FISH INFO : Comment DEREZ et KESSLER ont presque été confinés… ensemble !

RÉCIT – Il s’en est fallu de peu que Thierry DEREZ et Denis KESSLER soient confinés ensemble, le 17 mars dernier. Et comme toujours quand quelque chose de négatif arrive, par la faute du régulateur !

Selon nos informations exclusives à nous seuls que vous ne lirez pas ailleurs, Thierry DEREZ, PDG de COVÉA et Denis KESSLER, PDG de SCOR, étaient convoqués, chacun de leur côté, ce mardi 17 mars 2020, dans les locaux de l’ACPR, alors que leurs groupes respectifs doivent présenter des plans d’évolution de la gouvernance.
À quelques minutes prêts, les deux hommes auraient pu être confinés ensemble dans les locaux de l’Autorité de contrôle.

Mardi 17 mars, il fait frais mais le temps est ensoleillé place de Budapest, dans le 9e arrondissement parisien.
Il est 10h25 quand une berline allemande aux vitres fumées s’engouffre dans le parking souterrain de l’Autorité de contrôle prudentielle et de résolution, l’ACPR.
À son bord, Thierry DEREZ, PDG du groupe COVÉA, un lourd dossier posé à côté de lui, tapote son téléphone. Il relit une dernière fois la convocation, et les notes manuscrites qu’il a rédigé sur le trajet le menant de son domicile à son bureau, le matin même.
Les déclarations d’Emmanuel MACRON puis d’Édouard PHILIPPE les jours précédents ne laissent aucun doute : le confinement est maintenant officiel.
Mais rien n’y a fait ! Malgré de nombreuses tentatives ces derniers jours, les contrôleurs de l’ACPR n’ont pas voulu remettre à plus tard cette rencontre. Il sera question de gouvernance, « un sujet de la plus haute importance dans l’optique des assemblées générales à venir », lui a-t-on affirmé. Mieux vaut être présent.

Au 3e étage, Bernard DELAS, vice-président « assurance » de l’ACPR attend.
L’ascenseur s’ouvre sur la grande silhouette de Thierry DEREZ, costume sombre et traits tirés. En costume gris et plus petit, Bernard DELAS remarque immédiatement que le patron de COVÉA est soucieux et d’humeur maussade. « Bonjour Bernard », lui lance-t-il de loin, « finissons en rapidement, je n’ai pas que ça à faire aujourd’hui ».
Quelques collaborateurs, arrivées plus tôt, le saluent à distance raisonnable.
D’un geste de la tête, il rend les salutations et sourit. « Tu as préféré te confiner à Paris plutôt qu’au Mans, hein », lance-t-il à un jeune accompagnateur, qui ne répond pas.
C’est le moment que Bernard DELAS choisit pour annoncer au PDG : « J’aurais besoin de te voir 10 minutes avant que tu ne partes, quelqu’un t’amènera jusqu’à mon bureau à la fin du rendez-vous. » Puis, sans attendre la réponse d’un Thierry DEREZ méfiant, il tourne les talons et s’éloigne.
10h40, le rendez-vous commence et doit durer une heure. Officiellement.

Unité de lieu et de temps

Au même moment, une berline noire s’avance sur l’avenue Kléber en provenance de l’immeuble SCOR. Denis KESSLER feuillette la presse et particulièrement les Dernières nouvelles d’Alsace. Les nouvelles sont terribles et il a une pensée pour la région cher à son cœur, qui paie au prix fort l’arrivée du coronavirus en France. Son visage s’assombrit un peu plus.
Le chauffeur connaît la destination : 4 place de Budapest. Le PDG du groupe SCOR doit répondre, lui aussi, à une convocation des contrôleurs sur le sujet de la gouvernance. Il ne décolère pas d’être obligé d’y assister et se demande encore comment il a cédé.
« Tout ce temps perdu pour une simple formalité », maugrée le patron, pendant que la voiture glisse sur l’asphalte.
Trente minutes plus tard, bardés de deux directeurs, le PDG entre dans un bureau de l’ACPR. Passablement agacé, il a prévu de laisser de côté sa colère pour gagner du temps et sortir au plus vite. Surtout que Bernard veut le voir juste après.
S’il apprécie le vice-président de l’ACPR, il n’en a pas moins un groupe à faire tourner et ce sujet de la gouvernance lui semblait réglé depuis quelques temps déjà. Avec le confinement prévu, difficile de refuser.

11h30, alors que le rendez-vous touche à sa fin, la porte de la salle de réunion 00-100 s’ouvre et une jeune femme demande à Thierry DEREZ de s’il veut bien l’accompagner pour le mener au bureau de Bernard DELAS. « Vous gagnerez du temps ainsi ». L’argument fait mouche, Thierry DEREZ profite de l’occasion pour quitter la salle rapidement.
Dans la salle 00-68, Denis KESSLER s’impatiente, et les contrôleurs sont à la peine. Depuis 5 minutes déjà, l’ambiance est pesante et quand la porte s’ouvre, le plus jeune contrôleur sursaute et laisse tomber une liasse de feuille qui s’éparpille. Un jeune homme vient chercher le patron de SCOR pour son rendez-vous avec le vice-président de l’ACPR.

Pris dans le pot de confinement

C’est bien dans le bureau de Bernard DELAS que tout le monde va se retrouver.
Dernier arrivé, Denis KESSLER s’empourpre en voyant Thierry DEREZ déjà présent. Ce dernier blêmit de rage et lance des regards noirs à Bernard DELAS, qui ne peut s’empêcher de sourire sous sa barbe de quelques jours. « Messieurs, s’il vous plaît écoutez moi », dit-il immédiatement et fermement. Ce ton plus péremptoire qu’à son habitude a le mérite de couper court au pugilat qui s’annonçait.
Sans desserrer les dents, les deux PDG tournent leur regard vers le vice-président. Celui-ci, reprenant sa voix calme et posée, explique les raisons de cette réunion improvisée, « les inquiétudes et la lassitude », à Bercy comme ailleurs, que la situation engendre.
Surtout, toute la place a constater que tous les sujets étaient maintenant prétexte à opposition entre les deux hommes !
« Parlez librement, chacun votre tour, mais sachez que mon mandat terminé, je serai remplacé et ce sera forcément plus compliqué », conclut Bernard DELAS.
Il est midi, le confinement entre officiellement en vigueur. Dans le bureau aux grandes baies vitrées, une forme d’épreuve commence.
Les mots fusent et « les murs tremblent » racontent des témoins extérieurs de la scène. Seul Bernard DELAS est resté avec les deux hommes mais il ne confiera rien de ce qui s’y est dit.
Ils s’interpellent, sont souvent à la limite de l’insulte et ne décolèrent pas. Tour à tour éloquents, obstinés, blessants, ils passent une heure ainsi, jusqu’à ce que l’arbitre de cette drôle de joute verbale ne sonne la pause, plutôt que la fin, du match.
« Si vous ne voulez pas rester confinés ici, ensemble, je vous conseille de partir et de méditer cette rencontre. Je vous propose que nous nous retrouvions dans un lieu plus neutre. Pourquoi pas une partie de pêche dans un mois ? Rien de tel que de taquiner le poisson d’avril ».