PORTRAIT : Gilles BENEPLANC, visite de l’amusé parisien

Gilles Bénéplanc, DG de GRAS SAVOYE, est l’invité du Petit déjeuner Off de La Lettre de l’Assurance, le 6 mars. Voici son portrait.

Il fait froid, ce matin de janvier, quand nous nous rendons au siège de Gras Savoye. Installé le long de la Seine, en retrait de la voie principale et du bâtiment Bolloré, le courtier français s’anime au fil des arrivées des collaborateurs.
Gilles Bénéplanc nous accueille dans une salle de réunion attenante à son bureau. Il est enjoué, parle vite mais pas encore assez pour permettre de sortir tous les mots des phrases. Il répond du tac au tac, avec un langage vivant et se prête volontiers au jeu.
« Vous allez essayer de me faire passer pour plus sympathique que je ne suis ? ». Impossible de savoir, seul le ressenti compte.

Gilles Bénéplanc est né le 4 avril 1958, à Paris. Fils d’un « ingénieur maison » dans la Marine et d’une mère devenue commerçante de fruits et légumes dans le 18e arrondissement, il définit son environnement comme « petite bourgeoisie tranquille ».
Il est né dans le XIVe arrondissement et y vit de nouveau maintenant, « le long de la petite ceinture. C’est très sympa ».
Il passe sa jeunesse sur la rive gauche, entre les copains, le rugby, « très important » et les sorties. « C’était la grande époque des Bains Douches (célèbre boîte de nuit parisienne, ndlr), on y allait tout le temps ! » Voilà qui explique ses choix musicaux pour le petit déjeuner.

C’est aussi un amoureux de Paris et un fidèle de la capitale.
« Je ne savais pas qu’on pouvait vivre au-delà du périphérique, je connaissais mieux New York que Marseille », s’amuse-t-il, donnant ainsi le ton de l’entretien : léger, pinçant mais toujours précis et imagé, souvent drôle
« J’ai été obligé de m’exiler à Versailles, ça a été très compliqué. J’ai cru que j’allais mourir ! En trois ans, je ne suis jamais allé au restaurant. Je suis un Parisien, j’aime Paris ! », revendique-t-il.
Côté scolarité, Gilles Bénéplanc est un élève appliqué. « Il fallait que je fasse des études, c’était la méritocratie. Enfant je voulais être pompier, à cause du casque, mais je me suis laissé porter. Mes parents auraient peut-être préféré que je fasse docteur… Mais j’aimais bien les maths. »
Il fait ses études rue de Grenelle. Il poursuit à Saint-Louis, 44 boulevard Saint-Michel puis enchaîne avec l’école des Mines « au 60 boulevard Saint-Michel. J’ai fait un pas vraiment significatif », ironise-t-il. Comme une évidence.

Dans l’assurance pour le fun ?

Autre évidence, il arrive dans l’assurance « par hasard ».
« J’ai eu la chance de sortir des études à une époque où c’était très facile de trouver du boulot. Je ne connaissais rien à rien, donc je me suis dit ‘je vais aller dans le pétrole, c’est bien’. J’ai envoyé treize lettres, j’ai reçu treize réponses positives. Dans les deux dernières, il y avait TOTAL, un truc pour de la recherche. Le mec était très sympa ».
Gilles Bénéplanc nous refait alors la conversation :
– Le recruteur : Allez, faut venir là !
– Gilles Bénéplanc : Ecoutez, je ne sais pas, j’hésite là…
– Bah faut pas hésiter !
– Oui mais j’hésite…
– Mais vous hésitez entre quoi et quoi ?
J- ‘hésite entre vous et une petite boîte, d’une dizaine de personnes, je ne sais pas trop ce qu’ils font mais ça à l’air vraiment sympa
« Cet homme a changé ma vie en me disant un truc que j’ai répété à bien des gens ensuite » :
– Où est-ce que vous pensez que vous allez vous amuser le plus ?
– Dans la petite boîte…
– Allez-y, si ça ne marche pas je vous reprends dans six mois

France – USA – France, mais toujours Paris

Voilà comment Gilles Bénéplanc entre dans le monde de l’assurance, chez un courtier en réassurance. Il est ensuite « chassé » par AXA en entre « dans le vivier. On était trois à y entrer, l’un des trois est Rémy Grenier, président de MONDIAL ASSISNTANCE. Nous avons vécu la grande épopée Axa, les fusions et la croissance. »
Il entre en 1984 et en sort en 2000. Il y fait essentiellement des risques d’entreprises, « à une époque pas facile ». Il devient actuaire chez AXA, mais ça ne suffit pas pour cette branche très spécifique. « J’ai fait un doctorat d’économie. J’étais sur des marchés qui ne s’expliquaient pas par l’actuariat. Je me suis intéressé au cycle d’assurance. J’ai un petit côté académique, je donne encore des cours ».

Il entre alors chez Mercer, et « change de monde ». « Je suis plus dans le conseil, le courtage, je ne suis plus dans l’IARD mais plus dans l’assurance de personnes ».
« Quand vous faites quelque chose, l’impact est plus rapide. Quand vous souscrivez un contrat, il faut attendre pour voir si le risque va être bon et ce qu’il va se passer », explique-t-il. « C’est plus compliqué de manager une boîte d’assurance à mon avis. Le courtage, c’est très direct », détaille-t-il.
Il confie alors : « j’adore bosser avec les Américains. C’est simple, et moi je suis assez simple d’esprit : si vous faites ce que vous dites et si vous dites ce que vous faites, ils vous filent une paix royale ! Simplement, il faut être transparent et faut livrer ».
Coup de com’ ou vrai coup de cœur pour le directeur général d’un courtier maintenant intégré dans un grand groupe anglo-saxon ? « Ils croient à la gestion des talents et à la diversité. Très vite, j’ai eu des jobs internationaux. Donner à un Français la responsabilité du marché anglais. C’était 500 millions de dollars d’honoraires, c’était un gros truc. Et bien ils l’ont fait ! », ajoute Gilles Bénéplanc.

New York – Paris 

Des techniques de management qu’il applique aussi chez les courtier français. « Je le dis souvent ici. Faire un budget, ce n’est pas seulement faire un budget, c’est aussi faire en sorte qu’ils ne vont pas nous embêter… » Bien sûr, le management anglo-saxon est aussi plus direct et plus brutal, surtout si les objectifs ne sont pas atteints. « C’est un sport un peu plus violent mais où les règles sont très simples et très claires. La France est en train de changer aussi ».
Chez Mercer, il grimpe encore dans la hiérarchie et finit patron de la retraite monde et n’a alors « aucune intention de partir ».
C’est à ce moment que François Varagne, qui vient d’arriver chez GRAS SAVOYE, le débauche.
Gilles Bénéplanc entame un nouveau tournant de sa carrière.
« Ça avait l’air sympa, j’ai senti que j’allais m’amuser et puis c’était revenir sur le territoire. La dernière année chez Mercer, je suis allé 13 fois à New York. C’est beaucoup, hein, faut aimer New York. Maintenant, je suis content d’en faire moins. »
Admiratif de Dan Glaiser, « un type au-dessus du niveau », partir n’est pas facile.
Il revient sur ses dernières années chez Mercer. « Mon patron était adepte de changer les gens de poste. Moi j’étais patron Europe, j’aurais bien continué, mais il me dit ‘tu prends la retraite monde, tu viens à New York’. Je lui réponds que non, je reste à Paris pour des raisons personnelles. Il m’a répondu ‘Ok’. J’ai su que la prochaine fois, je ne pourrais pas dire non. J’avais utilisé mon joker. »

Arrivé chez Gras Savoye, Gilles Bénéplanc a retrouvé, tout en restant à Paris, la vie d’un grand groupe anglo-saxon.
Mais conserve des week-ends bien remplis. « L’hiver, je vais au ski le plus souvent possible, à Val d’Isère. Je pars en famille ou avec les copains, et l’été, nous allons en Bretagne, entre Saint-Malo et le cap Fréhel, même si l’eau est un petit peu fraîche ».
Il y fait du bateau, une passion qu’il partage avec Eric Lombard notamment, du tennis et du golf, qu’il pratique un peu moins maintenant. Mais qui lui permet de s’échapper de l’assurance, « un métier super même si ce n’est pas trop glamour ». Quelle importance, si l’on s’y amuse ?