PORTRAIT : Eric Maumy, l’ascension en passions

Eric Maumy, directeur général du groupe APRIL, sera l’invité du Petit déjeuner Off le 4 mai 2021. En attendant cette rencontre, voici son portrait.

Mesures sanitaires et restrictions de déplacements obligent, la rencontre avec Eric Maumy se fait à distance, par une application de vidéo conférence. Habillé d’une fine barbe de quelques jours, veste bleue et chemise blanche, le directeur général est enjoué, blagueur. Il troque rapidement le fond d’écran April pour une vue de la région aixoise, « non loin de chez moi », précise-t-il. Affable, Eric Maumy voyage dans ses souvenirs à marche (très) rapide, qu’il conclura par « bon, j’ai été bavard ». Tant mieux !

Eric Maumy est né le 30 novembre 1966, à Buzançais, ville de l’Indre (36), « à la limite de la Touraine et de la Champagne Berrichonne, à la campagne quoi », précise-t-il déjà.
Il grandit donc dans cette « campagne » située entre Châteauroux et Tours, mais ajoute que « ce n’est pas du tout le berceau de la famille, qui est originaire du Limousin ».
« Quand mon père a terminé ses études de géologie, il est venu à Paris pour devenir ingénieur à la RATP, où le père de ma mère était cadre. Mais il s’est dit qu’il n’avait pas envie de vivre à Paris, il voulait avoir du temps pour s’occuper de ses enfants. Il est devenu prof et a atterri dans cette ville, dans laquelle mes parents n’avaient aucune attache ». En quelques minutes, le décor est planté.
Eric Maumy parle beaucoup, avec entrain. Il précise, revient, reprend, détaille et s’amuse, promet de revenir ensuite sur le sujet et ne passe rien sous silence. Le plus dur est de poser les questions.
Sur son enfance, l’actuel DG d’April garde de très bons souvenirs, de débats et d’argumentations à table, de vacances heureuses en famille, dans la Creuse.
La famille vit pourtant un drame. « Ma mère est décédée quand j’avais onze ans, et j’ai failli perdre mon père deux mois après, dans un accident de voiture », révèle-t-il en retraçant l’histoire familiale. « Depuis, je suis très famille, et je suis très ‘Carpe Diem’, je ne suis pas un anxieux, j’ai beaucoup de recul. »
Ses grands-parents paternels sont des agriculteurs dans la Creuse, tandis que ses grands-parents maternels sont de Paris. « Mon grand-père était cadre à la RATP et ma grand-mère travaillait à la Samaritaine. Quand on y allait avec mon frère, je me souviens avoir visité le chantier du RER sous la Seine et de passer des moments inoubliables devant les animaux de la Samaritaine ».
Le début de sa scolarité se déroule à Buzançais avant de rejoindre Châteauroux pour le lycée. « Objectivement, jusqu’au bac, j’étais un bon élève mais pas du tout impliqué. Ça ne m’intéressait pas. Au collège, j’étais dans l’établissement où mon père travaillait, donc j’étais obligé de me tenir bien et de faire le minimum », lâche-t-il dans un rire. « Quand j’ai pu choisir mes études, ça a été différent. J’ai découvert le droit à la fac et je suis devenu un rat de bibliothèque. »

Sciences humaines et passions naissantes

Son père enseigne les sciences physiques et les sciences naturelles mais Eric Maumy préfère de loin les lettres, la philo, l’histoire et les langues.
En droit, son entourage l’imagine entrer dans la magistrature ou pousser vers l’enseignement. Adolescent il voulait être avocat. « J’avais une certaine aisance à l’oral, et une véritable envie de démonstration et argumentation », explique-t-il. Il se dirige donc naturellement vers le droit des affaires. Naturellement ? « Une des choses que mon père nous disait, c’était d’aller dans le privé ! C’était paradoxal pour un professeur ! » Il aurait apprécié voir ses deux fils devenir ingénieur, ce qui est le cas du frère d’Eric Maumy.
Direction la fac de droit à Tours. « Il y avait une option assurance à la fac, matière enseignée par Hubert Groutel, un type hallucinant. C’était un vrai personnage, très spécial, personne ne voulait suivre son cours ! Moi, à ce moment là, je découvre l’assurance et je tombe amoureux de la matière », explique-t-il avec passion. « Il n’y a pas beaucoup de gens qui ont choisi d’entrer dans l’assurance, il y a beaucoup ‘d’accidentés’, mais moi c’était un vrai choix ». Il poursuit ses études à Paris avec des troisièmes cycles spécialisés.
Pourquoi l’assurance ? « L’assurance a un côté très utile, au plan économique, au plan social. Je vois ce que l’assurance va apporter. Et c’est positif, très business, très tourné vers le monde des affaires, et ça me plaisait beaucoup », énumère-t-il. Eric Maumy choisit le courtage, « j’avais la conviction absolue que l’assurance ou la réassurance n’étaient pas fait pour moi, que le courtage correspondait à mon état d’esprit. Il y a une part de négociation, et du meccano, il faut être créatif et inventif. Il faut avoir une empathie extrême pour les clients pour comprendre leurs enjeux et construire des solutions ».

Capitaine courtage

Il fait cinq ans chez Sedgwick, autant chez Gras-Savoye. « J’ai eu la chance d’avoir des patrons qui m’ont fait confiance et m’ont laissé beaucoup de latitude », explique-t-il. Il travaille comme il fait du sport ou étudiait : avec passion, sans limite.
Chez Gras-Savoye, Eric Maumy dit avoir vécu « cinq années phénoménales ». « Je suis arrivé en même temps que Jean-Hervé Lorenzi qui a transformé le groupe et le courtage en France », se souvient-il.
Pour lui, deux personnes ont fait évoluer le courtage : Jean-Hervé Lorenzi et Philippe Faure, dirigeant de Cecar qui sera racheté par Marsh à la fin des années 90.« Ils posaient un regard sur le courtage différent, en donnant un éclairage nouveau sur la valeur du courtage pour les entreprises clientes », résume-t-il.
Au cours de l’entretien, il citera tout aussi volontiers les grands entrepreneurs du courtage pour lesquels il semble avoir une grande admiration.
Il se souvient de son arrivée à la direction du développement et de l’innovation de Gras Savoye. « J’ai 32 ans, je suis un gamin face à des stars de la profession, hyper intelligents, avec des réseaux incroyables. En 2 ans, j’ai gagné 10 années de maturité professionnelle ». Il travaille 7/7 jours, parcourt le monde. « Je suis pris dans un tourbillon passionnant ». La naissance de son premier enfant lui fait prendre conscience de ce rythme effréné.
« Il faut que je change de vie, sinon je vais passer à côté de l’essentiel, qui est ma vie de famille ».

Tourbillon et atterrissage en Bretagne

Il pense alors monter son cabinet de courtage, ce qui n’est pas un gage de ralentir. Au gré des rendez-vous pour créer sa structure, il rencontre Jacques Verlingue. Le président du groupe Verlingue n’est pas très intéressé par le projet mais plus par l’homme : « il m’a proposé de le rejoindre… La Bretagne, je la survolais quand je prenais l’avion, je n’y allais jamais », confie-t-il amusé.
Il est pourtant séduit par le discours de ce « patron entrepreneur qui rêve beaucoup plus grand que sa boîte ». Le duo vit ensemble presque 20 ans, Eric Maumy dispose d’une grande liberté et s’appuie sur ses dix années d’expériences précédentes pour « transformer l’entreprise et la faire changer de dimension ».
Toujours très actif et plein d’idées, Eric Maumy se pose pour la première fois. Il assène toutefois qu’il « devrait y avoir une date de péremption sur les CEO. Si je n’avais pas eu des attaches familiales, je ne serais sans doute pas resté aussi longtemps. Je ne regrette rien, nous avons fait des choses formidables, j’ai été très heureux dans ce groupe ».

En 2018, la situation familiale évolue, les six enfants sont grands. « Je suis allé voir Jacques Verlingue en lui disant : je ne sais pas ce que je vais faire en 2019, mais je vais partir », explique celui qui est directeur général du groupe. En parallèle de ses activités chez Verlingue, il regarde pour racheter un courtier mais on ne lui propose que des participations minoritaires, ce qui ne l’intéresse pas. Il croise le projet de CVC pour April. Le fonds lui demande de prendre la tête du courtier. « J’ai commencé mes études d’assurance en 1988, à la naissance d’April ! Quand j’ai démarré, les boîtes qui me faisaient rêver c’était Siaci, April, ou encore Bessé », reconnaît-il. Passionné par les entrepreneurs que sont les patrons et fondateurs de ces entreprises – qu’il cite à l’envi – Eric Maumy saisit l’opportunité avec une grande fierté.
« J’ai bossé tout l’été sur le dossier pour présenter une vision du groupe. On pense que les fonds sont court-termistes mais là vous faites face à des actionnaires d’un très haut niveau. Pour moi, c’est un niveau Ligue des Champions, avec l’immense avantage de ne pas avoir à marquer de buts contre mon ancienne équipe », s’amuse-t-il. Le niveau d’ambition, déjà élevé chez Verlingue, est rehaussé. « April est mon Everest professionnel. Sauf que cette fois je ne vais pas me brûler les doigts, je suis mieux équipé », rit-il franchement, en référence à une ascension un peu folle faite avec son frère.

Les sommets, à pied, à vélo et à skis

Car en dehors du travail aussi, Eric Maumy semble insatiable. Enfant et ado, il pratique longtemps le vélo en compétition, qu’il arrête à la vingtaine en raison d’un problème à un genou.
Il est intarissable sur le sujet, avec quelques bons mots et un précepte familial qu’il utilise encore beaucoup, de son propre aveu. « Nous ne sommes pas très grands dans la famille, et mon père me disait toujours : quand tu en baves, dis toi que les autres en bavent encore plus que toi. J’avais une capacité à résister à la douleur assez grande, et on souffre en vélo, c’est un peu un sport de dingues pour ça », lâche-il dans un grand rire.
Il aime aussi beaucoup la montagne. « On avait pas les moyens de partir au ski dans les Alpes alors on allait dans le Massif Central pas très loin de chez nous, faire du ski de fond. Avec mon frère, nous avons fait beaucoup d’alpinisme et d’escalade dans tout ce que la France compte de massifs montagneux ! »
Il raconte une anecdote : « J’étais chez Gras-Savoye à l’époque. J’appelle mon frère un vendredi et je lui dis : ‘je viens de voir la météo, ils prévoient un anticyclone sur le Mont-Blanc, on y va’ ». En un week-end, ils font la route, dorment au refuge des Cosmiques et gravissent le toit de l’Europe. « On n’avait pas l’équipement adapté pour – 28°c, je me suis gelé les doigts il m’a fallu des mois pour récupérer… », confie-t-il dans un large sourire. « Dans ma jeunesse, j’ai fait énormément de sports ‘durs’ comme ça, du vélo, de l’escalade et de l’alpinisme, des marathons », résume-t-il. Il pratique avec une bande de copains, « liés par le sport, le vin et l’art ».
Pour l’anecdote, il raconte qu’il a découvert le ski alpin… chez Verlingue ! « Les séminaires de direction se tenaient à Méribel. Je ne savais pas skier mais comme j’étais sportif, ils m’avaient mis dans le groupe ‘forts’. J’en ai bavé vous pouvez pas imaginer ! ». Il explique avoir passé ensuite 15 jours d’apprentissage intensif pour ne plus souffrir autant sur les skis… et c’est devenu une (nouvelle) passion !
Comme pour la famille, Eric Maumy est aussi très « amis ». « Je suis très fidèle en amitié. Je fais beaucoup d’événements où je mélange tout le monde. Je vis avec cette diversité autour de moi. Nous adorons inviter et réunir nos amis, qui deviennent amis et se côtoient », raconte-t-il avec fierté.
Membre actif de la Young presidents organization (YPO), un réseau de patrons à travers le monde, le directeur général d’April semble constamment dans l’échange, la participation et la construction de quelque chose. Toujours à escalader un obstacle, franchir un sommet.