Bonus / Chronique : Peser sur l’offre pour embellir la sienne à peu de frais (2e partie)

Illustration des chroniques et bonus de La Lettre de l'Assurance

En mars, Lucas FORTUIT conclut sa chronique très « marketing et services ».
Suite et fin de ce regard sur les relations entre les assureurs et les prestataires de leurs services…

Relire la première partie ? C’est ici !

L’intrusion des assureurs dans les modèles économiques des prestataires de services n’a pas été la seule parade de génie pour modérer durablement les évolutions de leurs tarifs. Ils ont réussi, de plus, à transférer et à externaliser tout ou partie de leurs risques assurantiels sur les entreprises et les particuliers en les obligeant à se doter de moyens de protection et de sécurité grâce à l’instauration de restes à charge.

Si la prime moyenne d’un contrat MRH ou automobile s’est stabilisée dans le temps, par exemple, avec une hausse des franchises, les dépenses de protection en tout genre (alarmes, volets, blindage, antivols, sociétés de gardiennage) ont explosé…
Ainsi les bancassureurs se sont lancé opportunément dans le secteur porteur et lucratif de la sécurité et de la prévention. Le budget affecté à ce poste par les ménages dépasse parfois largement le montant de leur cotisation d’assurance. C’est le cas, par exemple de l’occupant qui se dote d’un système de télésurveillance-vidéo avec la location de matériel de détection d’une potentielle intrusion. La cotisation devient même accessoire dans certains cas de figure lorsque le bien est suréquipé en détecteurs de présence !
Mais, en contrepartie de cette intrusion dans l’offre de leurs prestataires et de leurs fournisseurs, les preneurs de risques ont été tenus à leur tour de montrer patte blanche. C’est de bonne guerre, me direz-vous, quand celui qui veut faire l’ange fait la bête…

Interférences durables ?

Ainsi, dans un contexte de transparence vertueuse, ils n’échappent pas, par exemple, à la publicité de leurs chargements de gestion et de distribution et plus récemment à celle des débiteurs indélicats… Un comble pour un assureur de figurer dans la liste noire des mauvais payeurs quand par construction, cycle d’exploitation oblige, il se trouve privilégié par rapport aux acteurs des autres secteurs, en encaissant le cash avant de rembourser tout dommage, même si l’euro placé sous cloche ne rapporte plus autant qu’auparavant…
Cela dit, on ne saurait occulter le rôle primordial des assureurs pour réduire la fréquence de survenance d’un évènement dommageable et maîtriser la charge des sinistres. En ce sens, veiller à la qualité des prestations servies contribue à satisfaire le consommateur à long terme et à lutter contre les arnaques et la fraude…
Gérer le risque va alors au-delà du simple fait de l’acheter pour émarger. En imposant légalement des franchises et des exclusions, les assureurs interfèrent durablement sur le comportement de leurs clients, même s’ils ne disposent pas de toutes les données explicatives relatives à un sinistre…
Verra-t-on un jour les sociétés d’assurance se doter de labos (bleus) en capacité de générer des normes et des standards de consommation ? Why not…
Verra-t-on un jour les sociétés d’assurance être davantage partie prenante dans la conception des infrastructures et des grands travaux publics ? Why not…

Rappelons à cet effet la loi Consommation, adoptée en février 2014, qui ambitionnait de redonner du pouvoir d’achat au consommateur responsable en matière de budget assurance.
Ainsi, l’assureur est devenu, bon gré mal gré, un acteur incontournable de la gestion du risque. C’est dans ce contexte que les GAFA représentent une menace pour les assureurs en place, en capacité de modifier les lignes entre les assureurs traditionnels et les prestataires de services, mais sauront-ils être vertueux à l’instar des assureurs ?
La question mérite d’être posée !
À moins que les prestataires asservis ne s’insurgent contre les réseaux sociaux en endossant le statut d’intermédiaire en assurance avec des produits adaptés aux besoins et aux attentes de leurs clients ou aux besoins de leurs patients…
Seraient-ils illégitimes à le faire ?

À voir !

Lucas Fortuit

La première partie de cette chronique est ici.

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