PORTRAIT : Jean-Paul Faugère, la mesure des sommets

Jean-Paul Faugère, vice-président de l’Autorité de contrôle prudentielle et de résolution (ACPR), sera l’invité du Petit déjeuner Off le 11 mai 2021. Voici son portrait.

Jean-Paul Faugère nous reçoit dans son bureau, place de Budapest. C’est un matin frais du début du mois de mars, et la lumière baigne le bureau. Masque sur le visage, autour d’une grande table de réunion, il entre rapidement dans le jeu des questions réponses du portrait, plonge dans ses souvenirs et s’amuse de l’exercice. Avec, toujours, un sens de la mesure dans ses propos…

Jean-Paul Faugère est né le 12 décembre 1956, à Paris, où il grandit.
À l’exception de deux années de collège à Toulon, au gré d’une affectation de ses parents, son enfance se déroule dans le centre de Paris, dans les 1er et 8e arrondissements de la capitale.
« J’étais un élève moyen-bon. Je n’étais pas très bon en Français, et j’ai assez vite aimé les maths », confie le vice-président de l’autorité de contrôle, amusé de la question.
Quand il dit « assez vite », c’est tout de même au lycée – à Louis-le-Grand – moment clef pendant lequel se joue l’orientation, que naît cet attrait pour les mathématiques.
« C’est possible que ça vienne d’un professeur, aussi parce que c’était plus stimulant. Le type d’exercice était moins la leçon que la mécanique, la recherche de solutions », se souvient-il.
« J’ai eu de la chance d’avoir de bons profs, j’en garde des souvenirs de professeurs extraordinaires ». En maths, mais pas que. « Je me souviens aussi de mon prof de Français en première, dont j’ai gardé un très bon souvenir, même si j’avais de mauvaises notes », rit-il franchement. À la question de savoir s’il aimait l’école, Jean-Paul Faugère soupire et lance : « je me suis pas mal ennuyé… jusqu’au lycée. J’étais par exemple très mauvais en orthographe, mais parce que ça m’ennuyait prodigieusement ! Les choses ont changé après… »
Enfant et adolescent, il n’a pas une profession en tête. « C’est une idée que j’ai eu beaucoup, beaucoup plus tard », avoue-t-il. « Je ne savais vraiment pas ce que je voulais faire mais c’est vrai qu’être bon en maths m’a porté vers les classes prépa et à partir de là, les choses se sont enchaînées… ».

Sommets alpins et intellectuels

Jean-Paul Faugère se décrit simplement. « Je n’aime pas m’ennuyer et j’aime beaucoup la variété ».
Il est servi avec une scolarité au plus haut niveau qu’il apprécie particulièrement à Louis-le-Grand.
« Il y a une stimulation extraordinaire, les professeurs savent adapter l’enseignement. Ce n’est pas une science exacte, c’est très humain… » Il se laisse alors porter par ses souvenirs. « Je suis très reconnaissant à ces professeurs que j’ai écoutés… Je me souviens de Laurent Schwartz (grand mathématicien français de l’après-guerre, ndlr), qui était mon professeur à l’X. Il avait un génie de l’enseignement, ils nous embarquaient par sa présence, des anecdotes et un regard très positif sur nous. Il n’y avait pas de distance, on partageait une aventure intellectuelle ».
Ses études se font sans une forte pression familiale. « Mon père aurait aimé que je sois un peu plus littéraire, il aimait la littérature et le droit. Je suis venu au droit bien plus tard », rit-il.
Il entre donc à Polytechnique, section escalade. « J’ai une vraie passion pour la montagne », confie-t-il. « J’ai passé toutes mes vacances dans les Pyrénées, pendant une quinzaine d’années. Ma famille a aussi des origines iséroises… La montagne a toujours été très présente ! », explique-t-il.
Au cours des années, il a pratiqué différents sports, du tennis à la natation, mais les randonnées, l’escalade et la montagne semblent tenir une place toute particulière.

À la sortie de l’X, il intègre le corps de contrôle l’assurance et choisit Sciences Po pour école d’application. « La tradition voulait que ce soit la section éco-fi mais là, j’ai commencé à être déviant car j’ai choisi la section service public. C’est là que j’ai mal tourné », décrit-il, les yeux rieurs au-dessus du masque, assez fier de son effet. Était-ce une tradition familiale ?
« Le fait que mon père ait été préfet et ait servi l’état toute sa vie a certainement joué ».
Ensuite, Sciences Po l’amène vers l’ENA. « Quand on se reporte plus de 40 ans en arrière, l’ENA avait une aura qu’on ne peut pas imaginer aujourd’hui. J’avais au fond de moi le sens du service public et c’est quelque chose qui compte, c’est comme un fil rouge dans mon parcours », analyse-t-il. « J’aurais pu le faire aussi bien comme commissaire-contrôleur, mais je ne l’ai pas perçu aussi bien à l’époque. C’est peut-être une erreur… je ne regrette pas bien sûr. (silence) En revenant ici, quand je vois ce que font les personnes ici au cœur des brigades, je m’aperçois combien je suis à ma place ».
C’est l’occasion de revenir sur son entrée au contrôle, au tout début des années 80. Il cherche ses mots, nous lui suggérons « poussiéreux »… « C’était très poussiéreux. Mais attention, pas antipathique ! L’accueil était chaleureux, le sujet intellectuellement stimulant », défend-il.
Il confie alors que l’assurance « ne l’a jamais vraiment quitté ». Il confie même qu’à la fin des années 80, il prend contact avec quelques dirigeants, au cas où une opportunité se présenterait…

Le service public et service politique

Son passage à l’ENA ne lui laisse pas un souvenir impérissable. « J’ai beaucoup aimé les stages, moins la scolarité… Je garde toutefois un très bon souvenir de la période car je venais de me marier et nous avions notre premier enfant ! Et puis j’équilibrais mieux ma vie : après avoir beaucoup travaillé pour passer les concours d’entrée, je voulais respirer… et j’ai respiré ».
Il bénéficie malgré tout d’un très bon classement qui lui ouvre le choix royal, entre Inspection générale des Finances et Conseil d’ État.
« J’avais des images très caricaturales à l’époque et je ne dirais pas ça aujourd’hui, mais pour moi c’était : Conseil d’État c’est le service public, l’IGF, c’est le privé. J’avais fait l’ENA pour le service public, le choix était logique. » Il entre au Conseil d’état, découvre le droit avec le même enthousiasme que les mathématiques, vantant la « très belle gymnastique intellectuelle. On est dans un système mais malgré tout, nous sommes confrontés à la réalité. C’est la particularité du droit administratif… », décrit-il.
La suite de la carrière de Jean-Paul Faugère est plus connue. Il passe du Conseil d’ État au CEA, où il retrouve « un contenu scientifique » qui lui plaît. Comme directeur financier puis secrétaire général, il estime avoir eu la chance de « toucher à tout, c’était très intéressant ».
Après le CEA, la transition est « hasardeuse ». Sur proposition d’un préfet devenu directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur, il se rapproche du pouvoir politique et devient directeur des Libertés publiques et des Affaires juridiques. « C’était un autre monde », commente-t-il à propos de la place Beauvau. Il sert trois ministres de sensibilités différentes, « en ayant toujours à cœur de trouver l’intérêt général. Il y a une différence entre l’intérêt général et le discours politique. »
Il décrit un « côté un peu plus excitant » de tutoyer le monde politique, « mais j’en vois aussi rapidement les limites. Quand ont est dedans, on en voit à la fois la grandeur et la servitude », conclut-il avec malice. Après quatre ans et un changement de ministre, il quitte son poste. « Je voyais bien que la majorité ne comprenait pas que le ministre garde un directeur nommé par son prédécesseur ». Jean-Pierre Chevènement, qui a succédé à Jean-Louis Debré, accepte le départ de Jean-Paul Faugère qui devient préfet du Loir-et-Cher.
« La ‘centrale’ c’est bien, faire des textes c’est bien, mais être sur le terrain, au contact des gens, c’est bien aussi », analyse-t-il avec toujours cette mesure dans le langage. « Le préfet fait partie de la catégorie des généralistes et moi j’aime bien changer. Il y a aussi une dimension très incarnée. Le préfet est au contact des réalités, de toutes les réalités, sociales, politiques, économiques, religieuses même… », explique celui qui, avec cette nouvelle expérience, ajoute un chemin à son parcours professionnel.

Tandis que le temps de l’entretien touche à sa fin, il est convenu que la suite de l’histoire est très connue, et notamment les années de cabinet avec François Fillon. Nous lui demandons s’il a des anecdotes à ajouter… « Non, je n’en ai pas tant que ça. Et je n’écrirai pas un bouquin dessus, ce n’est pas mon genre », affirme-t-il.
Pour se détendre, Jean-Paul Faugère aime passer le week-end à la campagne, près de Loudun, dans la Vienne. « Les portables passent difficilement, ce qui est un atout », conclut-il dans un sourire. Un peu de calme et de plat dans une vie active pleine de sommets.