PORTRAIT :
Jean-François Cousin,
reprise de haute volée

Jean-François Cousin, président de Planète CSCA, est l'invité du Petit déjeuner Off le 10 mars prochain. Voici son portrait.

PORTRAIT : Jean-François Cousin, reprise de haute volée
PORTRAIT : Jean-François Cousin, reprise de haute volée

Jean-François Cousin, président de Planète CSCA, est l’invité du Petit déjeuner Off le 10 mars prochain. Voici son portrait.

Planète CSCA a déménagé à La Défense en mai 2025. Le rendez-vous avec le président se tient dans ces nouvaux locaux, où il a son bureau qui ressemble beaucoup à une salle de réunion. Souriant, regard perçant et affable, Jean-François Cousin se prête au jeu du portrait sans se défiler, récupérant les questions pour distiller les réponses comme de bons ballons.

Jean-François Cousin est né le 2 septembre 1975, à Calais (62). « J’ai entendu toute mon enfance que c’était le jour de la rentrée des classes », répond-il quand on lui fait remarquer cette particularité. « C’est vrai que ça peut gâcher la journée d’anniversaire », sourit-il.
L’actuel président de Planète CSCA grandit non loin de là, dans la petite commune d’Audruicq, « où j’ai passé toute mon enfance, et mon adolescence. Après, j’ai migré du côté de Dunkerque, pour des raisons (il soupire)… je ne vais pas dire rocambolesques mais pas loin », ajoute-t-il.
Notre interlocuteur ne cherche pas l’effet d’annonce ou à ménager le suspense comme l’ont fait d’autres personnalités de ce format. Il y a dans cette déclaration une timidité intrigante.
Il vit quatre ans à Dunkerque avant de revenir à Audruicq et d’entrer dans le courtage. Voilà pour la version très courte.
Avant ce passage « rocambolesque », Jean-François Cousin est « bon élève mais je me suis ennuyé. Je vivais sur mes facilités… » Pour lui, les études, c’était trop généraliste, il aurait aimé se spécialiser, apprendre « l’économie parce que ça me passionnait, et que d’autres matières ne m’intéressaient pas du tout ».
Il fait « des études tout ce qu’il y a de plus classiques, un bac B à l’époque. L’économie m’intéressait beaucoup ». À 16 ans, il passe son bac français et s’apprête à entrer en terminale après les congés d’été. C’est là que le rocambolesque arrive.
« Juste avant de partir en congés, mes parents reçoivent un coup de fil, parce qu’à l’époque je faisais beaucoup de sport. Ça ne se voit plus aujourd’hui, mais je faisais beaucoup de sport », lâche-t-il, sans dire quel sport. « Un club professionnel de foot qui m’a proposé un contrat de travail ».

Plus qu’un ballon d’essai

Ce que Jean-François Cousin présente comme un contrat de travail dans un club de foot est un contrat professionnel pour jouer en D2 (Ligue 2 aujourd’hui) à l’US Dunkerque. Rien que ça, mais qu’il ne dit pas tout de suite en ces termes. « Quand on a 17 ans, on n’écoute rien ni personne, donc j’ai accepté ».
Le père de famille d’aujourd’hui jette un regard forcément différent sur cette séquence. « Je vous passe les détails, mais ça n’a pas été évident avec mes parents. 30 ans après, ma mère m’en parle encore… » La première discussion est tendue, les suivantes sans doute résignées pour ses parents.
« Ils m’ont toujours responsabilisé, m’ont dit en fin de discussion : “tu fais ton choix” après avoir insisté sur ce qu’eux auraient fait. Aujourd’hui, je ne permettrais pas à mes enfants de faire les choix que j’ai faits, je trouverais une solution… Mais je ne remercierai jamais assez mes parents de m’avoir laissé choisir », raconte-t-il, avant de compléter : « Mais j’ai eu la chance de faire les bonnes rencontres, les personnes qui te guident un peu. »

L’aventure commence par un contrat stagiaire, préalable au contrat pro, en 1992.
« 35 ans plus tard, on est toujours plus malin, mais si je devais recommencer, ou pour un de mes fils, je n’aurais pas la même réaction. Aujourd’hui, je suis entouré professionnellement de gens qui ont fait des études brillantes, voire très brillantes.
Je ne nourris aucune amertume, j’assume totalement mes choix, mais je reste persuadé que dans notre monde, qu’on le veuille ou non, il faut avoir un bagage académique de haut niveau. C’est peut-être un regret, de ne pas être allé au bout de mes études, mais on ne refait pas l’histoire, c’est comme ça. »
Aujourd’hui, surtout, « on ne tolèrerait plus de faire arrêter ses études à un jeune, au contraire ! Aujourd’hui, c’est même une fierté pour un club d’avoir des bacheliers. »
Cette rupture de schéma est certes « rocambolesque », elle n’en reste pas moins constitutive de l’individu qu’est aujourd’hui Jean-François Cousin, cette période suscite beaucoup de questions de notre part.
Dans sa jeunesse, le footballeur s’épanouit à Audruicq où « comme des milliers de gamins en France, je deviens la petite vedette locale. Puis, c’est la pyramide. Au départ, tu es la vedette du village, puis tu te retrouves en sélection nationale, et tu te rends compte qu’il y a bien plus fort que toi ». Les amateurs de football aimeront savoir qu’il jouait « 6 ou 10, un milieu axial ». Pour les néophytes, des postes occupés par Deschamps, Petit ou Zidane. Tigana, Giresse ou Platini pour les plus anciens.

Terrain et milieu

L’aventure tourne court.
« Comme j’ai été bien inspiré, le club a déposé le bilan quand je devais signer mon contrat pro », lâche-t-il dans un rire.
Comme on peut l’imaginer, l’expérience est utile. Partir de chez ses parents à 16 ans, « être livré à soi-même » mais surtout, ce qui a marqué Jean-François Cousin, c’est d’être sans cesse « évalué, factuellement. Aujourd’hui c’est encore plus impressionnant. Sur le poids, l’hygiène de vie, l’investissement personnel. J’ai appris très jeune cette notion d’exigence, avec un couperet annuel. C’est brutal mais ça apprend à vivre », se remémore-t-il. « J’en ai gardé beaucoup dans mon comportement et ma manière d’être. Et tu te crées des amitiés pour la vie… »
En 1995, il reçoit quelques propositions, de clubs de l’échelon en dessous. « C’était des contrats professionnels, avec un plafond de salaire et un emploi à la mairie ou dans la boîte du coin », raconte-t-il. « Un copain a fait ce choix, j’aurais peut-être dû faire comme lui ».
La désillusion dunkerquoise pèse sur Jean-François. « Des copains avaient suivi ces chemins, mais tu te retrouves à trente ans et tu te poses la question de l’après… J’avais des propositions dans le Sud », explique-t-il. Mais il ne les suit pas.
D’autant que Calais l’appelle. Il s’engage avec le club local. « Je me suis dit… enfin mes parents m’ont dit : “on t’avait prévenu, maintenant tu fais quoi” ? ». Déjà, il reste dans la région. Puis il décide de se trouver un travail, « et comme je ne savais rien faire, comme tous les gens qui ne savent rien faire, je suis devenu courtier », lance-t-il dans un éclat de rire. En parallèle du foot à Calais, il se lance dans le courtage et se « forme dans un cabinet familial », explique-t-il.

Le cabinet familial, il le connaît bien puisqu’il s’agit de celui de… son père !
Celui-ci « a toujours été dans le milieu de l’assurance. Avant d’être courtier, il était dans un réseau salarié, au GPA, la Populaire d’assurance », cite-t-il. En 1988, Monsieur Cousin père décide de monter son cabinet de courtage à Audruicq.
Les premiers pas dans le courtage et dans cet autre monde du travail sont difficiles. « Ça m’a tout de suite intéressé, mais j’ai très mal vécu mes débuts », répond-il d’emblée. Ce n’est pas le sujet, ou la matière, mais c’est d’être relégué au rang de « fils de ». « Mes premières années, et ça a duré quand même quelques années, quand les clients voulaient discuter d’un sujet, très souvent ils disaient “non non, je verrai plutôt avec votre père”. Si on veut me mettre en boule, c’est exactement ce qu’il faut faire ! ».
À côté de cette expérience désagréable, Jean-François Cousin s’épanouit dans le métier de courtier, se sent très à l’aise « parce que le contact humain, la discussion… J’ai tout de suite accroché », confie-t-il, ajoutant également le challenge qui le pousse. Et lui fait faire un nouveau parallèle avec le sport.
À l’âge de 50 ans, son père décide de passer la main et lui transmet le cabinet. « Mon père a pris sa retraite, parce qu’il n’en pouvait plus, il était usé », précise Jean-François Cousin. Le métier de courtier n’est pas usant physiquement, mais psychologiquement. Le terrain, les clients qu’il supportait de plus en plus difficilement. C’était son choix », lâche le président de Planète CSCA. « Je n’étais pas le patron, mais je me sentais capable, j’ai assumé », affirme-t-il, tout en reconnaissant qu’il comprend son père. « Et il n’y avait pas toute la réglementation comme aujourd’hui. Ça l’aurait rendu dingue ! Parfois, il me demande comment se passe le boulot… Je lui raconte disons… 5 % de ce que je fais et il me dit “mais vous êtes tous devenus cinglés” ! »

Jouer à domicile

À côté de cette vie de courtier, Jean-François donne du temps. Au football, parce que ça reste une grande passion, mais « tout ce qui est périphérique au foot me fatigue. Mais je prends du plaisir à voir jouer mon fils, qui a 12 ans. Je retrouve des copains, et ça fait du bien de parler de foot sans parler d’argent ». Lillois de cœur, il confie avoir une boucle WhatsApp sur laquelle il chambre de bon cœur les copains suiveurs de Lens.
Il est resté proche du foot, par une bande de copains proches, mais aussi par l’association « Foot en cœur » qu’il accompagne. Celle-ci offre des expériences dans différents stades à des enfants en situation de handicap, et monte des projets dans les instituts médico-éducatifs (IME) et les hôpitaux pour enfants.
Pour la pratique sportive, Jean-François Cousin sort d’une rupture du tendon d’Achille, survenue fin 2025. Avant cette blessure qui ne l’a pas empêché de parcourir la France à la rencontre des courtiers et du secteur, il aimait courir, seul, et confie que c’est « plus pour la tête que pour les jambes ».
Avec sa femme, ils affectionnent les longues promenades sur la Côte d’Opale, chère à son cœur. « Aller à Sangatte, ou Wimereux, tous les deux, pour marcher en bord de mer. C’est encore mieux à cette époque, en début d’année quand il y a moins de monde », raconte-t-il. Son week-end idéal est… à la maison. Il reconnaît être « très casanier ! Quand ma femme me dit qu’on n’a rien de prévu, c’est que le week-end commence bien ! Si je vais voir le petit dernier au foot, on reçoit des amis en petit comité, c’est très bien. Parce que je préfère jouer à domicile », avoue-t-il dans un nouveau rire.
Pour mieux distribuer le jeu et protéger l’équipe.

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