PORTRAIT : Jean-Pierre Menanteau, challenger permanent

Jean-Pierre Menanteau, directeur général du groupe Humanis est l’invité du petit déjeuner off de La Lettre de l’Assurance, le 28 février prochain. Et voici son portrait…

Il fait froid dans cet après-midi de la fin janvier à Malakoff et, malgré les baies vitrées omniprésentes des bureaux d’Humanis, la luminosité est faible. Jean-Pierre Menanteau nous accueille dans son bureau qui ne se différencie pas des espaces alentours. Tout juste y trouve-t-on quelques touches personnelles.
Le rendez-vous a été bien préparé, fleur et musique sont déjà décidées et les thématiques du prochain petit-déjeuner sont brossées en quelques minutes, avec argumentaire à l’appui pour certaines. Vient alors le temps du portrait, plus intime, peut-être plus compliqué. Mais pas pour le DG du groupe de protection sociale, qui lâche parfois quelques « mais ça, ça n’intéresse que moi… » après avoir raconté une anecdote, mais relève le défi. Forcément, puisque c’est son principal moteur…

Jean-Pierre Menanteau est né à Paris le 6 novembre 1964, une ville dans laquelle il habite toujours. Il faut dire qu’il a « un amour immodéré de Paris » et se considère comme « un grand marcheur urbain », héritage d’une enfance passée dans la capitale.
Fils de commerçants du XVIIIe arrondissement, l’actuel directeur général d’Humanis fait toute sa scolarité à Paris, « et je rentrais tous les midis manger à la maison », franchissant quatre fois par jour la butte Montmartre située entre le commerce familial – une blanchisserie – et le collège. Élève « dissipé » en primaire, il se ressaisit au collège et doit rapidement faire un choix.
« J’ai dû choisir en troisième entre faire mes études sérieusement ou suivre le cursus de footballeur professionnel… J’étais proche du Red Star mais j’étais également dernier de la classe… Donc j’ai moi-même fait le choix d’abandonner le foot », explique le directeur général d’Humanis, à voix basse.
Cette entrée en matière est empruntée de timidité, Jean-Pierre Menanteau pèse chaque parole et est encore dans une forme de retenue.
Quand nous relevons que c’est un choix difficile à faire pour un adolescent, des raisons plus profondes surgissent alors. « J’étais tout de même conditionné par mon père, qui aurait dû entrer au collège en septembre 1940… », détaille-t-il, « il a projeté sur nous son désir d’études, mais il était aussi passionné de foot. Lui comme moi étions tiraillés, mais c’est bien moi seul qui ait dû prendre la décision ! ».

La découverte de l’intérêt général… au Japon

Puisque son choix est fait, il se plonge dans les études et entre finalement à l’ESSEC, grande école de commerce de la région parisienne qui lui permet de ne pas trop s’éloigner de Paris.
C’est pourtant à l’ESSEC qui lui offrira l’occasion de partir loin, très loin.
« Pour mon stage ouvrier à l’ESSEC, nous avions trois possibilités : le faire en France, ramasser des oranges en Californie ou travailler dans l’industrie japonaise. J’ai choisi le Japon, avec pour seule contrainte d’apprendre le japonais ».
Le jeune Menanteau part alors souder des tôles dans un chantier naval à Tokyo avant d’entrer au cabinet du ministre des transports. « L’ESSEC et le Japon, c’est une belle histoire », développe-t-il alors. « Ce sont des étudiants de l’école qui sont partis trouver des stages seuls, au Japon ». Au cœur des années 80, la puissance de l’industrie japonaise fascine et les possibilités de stage offertes par l’école sont nombreuses. Et puis « mon premier sport était le judo, qui m’avait ouvert sur le Japon ».

« Pour mes derniers jours de stage, mon patron de l’époque m’a fait la surprise de me faire recevoir officiellement par le premier Ministre Yasuhiro Nakasone », dit-il en montrant une photo aux couleurs passées. Son séjour au Japon lui vaut aussi de révéler l’un de ses tempéraments : Jean-Pierre Menanteau est un compétiteur. « J’ai été invité à commenter l’actualité politique du Japon sur un plateau télé », se souveint-il. « Je pensais être seul et nous étions en fait deux, avec un jeune Américain. Autant je suis arrivé impressionné, autant le fait de représenter la France face à cet américain m’a galvanisé. Je l’ai écrabouillé », lâche-t-il, avant de préciser « les présentateurs l’avait mis à la place la plus visible, alors non, la France ça compte aussi ! ». Il part dans un grand éclat de rire, très fier de sa prestation.
Si son passage au Japon tient une part si importante, c’est en grande partie parce qu’il conditionnera les choix futurs de Jean-Pierre Menanteau.
« J’ai vécu pendant un an avec des hauts fonctionnaires japonais qui ont fait une réforme extraordinaire : c’est l’année pendant laquelle le japon a changé de A &à Z son système ferroviaire », explique-t-il. « Seul mon patron, le ministre, parlait anglais et français. Et ce qu’ils faisaient était extraordinaire : changer la donne de son pays pour le bien de tout le monde à grande échelle, c’était particulièrement courageux, particulièrement gonflé, particulièrement intéressant ! »
L’homme de challenges apprécie cette ambiance tendue et la difficulté de la tâche.

Une passion pour la Caisse

De retour en France, il prépare donc… l’ENA. « J’ai compris que la modernisation du pays à grande échelle se faisait forcément au sein de l’État, d’où mon passage à Sciences Po et à l’ENA ». « Le creuset, c’est un an de cabinet ministériel au Japon, avec un grand projet mené sous mes yeux ». Jean-Pierre Menanteau découvre l’ENA à Strasbourg pour la première année de la délocalisation de l’école, « ce qui était une erreur » selon lui. Deux stages l’enverront à Lyon et Bruxelles, encore deux grandes villes.
« Oui, je suis un urbain, même si j’ai passé toutes mes vacances pendant mon enfance en Touraine », région dont était originaire son père. C’est justement parce qu’il arpentait Paris pendant sa jeunesse que Jean-Pierre Menanteau dévoile « une vraie passion » pour une institution qui suscite rarement autant d’enthousiasme : la Caisse des dépôts et consignations (CDC).
« Adolescent, en marchant, j’avais découvert cette rive gauche, la crue de la Seine, le Musée d’Orsay, le Quai d’Orsay, la rue de Lille. Je me suis intéressé à la Caisse des dépôts dès l’adolescence ! », affirme-t-il.
Alors, quand une offre arrive, alors qu’il se trouve à Bercy à sa sortie de l’ENA, il n’hésite pas. « La CDC me passionne parce qu’on y trouve à la fois une dimension très forte d’intérêt général sur des métiers d’intérêt général pur et on y trouve une fibre ‘commerçante’ de développement économique dans les filiales. Si les choses sont bien faites, c’est un peu le meilleur des deux mondes », définit-il. Il est intarissable sur les missions menées et le plaisir d’évoluer au sein de la Caisse. « Ce fut cinq années extraordinaires avec Daniel Lebègue (DG de la CDC de 1998 à 2002), et une année très… différente avec son successeur ».
Jean-Pierre Menanteau dévoile alors un principe « que m’avait inculqué mon père : ‘Quand ton patron ne te plaît pas, tu t’en vas’ ». C’est ce qu’il fait donc en 2003.
Mais si le principe paternel est si important, pourquoi ne pas avoir pris son indépendance en montant sa structure ? « C’est une question permanente, à laquelle je n’ai jamais répondu de manière positive. Mais c’est vrai que c’est une question que je me suis souvent posé », admet-il alors. Même dans la période entre Aviva et Humanis, il préfère se rapprocher de Deloitte que de tenter l’indépendance.

Retour sur les rails

Jean-Pierre Menanteau, part ensuite à la SNCF. « Louis Gallois me fait une offre que je ne peux pas refuser à cause de mon expérience au Japon. Je ne peux pas refuser ça parce que je me devais de rendre à mon pays ce que j’avais appris là bas. »
Il y passe 5 ans, pousse la réforme et l’entreprise tire même des bénéfices. Mais, une nouvelle fois, l’héritage paternel prend le dessus et il quitte la SNCF en désaccord avec son nouveau patron, Guillaume Pepy.
Nous sommes en 2008 et c’est l’année de l’entrée dans l’assurance pour Jean-Pierre Menanteau, qui est recruté par Tidjane Thiam « avec qui j’avais fait une mission pour Mc Kinsey » pour prendre la tête d’Aviva France. « Le secteur est nouveau pour moi, mais également le fait d’être directeur général. C’est la première fois ». Le défi est immense, d’autant que deux semaines après son arrivée, Lehman Brother fait faillite… Une nouvelle fois, le challenge à relever motive le nouveau directeur général, qui vit alors « des années très intenses » mais devra quitter son poste pour des raisons de santé en 2011. Une fois rétabli, il cherchera de nouveaux challenges, et Humanis se présente comme une nouvelle étape à franchir, avec « sa fusion à six » et son mode de fonctionnement paritaire si particulier.

Toutes ces missions lui laissent de moins en moins de temps. « J’aime toujours le sport, mais surtout le jeu. J’apprécie surtout les sports collectifs, mais je trouve de plus en plus pénible le sport à la télévision, à part le rugby… » explique-t-il. Un dos douloureux limite au strict minimum sa pratique sportive, et le temps lui manque. « Nous sommes à un âge où il faut continuer à s’occuper de nos enfants avec en plus le suivi des parents et beaux parents. C’est un peu la tranche de jambon coincée dans le sandwich » s’amuse-t-il. Tels sont ses défis de la vie privée, objectifs à moyens et longs termes qui demandent adaptation, transformation et attention. Tout ce qu’il aime…