PORTRAIT : Pascal Demurger, jusqu’au bout du pari

Pascal Demurger, directeur général de la Maif, président de l’Association des assureurs mutualistes (AAM) et vice-président de la FFA est l’invité du prochain petit déjeuner off de La Lettre de l’Assurance, le 13 décembre prochain. Et voici son portrait…

Pascal Dermurger a un rire que l’on pourrait qualifier de « long », qui s’étend et finit par convaincre, même quand il est un peu pincé, par la question ou la réflexion entendue.
Parce que Pascal Demurger sait y faire, s’adapte à ses interlocuteurs comme au milieu dans lequel il évolue, et semble toujours à l’aise. Sauf, peut-être lorsqu’il s’agit de parler de lui ? Si c’est le cas, très peu de temps.
Ce jeudi matin, au siège parisien de la Maif, il se lance dans son histoire comme dans le reste : entièrement.

Après un court temps de préparation sur les thématiques du petit déjeuner off, la veste posée à côté de lui, le directeur général de la Maif est prêt et commence par le début.
Pascal Demurger est né le 15 octobre 1964 à Roanne, dans la Loire. Interruption.
Après cette première confidence, un groupe d’élus et de partenaires franchissent le petit salon où nous sommes installés, à la recherche de la salle Henri Matisse. Pascal Demurger les salue, se lève « parce que je ne sais jamais où sont les salles ici », les renseigne, et se rassoit.
« Je reste à Roanne jusqu’à 18 ans. Roanne, c’est une petite ville, un club de basket connu et un restaurant – la Maison Troisgros – très réputé… et puis c’est tout. »
Pascal Demurger n’est pas fils d’enseignant, son père travaillait dans une PME de l’agroalimentaire, sa mère était au foyer.
Soudain, le ton change radicalement, à la simple évocation de ses études. Et l’entretien prend subitement une autre tournure.
« Vous allez me pousser à raconter des trucs que je n’ai jamais racontés ! ». Le sourire est toujours présent mais derrière un regard très direct, Pascal Demurger réfléchit. Vite. Il pèse, on le comprend alors, le pour et le contre. Jusqu’où aller ? Au bout, bien sûr. Il se lève et ouvre la fenêtre. « D’une certaine manière, tout part de là… Ce n’est pas sans lien avec ce que je suis en train de faire à la Maif… »

Une adolescence avec les copains

« Les 17 premières années de ma vie à Roanne, où je suis… où clairement je m’emmerde au collège et au lycée comme vous ne pouvez pas l’imaginer ». Le ton est donné. Pascal Demurger a prévenu, il se lâche, à nous de faire le tri ensuite.
« Je suis très mauvais élève, une espèce de cancre absolu… » Mais pas un cancre solitaire et rêveur, un cancre déterminé à faire le pi(t)re, entouré « de mille copains et je ne vous dis pas combien de copines ! »
« Ma vie est autour de mes copains. Je suis objectivement une espèce de tête brûlée. C’est gentillet mais on fait tout de même quelques conneries, c’est clair. »
Son terrain de jeu ne se limite pas à l’extra-scolaire. Il est sûrement ce que les sociétaires de la Maif appelleraient « un problème », voire un élève dur. « On faisait des paris débiles. J’en avais fait un que j’avais gagné d’ailleurs : j’avais parié que pendant deux trimestres consécutifs j’aurai 0 de moyenne en allemand. Et c’est super dur en fait. Il faut une espèce de constance, une discipline ! » Il en rit, et détaille : « je n’avais pas le droit de faire plusieurs fois la même chose : une fois copie blanche, une autre fois je n’y allais pas… »

Le déclic et une bonne claque

C’est potache, pas bien méchant, mais c’est symbolique. Evidemment, ses parents « ne vivent pas bien ces frasques ». C’est ce qui, quelque part, « va être un des deux éléments du déclic », confie-t-il. A l’approche du bac, Pascal Demurger, prend peu à peu conscience que ce n’est pas une vie de « faire le con ». Populaire, heureux, une question se pose tout de même : « un jour on se dit, il y a peut-être quelque chose de mieux à faire ».
Et il raconte, avec détail, le second élément déclencheur.
« Un dimanche, mes parents invitent des amis. Des gens qu’on ne voyait pas très régulièrement, qui avaient deux fils qui étaient plus âgés que moi et qui étaient en fin d’études. Mon père demande a son ami ce que devient le plus jeune de ses fils. L’ami explique que c’était assez surprenant, qu’il ne faisait pas grand chose au lycée où il avait des résultats médiocres, mais qu’il avait décidé de faire une école d’ingénieur… L’ami de mon père n’y croyait guère, mais le fils est entré en prépa’ et a fait Centrale. Et là j’ai croisé le regard de mon père en mode (silence) ‘c’est pas moi qui aurait la chance d’avoir un fils comme ça’. Il ne m’a rien dit, on ne s’en ait jamais parlé. Mais son regard était super explicite. C’était dur, même s’il n’y avait pas de reproche, plutôt de la déception. »

Piqué au vif, Pascal Demurger va, quelques jours plus tard, voir son père. « Je lui ai demandé : ‘qu’elle est l’école la plus dure en France ?’ Il ne comprend pas bien pourquoi je lui pose cette question mais il finit par répondre l’Ena. Donc ce jour là, j’ai décidé que je ferai l’Ena. Et le plus dur a commencé », conclut-il dans un de ses longs rires, que nous sentons cette fois salvateur. Un exutoire.
Il se lance donc avec la même discipline, constance et obstination, dans ce nouveau pari que lorsqu’il s’agissait d’empiler les conneries à Roanne.
« Je m’étais engagé à le faire, vis-à-vis de moi-même et vis-à-vis de lui ». Vient donc le rattrapage « d’un double retard. Les matières du concours à travailler et un retard socio culturel. L’Ena c’est aussi une espèce de vernis, de code. Ma chance, c’est que j’avais énormément lu, donc je ne partais pas de rien en culture générale. Mais je partais de loin. »
Revanchard et obstiné, Pascal Demurger enchaîne le droit et les sciences politiques puis l’Ena. Un léger regret, quand même, sur sa sortie de l’école. « J’en suis pas trop mal sorti, dans le premier quart, mais si je m’étais fixé de sortir plus haut dans le classement, le reste aurait peut-être été différent ». Vient ensuite le temps de l’administration, un monde à la fois confortable mais peut-être trop fermé, ou trop loin de ses racines. « A Bercy, vous n’avez que des gens comme vous. Tout le monde a entre 25 et 40 ans, tout le monde a fait les mêmes études, tout le monde pense de la même manière… C’est très agréable, très confortable. Le milieu est stimulant, c’est agréable, mais j’ai vite ressenti le besoin de sortir un peu de ça. Et puis, malgré tout, ce n’était pas tout à fait mon environnement naturel… »

La Maif pour changer d’air

Dans l’administration, un décalage subsiste et Pascal Demurger le ressent.
Justement, la Maif se présente sur son chemin. En charge au Budget du cadrage de la politique sociale pour les établissements publics, « un poste que j’aimais bien parce que j’aime bien négocier », Pascal Demurger est démarché par un cabinet de chasseur de tête pour un poste de DRH à la Maif.

Puisque l’idée de bouger le titillait, il voit là un moyen de se tester sur le marché du travail. « J’ai fini par leur répondre qu’il y avait maldonne. Je n’étais pas qualifié pour le job et ça ne m’intéressait pas tant que ça… »
Finalement, la Maif rappelle un mois après, comprenant que la DRH était un mauvais casting et tente de s’attacher les services. « C’était au printemps 2002, une période d’élection, de constitutions de cabinets ministériels. J’ai mis des semaines à répondre, à la Maif comme pour les cabinets ! »
Finalement, il choisit de répondre favorablement à la mutuelle niortaise.
« En réalité, cette entreprise et ce que j’essaie d’y faire, le volet managérial auquel je crois profondément, c’est une réconciliation entre les deux mondes. Une forme de synthèse entre les deux périodes de ma vie. Je n’aime pas beaucoup le compromis, je suis quelqu’un qui aime bien aller au bout et je pense que c’est ce que j’ai envie de construire à la Maif : aller au bout des deux types d’expérience, la rigueur et l’exigence d’un côté et une forme de convivialité, de bienveillance, d’une qualité de relation de l’autre. »
Au bout de l’heure d’entretien, contraint par un engagement, Pascal Demurger doit partir. Il aura respecté sa façon de voir et de faire, se livrant finalement jusqu’au bout, sans compromis.