PORTRAIT : Serge Morelli, mouvements et Méditerranée

Serge Morelli, président du Syndicat national des sociétés d’assistance (SNSA) et président de l’assistance et de l’innovation médicale chez AXA, sera l’invité du Petit déjeuner Off de La Lettre de l’Assurance le 8 juillet 2021. Voici son portrait.

Pour la première fois depuis des semaines, le rendez-vous est une rencontre physique. Serge Morelli, chemise blanche et grand sourire, nous reçoit dans les locaux du SNSA. Une table de réunion dans une pièce étroite, du café et quelques viennoiseries pour un portrait express, agenda oblige.

Serge Morelli est né le 10 juillet 1959, à Alger, en Algérie. Cette entrée en matière donne au président du SNSA l’occasion de dresser un portrait de sa famille, grâce à des recherches qu’il a menées. « Je voulais pouvoir dire à mes enfants d’où venait ma famille », prévient-il.
« Mon père est d’origine italienne. Sa famille a immigré au milieu du 19e siècle, en Tunisie. C’était une immigration politique, à l’époque de l’unification de l’Italie. La Tunisie est alors un protectorat français et l’administration obligeait les Italiens et les Maltais qui s’y étaient installés à prendre la nationalité française, ou ils étaient expulsés. Mon père est donc devenu Français par décret… La famille de ma mère, elle, a immigré pour des questions économiques, au début du 20e siècle et ma mère est devenue Française en épousant mon père », détaille-t-il après cette toute première question.
Serge Morelli donne le ton : il est précis, affable et… lancé ! Il ne s’arrêtera presque plus de dérouler le fil de sa vie.

L’Afrique en chantiers

Cette quête des origines a un sens. « J’ai en fait trois nationalités. La terre d’accueil est la France, mais l’histoire de notre famille est italienne et maltaise. La France nous a accueilli, a fait de nous ce que nous sommes, mais l’histoire du sang est italienne et maltaise. Très méditerranéenne », résume-t-il dans un rire.
Il voit le jour à Alger mais aurait pu naître ailleurs en Afrique. « Mon père était dans les travaux publics, en Afrique du Nord et Afrique Sub-saharienne. Il n’a jamais travaillé en France et moi j’ai suivi jusqu’à l’âge de 14 ans. » Il découvre, enfant, la Tunisie où il vit neuf ans, l’Algérie, mais aussi le Ghana, le Togo, le Nigéria. Des « années d’insouciance ».
Il garde un profond attachement à l’Afrique, « des racines de vécu », comme il dit. Mais à 14 ans, après des centaines de kilomètres passés avec son père à découvrir les chantiers et une scolarité en télé-enseignement, décision est prise d’envoyer l’adolescent suivre des études en France. « Le télé-enseignement, c’était assez limité. J’envoyais mes devoirs par la Poste, on recevait les cours et ma mère me faisait répéter et lire. J’avais une culture générale pas trop mal, le reste c’était… abyssal », commente-t-il. Direction la France, avec un gros travail de mise à niveau pour commencer le lycée.
Il part pour Rouen où vit l’une de ses grand-mères. « J’étais déraciné. Ça a été compliqué, j’ai grandi d’un coup. Je ne pouvais pas appeler mes parents et il n’était pas question de rentrer. Mes parents bougeaient en suivant les chantiers, ce n’était pas possible de suivre les études… ».

Chaleur rouennaise et grands filons

La distance prend une nouvelle mesure quand, un peu plus d’un an après son arrivée, sa grand-mère décède. À 17 ans, Serge Morelli se met en colocation avec un copain, à Mont Saint-Aignan dans la banlieue rouennaise.
Il est scolarisé au lycée Corneille, où il reste jusqu’à la fin de sa prépa. « Parmi mes camarades de classe, il y avait Guillaume Bébéar, le fils de Claude Bébéar. J’ai passé de très nombreux week-ends chez eux », s’amuse-t-il. « On dit que Rouen est une ville qui n’intègre pas bien. Je n’ai jamais connu ça moi. J’étais seul à l’époque, on me proposait toujours de passer le week-end dans une famille. C’était extraordinaire », se souvient-il.
Dans les études, il était « sérieux mais je faisais la fête, je faisais partie du groupe qui organisait les soirées », rit-il. Enfant, il voulait « faire le même métier que mon père, comme tout le monde », affirme-t-il. En réalité, il est passionné de géologie et veut intégrer une école de géologie. Il part après sa prépa à Orléans, et finit par une thèse à l’Ecole des Mines à Paris. Il s’arrête finalement après son bac +5 et une prise de conscience : « je devenais le spécialiste de la wolframite, un minerai du tungstène. Ça servait à l’époque dans les lampes à incandescence, mais surtout au blindage des chars. Le programme des chars Leclerc se lançait et je me suis dit : ‘est-ce que tu veux vraiment devenir le spécialiste de ce truc là ?’ Ce n’était pas vraiment mon état d’esprit », confie-t-il. Il a 23-24 ans et ne se voit pas vraiment enfermer dans une filière.
Arrive le service militaire. Il choisit la coopération et part en Tunisie. Un retour aux sources ? « Non, pas vraiment, je voulais bouger. L’Ecole des Mines était à côté du Quai d’Orsay. J’y passais toutes les semaines. J’étais devenu copain avec la fille qui gérait les dossiers… J’ai pris le premier poste qu’on me proposait. »

Il enseigne à Gabès, en Tunisie, la géologie dans une école d’ingénieur, avec un emploi du temps plutôt léger qui lui permet quelques aventures. « J’ai fait deux années scolaires. Mais j’avais condensé mes cours sur trois mois. La première année, nous avions acheté des vieilles 504 et des motos, avec des copains. On a traversé l’Algérie, le Niger, le Burkina Faso, le Bénin et nous avons vendus les voitures là bas, ça nous a payé le voyage et le billet retour. »
La suite, c’est un poste au Maroc, en contrat local, comme ingénieur prospection dans une mine. « Mon boulot était de trouver où percer pour suivre les filons. J’adorais ça et c’était formateur, ça m’est resté dans mon management : je passais mon temps à faire des sondages, pour savoir vers où aller. C’est la vie professionnelle, si on ne s’intéresse pas à ce que pense la base, ça ne peut pas marcher. J’ai toujours continué les sondages, ce qu’on peut prendre parfois pour du micro-management. J’ai gardé ça… »
Après deux ans, il est embauché sur une plateforme pétrolière. Une semaine en mer, une semaine à terre et l’impression que son avenir est en train de se jouer. «Je me suis dit, faut que je change de métier, je ne trouve plus que des postes comme ça… ». Il décide de partir et quelques mois avant la fin de son contrat, le patron de la plateforme vient le voir et lui montre un ordinateur en disant : « Serge, il paraît que toi tu sais t’en servir ». « Je n’avais jamais programmé, je n’y connaissais rien. Avant, je compilais les chiffres pendant la semaine à terre avec ma règle à calcul et la calculatrice », explique-t-il. Il s’y met et commence à programmer sur la machine. Sans le savoir, il vient de trouver son futur métier.

Touche à tout dans l’assurance

« En 1982 – 1984, les sociétés informatiques explosent, elles manquent de main d’oeuvre et recrutent tous les profils. Je me suis retrouvé chez Unilog, à apprendre l’informatique de gestion. » Il rencontre Pascal Buffard, qui l’embauche au Crédit du Nord.
« Il a été mon patron pendant 14 ans », rit-il franchement. Cinq années à la banque, que Pascal Buffard quitte pour entrer chez Axa tandis que Serge Morelli prend la tête de l’équipe pendant trois ans. Il rejoint son ancien patron chez Axa, début d’une vie de 30 ans chez l’assureur français. Après une dizaine d’années à la tête des activités d’assistance, il est toujours chez l’assureur, à un poste non exécutif, et vient de prendre la présidence du SNSA.
Côté sport, Serge Morelli reconnaît avoir « besoin de canaliser mon énergie ».
Son sport passion est le tennis, qu’il pratique depuis tout petit. « Je joue encore. Pour moi c’est la plus belle école de la vie. Tu peux toujours trouver plus fort que toi, tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même et tu peux toujours corriger. » mais il a pratiqué beaucoup de sports collectifs ou individuels.
L’autre passion, c’est « tout ce qui a un moteur ». Il fait de la moto depuis ses 18 ans et collectionne maintenant des véhicules, « parce qu’avec l’âge, on veut retrouver des sensations de l’enfance », lâche-t-il avec un sourire. Sa première voiture de collection, c’est une Ferrari 308 GTS, « celle de Magnum ». Une information révélée du bout des lèvres, comme un secret d’enfant plein de fierté. Et pour cause. « Parce que quand j’étais jeune, j’avais dit à mon père : cette voiture un jour, je vais me l’acheter. Je suis un passionné de vieux trucs comme ça… Alors ça pollue, ça tombe souvent en panne, ça fait un joli bruit, mais je roule pas beaucoup… » Il possède maintenant 3 motos et sept voitures, et passe beaucoup de temps dans le Sud de la France. Il vit près de Sainte-Maxime, un coin qu’il connaît bien pour y avoir passé de nombreuses vacances dans son enfance, son père y avait acheté un petit pied à terre.

Logiquement, son week-end idéal est « à moto, avec des amis et de bonnes bouffes. On vient d’en faire pour l’ascension, dans le Lubéron », lâche-t-il instantanément.
Bouger sans contrainte, vivre pleinement, comme toujours.