PORTRAIT : Thierry Martel, vitesse et contrôle

Thiery Martel, directeur général de Groupama, vice-président de l’Association des assureurs mutualistes (AAM) est l’invité du prochain petit déjeuner off de La Lettre de l’Assurance, le 24 janvier prochain. Et voici son portrait…

Retrouvez ici le diaporama du PDJ Off et la playlist musicale de Thierry Martel.

Ce n’est jamais facile d’obtenir un entretien avec un dirigeant de l’assurance et ce fut une nouvelle fois le cas avec Thierry Martel, directeur général du groupe GROUPAMA. D’une durée d’une heure initialement, le format fut réduit à 30 minutes, qui en devinrent 45. Allez comprendre !
Mais c’est sans doute ainsi qu’est Thierry Martel : surprenant.

Thierry Martel est né le 25 octobre 1963 à Versailles, dans les Yvelines. Parce qu’il vivait à Versailles ? « Mes parents habitaient Paris, ou Saint-Cloud, c’est le hasard des maternités », sourit-il.
Du haut du 9e étage du siège de la rue d’Astorg, le froid qui s’étale sur Paris se mesure uniquement aux fumées des cheminées. Le soleil se lève et brille sur les toits. Thierry MARTEL est en chemise-cravate et débarrasse une table de réunion encombrée « parce que je suis en plein déménagement : nous venons de changer le mobilier, les anciens fauteuils basculaient, c’était dangereux ! »

Enfant, Thierry MARTEL passe une première dizaine d’années à Paris, la suivante à Rouen, avant de revenir à Paris pour entrer à Polytechnique, qu’il appellera l’X durant tout l’entretien. Une enfance studieuse et sérieuse. « J’étais plutôt bon élève », reconnait-il dans un rire timide au début de l’entretien, avant de dévoiler en toute fin de rencontre : « j’ai eu mon bac à 16 ans et suis rentré à l’X à 18 ans ».

Scolarité exemplaire et goût de l’ascension

Le directeur général de Groupama a brillamment réussit sa scolarité, passant de l’X à Sciences Po Paris. Un héritage familial ? En partie, puisque ses parents sont enseignants, à Janson de Sailly quand ils sont sur Paris, (célèbre « cité scolaire » parisienne qui abrite la quasi totalité des filières en classes préparatoires aux grandes écoles, ndlr), et son père spécifiquement en classes préparatoires scientifiques. « J’ai eu mon père en prof de physique en ‘Spé’ et il ne me voyait pas faire une grande école », lâche-t-il en riant. « Il a été finalement assez agréablement surpris ! »

Il sort de Polytechnique et se lance dans le contrôle des assurances. « Je voulais une formation plus ouverte que l’X. HEC, je ne pouvais pas, les deux seules écoles d’application possibles étaient Sciences Po ou ENSAE, et je voulais surtout Sciences Po », après une année de « tournée » à l’Inspection générale des finances où il rencontre deux jeunes gens qu’il re-croisera plus tard dans sa carrière chez Groupama : Frédéric OUDÉA et Stéphane RICHARD.
« C’est amusant, parce que j’ai retrouvé Frédéric en étant administrateur à la Société Générale et Stéphane que j’ai retrouvé dans le partenariat avec Orange pour la banque. »

Après quelques années au corps du contrôle, Thierry MARTEL entre donc chez Groupama en 1990. Dans l’assurance par hasard. « Je n’avais rien qui me prédisposait pour l’assurance ou l’agriculture, mais je me suis très vite rendu compte de la richesse de la matière, de son implication dans la réalité. »
Les débuts ne sont pas forcément faciles. « Je suis arrivé chez Groupama avec un profil atypique : polytechnicien, ce n’était pas la formation considérée comme la meilleure à l’époque, pour arriver à la tête de cette maison », explique-t-il. « Certaines personnes me disaient que j’étais sans doute bon technicien mais pas assez politique pour arriver à des responsabilités ici ».
Là encore, il fait mentir les prévisions et affirme sa confiance. « J’ai pensé que le monde allait changer, que le modèle de Groupama changerait car le sens de l’Histoire allait vers plus de professionnalisme et de technicité. Comme il fallait faire ses classes pour progresser, en y entrant jeune j’avais le temps de monter en compétence. C’est une belle maison et j’appréciais particulièrement son réseau régional ».
Parisien « par contrainte, pas par goût », cet « amoureux du calme, de l’air pur et des grands espaces » parle d’ailleurs avec une certaine nostalgie des années passées à Dijon, dans la Caisse Grand-Est où il a beaucoup appris. « Une carrière se joue aussi sur des rencontres, des gens qui vous font confiance et vous font aussi progresser. Un certain nombre de personnes m’ont aidé », confie-t-il alors. Au premier rang de ceux là, Bernard Delas qui finit par accepter de l’envoyer en caisse régionale, malgré quelques réticences en 1995. « Il a fallu que j’insiste, mais il m’a fait confiance. J’avais un profil tellement atypique que ce n’était pas facile. Mais je devais prendre des responsabilités en province pour progresser dans le groupe ». Il apprend alors ce qu’est le mutualisme avec le président, puis les enjeux opérationnels avec le directeur général. Il y reste huit ans.
« Et puis, il faut savoir rendre à César ce qui lui appartient. C’est Azéma qui, en 2003 me rappelle à Paris et me permet de devenir, avant son départ, directeur général assurance et banque France de Groupama ». Le sujet de l’ancien directeur général est sensible, presque tabou chez Groupama, y compris pour son successeur, qui s’amuse d’imaginer les réactions des lecteurs « les gens vont se dire : il tresse des lauriers à Jean Azéma, il est fou ?! Non, il y a malheureusement eu beaucoup de catastrophes faites aussi ! »

Fonceur tendance casse-cou

Le sujet de l’ancien directeur général illustre finalement bien Thierry Martel. Beaucoup de contrôle et de mesure mais une certaine tendance à avancer sans dévier de son chemin. Un fonceur, en quelque sorte, qui passe ses semaines à se contenir. « Un week-end réussi, c’est un week-end d’émotions fortes. Pendant la semaine, je vis de manière la plus cartésienne et la mois émitionnelle possible. Le week-end il faut essayer de faire des choses où on laisse un peu moins de place à la tête et un peu plus au cœur ». Ce qui procure des émotions fortes à Thierry Martel, c’est le temps passé en famille ou avec des amis, voir de belles choses et écouter de la bonne musique.
Mais un peu plus que ça en réalité…

Car derrière le dirigeant se cache un véritable amoureux de la montagne, des sports de glisse, même s’il a maintenant un genou douloureux « et que passé 50 ans, l’organisme est plus fragile ».
Question sensations fortes et montagne, Thierry Martel avait emmené son CoDir de la caisse régionale Grand Est… au sommet du Mont Blanc ! « Cet automne, nous avons sauté en parachute avec le président, et nous avions fait du bobsleigh l’an passé ». Les assureurs « homme clef » peuvent frémir des risques pris. Lui s’en amuse.
« J’aime beaucoup les belles voitures, mais ce n’est pas pour ça que j’en ai une », dit-il, avant d’expliquer avec le même calme, « je suis incapable de conduire une grosse voiture sans aller vite, parce que j’adore la vitesse et ce n’est pas raisonnable aujourd’hui. Alors pour être sûr de ne pas faire l’imbécile au volant, je n’ai pas de grosse voiture. » Evidemment, il dit « faire attention en raison des responsabilités qui sont les [siennes]. Je ne peux pas me permettre d’être absent ».
Un savant mélange de sérieux, de contrôle… et de folie.