PORTRAIT : Florence Lustman, force de conviction

Florence Lustman, présidente de la Fédération française de l’assurance, est l’invitée du Petit déjeuner Off de La Lettre de l’Assurance le 8 juillet prochain. Voici son portrait.

Coronavirus oblige, le rendez-vous de préparation du Petit déjeuner Off de Florence Lustman s’est tenu à distance. Une visio-conférence sans visio, chacun chez soi mais avec bonne humeur et disponibilité. L’occasion d’une conversation d’une grosse demi-heure pendant laquelle la présidente de la FFA répond aux questions, glissant quelques anecdotes et des convictions.

Florence Lustman est née le 20 janvier 1961, à Évreux, dans l’Eure (27).
Pourtant, elle n’est par Normande, ou de loin. Sa mère, originaire d’Évreux, avait simplement décidé de se rapprocher de sa famille pour accoucher.
« Nous sommes revenus à Paris très rapidement. J’y ai passé presque toute ma vie », précise-t-elle d’emblée. Elle grandit dans le Ve arrondissement où son père est professeur de mécanique en classe prépa. « D’ailleurs, je voulais être professeure, comme lui ».
Les lecteurs et lectrices fidèles des portraits auront fait le parallèle avec celui d’un autre dirigeant, fils d’enseignants prêts à suivre la voie familiale. « C’est très drôle, je l’ai dit à Adrien Couret, quand j’ai lu son portrait dans La Lettre, ça a résonné ! Il y a des correspondances », s’amuse-t-elle. Il y a en effet des similitudes !

« Très bonne élève, très sérieuse », Florence Lustman s’imagine pendant longtemps un avenir dans l’enseignement. « Je pense que j’étais faite pour être prof. J’aime ce rapport humain, de partager des connaissances. Dans les concours, j’avais eu beaucoup de chance, j’avais eu Normal Sup. Comme j’étais aussi admissible à l’X, j’ai passé les oraux sur un petit nuage », se souvient-elle.
Elle tombe, de son propre aveu, « sur une commission un peu vacharde », mais il en faut beaucoup plus pour déstabiliser celle qui se voit déjà Normalienne. « Je n’avais pas de pression, j’étais d’un calme olympien et je pense que c’est grâce à ça que j’ai été admise à l’X. » Florence Lustman se trouve donc face à un choix qui lui semble plutôt évident : allez vers Normal Sup et tant pis pour l’X !
Mais c’était sans compter sur les conseils de celui qui lui a transmis la passion de l’enseignement : son père. « Il m’a dit, ‘réfléchis bien, prof c’est un très très beau métier, mais… vraiment réfléchis bien’ et il m’a encouragé à parler avec plusieurs personnes. Ce que j’ai fait et j’ai choisi l’X », conclut-elle dans un sourire, avant d’ajouter : « je n’ai jamais regretté ce choix, même si Normal Sup aurait été un très beau choix ».

Treillis et tricorne

Avant d’entrer l’école, il faut faire un an de service militaire. « Si vous voulez des anecdotes, je peux vous dire que pour ramper dans le parcours du combattant, c’est plus facile quand vous êtes petite. Je pouvais le faire à quatre pattes sans toucher les barbelés », lance-t-elle dans un rire. « Au début, je trouvais ça plutôt amusant. Nous n’étions que 18 filles sur 300, mais moi ça me plaisait. J’ai commencé le service militaire avec beaucoup d’enthousiasme. Mais le choc culturel entre les études, où le prof n’est légitime que s’il est reconnu par les élèves et la discipline militaire, où c’est comme ça et pas autrement, est devenu vraiment pesant », avoue-t-elle sans hésitation, ajoutant même : « quand on m’a demandé de chanter des chansons cochonnes, j’ai refusé. Le service militaire, c’set bien mais pas trop », lâche-t-elle dans un nouveau rire.
Ce rapport paradoxal est très présent dans cette période militaire. Florence Lustman raconte avoir été médaillée en tir, « mais je détestais ça ». Pourquoi ? « Ça a du recul un fusil, ça fait super mal ! En plus, après il faut le nettoyer si on a tiré avec. Alors que si on ne tire pas, on n’a pas à le faire… Pour la médaille, ce n’est pas compliqué, il suffit de savoir viser ». Tout simplement.

Grande amatrice de tennis, Florence Lustman aurait aimé en faire à Polytechnique, mais ce n’était pas possible, « parce que la section n’avait pas encore été créée ». « Nous, les femmes, n’avions pas accès à tous les sports, et ils nous mettaient toujours dans les niveaux « faibles ». Il y avait encore des combats à mener ! », explique-t-elle.
« J’ai choisi « natation faible », donc. Je nageais tous les jours mais j’avais des entraînements de tennis 2-3 fois dans la semaine. Je dois dire que c’est ce j’ai préféré à l’X, le sport tous les jours et même parfois deux fois par jour ! Je trouve que c’est une hygiène de vie extraordinaire » et qu’elle a conservée.
Elle revient plus précisément sur la place des femmes à l’X admises depuis 1972. Florence Lustman est promo 80. « Autant nous étions totalement acceptées de la part de nos camarades, surtout qu’on s’était fréquenté en prépa, autant, nous n’avions pas accès à tout ! C’est amusant de revisiter ça quelques années plus tard parce que je ne pense pas qu’aujourd’hui nous dirions « natation faible », mais plutôt groupe 1 et groupe 2 ! » Autre avancée saluée par l’actuelle présidente de la FFA, le bicorne qui remplace le tricorne qu’elle a dû porter.

Dans le contrôle pour Sciences Po

Côté carrière, Florence Lustman entre à l’X sans idées particulières. « Je savais que je ne voulais pas faire ingénieur classique, comme construire des ponts ou des routes. Non, ce n’était pas trop mon truc. Je savais aussi que je voulais revenir dans Paris ! Palaiseau, pour faire du sport c’est bien, mais quand on a grandit au cœur du Quartier Latin, ce n’est pas la même vie… Je préférais l’économie, et la finance au sens large. Donc je suis allée au bureau des carrières et on m’a présentée les différentes options, comme le corps de l’Insee ou le corps du contrôle des assurances. »
Les commissaires qui viennent présenter le corps sont convaincants et un point lui plaît tout particulièrement. « Il y avait une liberté dans l’organisation de son travail, ça semblait moins hiérarchisé, moins ‘processé’ et on passait beaucoup de temps dans les entreprises. La matière assurance m’intéressait parce qu’elle était très tournée vers l’humain. Et puis, ce corps n’a pas d’école d’application ce qui me laissait la possibilité de faire Sciences Po ! ».
La situation géographique de l’école de la rue Saint Guillaume et la chance de « rencontrer des gens et des cultures différentes », finissent de la convaincre. Encore une fois, elle confie n’avoir « jamais regretté ce choix ». « Le fait d’ouvrir la formation initiale laissait la capacité de formater un peu à la carte son activité professionnelle. J’ai appris la compta, c’est essentiel ! Je pense que tout le monde devrait apprendre la compta, comme une langue étrangère… ».

Florence Lustman se montre très heureuse de ses choix autant que de les avoir eu.
En filigrane, il y a également un rapport à l’autorité très personnel. « C’est vrai que l’autorité pour l’autorité, je respecte assez peu. L’autorité elle se crée. On acquiert une autorité par son savoir, par son savoir-faire. Si on en est à devoir utiliser son autorité, hiérarchique ou autre, c’est quelque part un peu un échec pour moi. J’ai des convictions, donc j’essaie toujours de convaincre. Et si je n’y parviens pas, c’est que mon idée n’était peut-être pas bonne. J’ai toujours eu la chance d’avoir des collaborateurs de qualité, ce qui peut aussi me faciliter les choses. » De son long passage dans l’administration, elle conserve une « boutade » qu’elle lançait aux chasseurs de têtes chargés de recruter des commissaires contrôleurs. « La meilleure école de management, c’est l’administration. Dans l’administration, vous n’avez aucun levier : pas d’augmentation, pas de beaux bureaux, pas de véhicules de fonction, pas de promotion plus rapide que ce que prévoit un code gravé dans le marbre. Vous ne pouvez les manager qu’en les faisant adhérer à un projet qui leur plaît », dit-elle avant de résumer « J’ai toujours fonctionné comme ça, par de la persuasion plutôt que de l’autorité. »

Sport avant tout

Elle est heureuse de trouver des échos à sa vision dans la société actuelle. « Je me trouve finalement plus proche des jeunes générations d’aujourd’hui, qui sont vues comme rebelles parce qu’elles cherchent un sens et n’acceptent pas les codes. Je trouve que ces jeunes ont raison et beaucoup sont assez admirables ». Florence Lustman ajoute toute la chance qu’elle a eu d’avoir un tel espace de liberté dans son expérience professionnelle.
Forcément, l’image du prof, personne sachante qui transmet, instruit et convainc, libre dans sa classe et dans ses méthodes, résonne dans cette vision de l’autorité. Au cours de sa carrière, Florence Lustman a eu l’occasion d’enseigner, un exercice de « relation humaine » qui lui plaît toujours autant. Elle vante tout particulièrement la formation professionnelle, où l’apport de l’expérience est particulièrement enrichissant, ainsi que la mixité.
« Au CERAM, à Sophia Antipolis, les promotions étaient mixtes, elles mélangeaient des étudiants et des professionnels en formation. C’était très intéressant car la salle interagissait, les dialogues se faisaient à trois et c’était une vraie valeur ajoutée pour les étudiants qui côtoyaient des professionnels et ces derniers qui avaient avec eux des gens très forts en finance dans leur rang ».
Le paradoxe, pour beaucoup, sera de voir que l’administration lui a offert cette liberté. Et même plus. « J’ai été promue à la tête de l’autorité de contrôle à 39 ans. C’était assez drôle car à l’époque, Danièle Nouy était à la tête de la commission bancaire et quand on arrivait chez Ledoyen pour les grands raouts des financiers, il n’y avait que des costumes gris ! Nous étions les deux seules femmes ! De ce côté là, l’administration avait de l’avance. Je trouve que l’entreprise s’est mise beaucoup plus tard à la promotion des femmes ». Elle salue le système des corps, avec les concours, qui ne tiennent compte que des compétences. « C’est une communauté dans laquelle hommes et femmes sont à égalité. L’administration était plus neutre, mon diplôme est le même que celui de mon voisin. » C’est en entreprise qu’elle retrouve des comportements sexistes.

Avec une certaine agilité, Florence Lustman a évité les réponses trop personnelles, tout en donnant quelques anecdotes sur sa scolarité et sa carrière.
Passionnée de sport, Florence Lustman se dit « bonne dans aucun sport mais j’en fais plein ».
Et justement, un week-end idéal passe par le sport et la famille. Gymnastique, course, tennis, yoga « qui est plus une activité qu’un sport à proprement parler ».
La période de confinement a été longue et difficile, mais lui a permis « de courir tous les matins ». « Avec une vie professionnelle bien remplie, les week-ends sont précieux, donc faire du sport et passer quelques jours en famille est très agréable ».
Pour la présidente de la FFA, une chose importe beaucoup : « plus je rencontre des gens différents, plus j’enrichis ma capacité à convaincre ».
Ce n’est pas un confinement qui va remettre en cause ce principe !