PORTRAIT : Jean-Laurent GRANIER, le plaisir des mêlées

Jean-Laurent Granier, PDG de GENERALI FRANCE, est l’invité du Petit déjeuner Off de La Lettre de l’Assurance, le 18 janvier prochain. Voici son portrait.

La voix est puissante et l’accent tonique. Jean-Laurent Granier, PDG de Generali France depuis juin dernier, accueille dans son bureau du siège parisien en chemise. Autour, il y a du rugby, bien sûr. Et une fois entré dans l’arène, Jean-Laurent Granier va au charbon.

Le PDG de Generali France tient son accent de la région Occitanie, où il grandit. Né à Montpellier le 2 janvier 1966, c’est à 70 kilomètres de là, à Béziers, que se forge l’homme.
« Je suis issu d’une famille de professions libérales, essentiellement médecins ou de professions paramédicales. Ma mère était professeure de lettres », explique-t-il.
Jean-Laurent Granier garde un souvenir « très chaleureux » de son enfance biterroise. « A l’époque, l’équipe de Béziers dominait le rugby français. C’est ce qui a nourri ma passion pour ce sport » reconnait-il, introduisant donc très rapidement le rugby dans la conversation… L’âge d’or « rugbystique » de Béziers s’étend de 1970 à 1984, « date de la dernière finale. Béziers l’avait alors gagnée face à Agen aux tirs de pénalités », détaille-t-il.

Enfant de la balle ovale

L’enfance et l’adolescence tournent autour du rugby… et des scouts. Ces deux occupations lui fournissent sa bande de copains d’alors.
L’ovalie reste un fil rouge important dans la carrière de Jean-Laurent Granier. Au collège, son prof de sport est l’entraîneur du club de Béziers. « On avait une cour en dur au collège, mais on ‘touchait le ballon’ dès qu’on sortait. » Il commence en club vers « l’âge de 12-13 ans » et poursuivra longtemps.

Côté professionnel, c’est aussi pendant l’adolescence que se détermine un choix important : il ne sera pas médecin ! « Je ne supportais plus les discussions sur les examens médicaux, les relations avec les laboratoires ou avec la Sécu, le dimanche midi. Je suis devenu allergique à tout ça », avoue-t-il en riant.
Pendant un temps, il veut devenir homme politique, « parce que ça m’amusait, j’étais passionné par les débats que je voyais à la télé », ou joueur de rugby, bien sûr ! « Je n’ai pas du tout été homme politique mais un peu joueur de rugby », rit-il.

Ingénieur collectif

Être fils de professeure place la réussite scolaire en priorité. « Quand j’étais enfant, ma mère trouvait bien que je saute des classes. Je n’avais pas de pression particulière, je me la mettais tout seul. J’étais forcément un élève appliqué car je devais rester au niveau et ce n’était pas toujours évident : j’ai passé le bac à 16 ans ! », se souvient-il.
Ne lui dites pas qu’être né en début d’année pouvait faciliter les choses. « J’ai toujours entendu cet argument et je ne l’ai jamais compris ! L’éducation nationale reste un mystère de complexité pour moi », lâche-t-il en souriant.
L’opposition, l’affrontement mais avec des règles claires et honorables guident déjà l’adolescent. Peu à peu, Jean-Laurent Granier révèle préférer la complexité. Il poursuit : « Finalement, comme je savais faire des maths, j’ai décidé de faire une école d’ingénieur. Mais je suis un gars un peu particulier, je voulais faire une école d’ingénieur en étant sûr de ne surtout pas être ingénieur ! »
Cadrage puis débordement, Jean-Laurent Granier explique posément la réflexion qu’il mène alors. « Je ne savais pas très bien ‘ingénier’ : je ne savais pas dessiner, ni faire des plans. Je savais faire des calculs ! »

L’assurance du complexe

C’est en poussant la logique jusqu’au bout que le PDG de Generali France a choisi… l’assurance !
« Les deux seuls secteurs où on pouvait être diplômé ingénieur sans être ‘ingénieur’, c’était la banque et l’assurance. A l’époque, la banque était à la mode, tout le monde y allait. Et donc j’ai décidé de ne pas y aller, parce qu’on se marchait sur les pieds ! » Ouvrir petit côté pour éviter la défense et Jean-Laurent s’engouffre dans la brèche. « L’assurance me semblait être un secteur plus intéressant : il y avait du hasard, de l’humain et en même temps, moins de gens y entraient », conclut-il.

Il se décide définitivement à Polytechnique, ce qui lui fait dire que « l’assurance est une vocation ». Le passage à l’X est résumé par le rugby et par sa première année, passée dans les plaines de l’est de la France au sein du corps de l’artillerie nucléaire. Une belle expérience dans un climat rude, après la douceur de Béziers et Montpellier.
Question scolarité, « l’X dispense un enseignement très général, je faisais essentiellement du rugby », s’amuse-t-il. « Le sport collectif est un bon creuset pour créer des relations durables. C’est une école de la vie, qui forme plus une personnalité que la physique fondamentale, la mécanique des fluides ou le traitement du signal… Tout ce que j’ai fait à l’X m’a conforté : je n’avais pas envie de travailler sur la matière, le rayonnement ou la chimie minérale mais je préférais travailler en équipe ».

Jean-Laurent Granier reconnaît s’intéresser à la complexité. « L’humain est complexe, l’assurance l’est aussi, comme le rugby. Il faut un rite initiatique pour comprendre », explique-t-il, et poursuit : « J’ai eu deux rites initiatiques. Au GPA (qui intègre le groupe Generali en 1998) où j’ai fait ma thèse d’actuariat. Là, j’ai été accueilli par le DG de l’époque puis j’ai été laissé seul à seul avec des contrats qu’il fallait que je lise et que je traduise en systèmes de calculs. C’était un dialogue singulier entre moi et le papier », rit-il.
Seconde initiation à son arrivée à l’UAP, où il explique être « resté enfermé trois semaines dans un bureau avec un vieil actuaire qui me faisait des cours au paperboard pour m’expliquer l’actuariat. Je me suis dit que si je résistais à ça, c’est que ma motivation était suffisante. »
Jean-Laurent Granier n’est semble-t-il pas homme à lâcher de la sorte. « J’étais convaincu que c’était intéressant et qu’une fois passé le côté aride, vieillot et tortueux, une fois qu’on avait enlevé le sable et la poussière, on découvrait un trésor. »

Le temps bonifie

L’homme est tenace, reconnaît être « obstiné » et accepte l’épreuve. « On travaille sur les temps longs. Quand j’ai commencé dans mon service actuariat, il y avait un ordinateur pour 12 actuaires ! Il fallait être patient ».
Dans le rugby, c’est pareil. « Il faut beaucoup s’entraîner avant de pouvoir s’amuser. La pression monte jusqu’à la fin du match et jusqu’à la troisième mi-temps. On est contents même quand on a perdu ! ». Sans doute un peu moins, tout de même.

L’entrée à l’X correspond à une forme de déracinement liée à son installation en région parisienne. Mais toutes ses attaches sont en Occitanie et Jean-Laurent Granier s’en est même créé de nouvelles. « J’ai une maison à Nîmes et je fais du vin ». « C’est venu par passion. J’avais cette envie depuis longtemps que j’ai concrétisée il y a quelques années. Nous nous sommes associés avec un copain et nous avons racheté un vignoble ». Il avoue descendre 1 à 2 fois par mois dans son vignoble. « Je m’en occupe beaucoup, de la vinification, de la mise en bouteille et de la commercialisation, avec l’ambition de faire un joli vin ».
On imagine un vin construit dans la durée, le travail en équipe, surmontant les obstacles et qui transformera parfaitement l’essai.