PORTRAIT : Jean-François Lequoy, rencontres du premier type

Jean-François Lequoy, de Natixis, est l’invité du Petit déjeuner Off de La Lettre de l’Assurance, le 16 mai. Voici son portrait.

C’est l’un des titres les plus longs du monde de l’assurance. Jean-François Lequoy est officiellement « membre du comité de direction générale de Natixis, en charge des activités d’assurances » et le prochain invité du petit déjeuner Off de La Lettre de l’Assurance.
Pour préparer cet événement, il nous reçoit dans une salle de réunion centrale et sans âme, le long des quais de Seine côté Bercy. Très à l’écoute, jovial, Jean-François Lequoy se prête au jeu et se raconte.

Jean-François Lequoy est né le 9 avril 1961 à Paris. Enfant de la capitale, il entretient avec elle des liens changeants. « J’ai beaucoup aimé Paris, mais maintenant j’ai de plus en plus de mal à y revenir, j’ai maintenant besoin de la campagne », confie-t-il. Il a une maison en Corrèze, « la vraie campagne », rit-il, « mais je n’y vais pas tout les week-ends ! »

Ce penchant pour la campagne n’a pas toujours été présent.  « Je disais quand j’étais plus jeune que le meilleur jour des vacances c’est quand je revenais à Paris ! », s’amuse-t-il.

Très bon élève – et modeste – dans une famille qui valorise les études, Jean-François Lequoy déroule le fil des mathématiques et de la physique. « Si vous n’êtes pas trop mauvais en math et physique, on vous dit de faire une sup et une spé (les prépas mathématiques), puis vous passez les concours… », décline-t-il pour justifier son entrée à Polytechnique. Tout semble naturel pour un adolescent qui n’a alors « aucune idée de ce qu’il veut faire plus tard. Même à Polytechnique, je ne me posais pas la question ». Il apprécie les années d’étudiant. « J’ai beaucoup aimé le collège et le lycée, beaucoup moins la prépa », explique-t-il

De rencontres en rencontres

Parmi ses hobbies, il cite le ski et la natation qu’il pratique depuis l’enfance et qui était son sport à l’X. Il reconnaît nager « encore une fois par semaine ». Mais Jean-François Lequoy est plus loquace quand il s’agit de parler de sa carrière.
Il entre à l’ENSAE par choix. « L’une des raisons pour lesquelles j’ai fait le contrôle des assurances c’est qu’il permettait d’entrer à l’ENSAE. J’avais vraiment envie de faire cette école », raconte-t-il alors. « Ça changeait des écoles d’ingénieur, c’était ouvert sur de nombreuses sciences humaines tout en étant scientifique. C’était bien complet. ». Assez concis dans ses réponses jusqu’alors, Jean-François Lequoy se livre plus.
« J’ai un profil assez généraliste, j’aime bien ces environnements où il n’y a pas que des mathématiques, de la physique ou de la chimie. C’est aussi pour ça – et je ne l’ai découvert que longtemps après – que j’aime bien l’assurance : parce que c’est fondamentalement un creuset d’expertises et de techniques différentes. »

En sortant de l’X, il ne sait toujours pas vers quelles branches se tourner. « Vous n’imaginez pas à combien de styles d’entreprises très variées j’avais envoyé des CV ! », avoue-t-il, avant de raconter l’anecdote qui le pousse vers l’assurance.
« Il y avait dans l’immeuble de mes parents un monsieur dont je savais qu’il était polytechnicien et qu’il travaillait dans l’assurance. Je suis allé le voir et je lui ai demandé si le corps du contrôle était bien. Il m’a répondu que oui. Comme ça permettait de faire l’ENSAE, je me suis dit allons-y ! Le monsieur était Hervé Cachin (qui dirigea la SCOR et la SAFR) ». Pour Jean-François Lequoy, c’est la seule personne assez proche qui travaille dans l’assurance et c’est suffisant pour lancer une carrière.

Assurance sans-savoir

La vie est faite de rencontres. Pour Jean-François Lequoy, envoyé par le Contrôle se former chez un courtier, c’est à chaque fois de nouvelles opportunités.

« La première personne de la profession que j’ai rencontrée, c’est Patrick Lucas, qui m’avait très gentiment accueilli pour un stage, et qui avait passé un long moment avec moi. J’ai un souvenir très précis de cet entretien », dit-il avec une pointe d’émotion. « J’avais trouvé qu’il avait des idées très visionnaires pour le courtage ».
Jean-François Lequoy visite ensuite le groupe, passe de régions en région. « Moi je découvrais à la fois l’assurance et l’entreprise – on ne faisait pas beaucoup de stages à l’époque – et le dernier jour, je suis allé voir Patrick Lucas et je lui ai dit que, ce qu’il m’avait dit le premier jour, je l’avais entendu partout ensuite. Ca lui a fait très plaisir de voir ses visions diffusées dans l’entreprise ».

Autre rencontre et autres souvenirs, Jean-François Lequoy a pour chef une figure des commissaires-contrôleurs des assurances dont le nom parlera à quelques patrons du secteur : Jean-Louis Bellando. « Il m’a tout appris sur qu’est-ce qu’une entreprise d’assurance, qu’est-ce que le contrôle… Je me suis intéressé au sujet ».

Il passe cinq ans au contrôle. « Je n’avais plus le moindre doute sur le fait que j’allais rester dans l’assurance. Il y avait un fort appel d’air, les entreprises venaient chercher les commissaires-contrôleurs. »

S’en suit une carrière dans le privé, marqué par une certaine originalité. Il entre ainsi chez… Suez. L’assurance représentait un tiers des actifs du groupe, et il venait de lancer une OPA sur le groupe Victoire. « Nos premiers dossiers portaient sur des acquisitions dans l’assurance. Avec la crise de l’immobilier, le groupe a été obligé de vendre ses actifs. J’étais à la fois chez Suez et chez Victoire. J’ai en fait passé un bout de temps à scier la branche sur laquelle j’étais assise », s’amuse-t-il.

Il entre ensuite chez Faugère et Jutheau et confesse un lien personnel avec le courtage : « Mon père était courtier maritime. Il parlait toujours du courtage avec intérêt et respect », rit-il.

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Entré pour s’occuper des captives et des techniques de financements alternatifs, il est propulsé à un poste de responsable de l’équipe des chargés de clientèle grands comptes. « Je dois beaucoup à mes patrons qui m’ont fait confiance pour faire des choses qui étaient assez loin de mes bases », explique-t-il, et d’ajouter. « Quelqu’un m’avait dit un jour, les gens vous connaissent bien, quand ils vous proposent quelque chose, il faut dire oui ». Jean-François Lequoy ne regrette pas. Mieux, il reconnaît que ce poste lui a beaucoup plu !

Il entre ensuite à la Hénin Vie, retrouvant son patron de chez Suez. La Hénin Vie est vendue à La Mondiale, mais il reste.
Et c’est une nouvelle fois par une rencontre que sa carrière prend un nouveau virage. De ses premières années chez Suez, il garde un contact avec Laurent Mignon. En 2001 celui-ci quitte son poste de directeur financier des AGF. Jean-François Lequoy est sur la liste des candidats et est recruté. Il exerce une nouvelle fois de nombreux postes, balayant une large partie des activités d’assurances, jusqu’en 2008 où le bureau de la FFSA cherche un délégué général « qui connaît l’assurance ». Aux AGF devenu Allianz, on lui propose de partir à Munich. Mais la rencontre avec Bernard Spitz va le convaincre. La FFSA  lui donne l’occasion « de vivre une nouvelle aventure. Je n’avais jamais vu le secteur de l’assurance de l’extérieur. C’est complètement différent de la vie des entreprises, c’est très riche intellectuellement et très intéressant. »
En 2013, Laurent Mignon, encore lui, vient le chercher pour le groupe BPCE. Jean-François Lequoy, depuis cinq ans déjà, écrit un nouveau chapitre.