février et, dans le balai constant des rideaux, Adrien Couret est curieux de l’événement à venir et très efficace pour se confier sur le portrait.

Adrien Couret est né le 10 novembre 1983, à Villecresnes, dans le Val-de-Marne (94).
Il grandit dans cette Île-de-France qu’il ne quittera que des années plus tard, pour suivre ses fonctions à la Macif qui l’entraînent à Niort pendant trois ans.
Il est issu d’une famille d’enseignants. « Mon père était instituteur et ma mère professeure de techno, dans le Val-de-Marne », annonce-t-il d’emblée.
Il passe toute son enfance à Yerres, dans l’Essonne voisine. « Une petite ville de région parisienne, calme et agréable », détaille-t-il.
Jusqu’au bac, il reste dans le même coin. « C’est le côté très sympa de grandir au même endroit, on se fait une bande d’amis, avec certains que je vois encore aujourd’hui. C’est quelque chose de très fort, même si ça c’est forcément un peu atténué », explique-t-il.
Enfant, Adrien Couret et sa bande multiplient les activités. « J’ai notamment fait de la musique et beaucoup de saxophone. Ça a clairement mis la musique dans ma vie », confie-t-il. Il fait également « beaucoup de sport, mais pas à un niveau professionnel », entendez par là « sans être licencié dans un club ».
Ce sont plutôt des activités avec le groupe d’amis, « foot, tennis, tout… C’était surtout le côté ‘entre copains’ ». Et puis, quand l’âge l’a permis, « on prenait le RER et on allait sur Paris », toujours avec la bande. « Ce sont des activités assez normales », assume-t-il, typiques de la banlieue parisienne.
Son père est d’origine ariégeoise, donc Adrien passe « beaucoup, beaucoup de vacances là-bas », aux pieds des Pyrénées. « Nous faisions des promenades, du vélo aussi. Je me suis pris quelques fois pour un rouleur du tour de France, mais c’est très compliqué », s’amuse-t-il.

Changement d’univers

Comme il n’y a pas que les copains dans la vie, surtout pour un fils d’enseignants, Adrien Couret se définit comme un élève « studieux ». « J‘étais bon en tout et j’étais studieux parce que j’ai des parents profs et comme je travaillais bien, je pouvais me passer de trop travailler. Et mon temps libre, c’était avec les copains », explique-t-il avec humour.
D’ailleurs, la fibre enseignante était bien ancrée. Adrien Couret suit, tout au long de ses études, la même constance sur son avenir : « je voulais être prof, vraiment ». « En primaire, je voulais être professeur des écoles, au collège, prof de collège, au lycée, prof de lycée et ainsi de suite », révèle le directeur général de la Macif dans un sourire.
Pareil en prépa et même à HEC, il projette de devenir prof dans le supérieur. « J’ai beaucoup aimé l’école, pour l’apprentissage et plus encore pour la transmission. J’ai toujours trouvé que mes parents faisaient un travail formidable. Mon père – c’est peut-être ce qui m’a marqué – m’emmenait parfois dans ses cours le samedi matin. Sur la fin de sa carrière, il était dans un RASED (réseau d’aide spécialisée aux enfants en difficulté, ndlr), avec des petits groupes de un à trois enfants qui avaient de très grosses difficultés d’apprentissage… L’acte d’accompagnement, de transmission, me fascinait énormément ».
Lors de sa dernière année d’HEC, il opte pour un DEA et vise un doctorat, en se disant « pourquoi pas » l’enseignement supérieur. L’avenir sera tout autre.

Faire HEC, ce n’est pas vraiment dans la culture maison d’une famille d’enseignants. « Il y a un vrai paradoxe. Un côté extrêmement positif, avec la réussite aux concours par exemple, qui est valorisée dans la culture ‘prof’. Et c’est en même temps entrer dans un environnement et un type d’études sans repères et références familiales », analyse-t-il.
Il se souvient de ses débuts à « l’école » comme il dit pour parler d’HEC.
« Je me suis rendu compte, en parlant avec mes camarades, que je ne comprenais rien à leur conversation. À la maison, j’avais l’habitude des discussions sur le BO, les relations avec le proviseur ou le conseil d’administration de l’école. Là j’étais un peu perdu avec le monde de l’entreprise. La discipline de travail, la curiosité m’ont permis de me faire de nouveaux codes. »

HEC et changement d’univers

Adrien Couret se voyait faire une prépa maths, « parce que j’aimais beaucoup les maths et la physique. Et puis, j’a croisé la route d’un prof de physique qui m’a fait détester la matière en Terminale ». Plus qu’un choix d’école, ce fut un choix de matière.
En fin d’HEC, il se pose des questions sur son avenir. « Le doctorat était un peu flou, et je voulais mon indépendance financière. Et puis, avant de devenir professeur et de parler des entreprises, je me suis dit que ce serait bien d’y passer un peu de temps, faire de la pratique et pas seulement de la théorie », se souvient-il. Diplômé en 2007, dernière promotion avant la crise, il voit la moitié de ses camarades partir pour les banques d’affaires et les grands cabinets de conseil. « Il y avait une atmosphère que je n’aimais pas trop. Le plus gros nom, la plus grosse paye, ce n’était pas mon truc. Je m’intéressais à ce qui était à la fois économique et non économique dans une entreprise. » Cette curiosité l’amène vers le monde des mutuelles, dont il ne connaît à l’époque que les piliers de l’Education nationale : la Maif et la MGEN, « comme tout bon fils de prof », rit-il.
Finalement, ce temps en entreprise est sans doute plus une pause dans sa volonté de devenir enseignant. Il parle de « se laisser aller, de lâcher prise par rapport à une entreprise qui m’avait bien plu ».

Il a 24 ans et commence, sans le savoir une carrière dans la mutuelle niortaise.
« Le tournant est immédiat. Je n’ai jamais louvoyé, calculé. Parallèlement, à cet âge, on s’installe dans la vie et je m’attache à la Macif ».
Il vit trois ans à Niort, où naissent ses deux enfants. « C’était trois superbes années. La naissance de mes enfants, un cadre extraordinaire pour eux. Et tous les préjugés de parisiens tombent : c’est une ville très agréable, très dynamique, aux portes d’une nature extraordinaire. Les gens sont extrêmement respectueux. Et ça m’a donné un regard très différent sur la Macif. 3 000 salariés sont à Niort, certains font parfois toute leur carrière dans cette ville. On travaille avec un peu moins de frénésie, au sens positif du terme. En réalité, on comprend mieux la Macif quand on comprend Niort ! » Les incessants déplacements l’ont finalement ramené à Paris en 2018.
La Macif et la famille ne lui laissent pas beaucoup de temps pour les loisirs. « Je ne fais plus de sport, il faut du temps et pouvoir s’organiser, ce n’est pas évident. Je ne fais plus non plus de saxophone, mais je m’y remettrais un jour, c’est certain », confie-t-il. D’ailleurs, un week-end idéal est pour lui « un week-end loin de Paris, sur la côte par exemple en Normandie, avec des amis et leurs enfants d’à peu près le même âge. Et surtout pas beaucoup d’organisation », rit-il franchement. « Ce qui change du rythme de la semaine ! ». Avant de nous quitter, nous demandons au directeur général du groupe Macif si ses parents sont maintenant des sociétaires de son entreprise. « Non, mais c’est un truc extraordinaire ! Autant j’ai réussi à convertir beaucoup de monde, même mes beaux-parents, autant je pense que mes parents ne comprennent même pas la question ! »
Pour la transmission, il faudra patienter encore quelques années.