PORTRAIT : Maurice Ronat, papy fait de la présidence

Maurice Ronat, président d’Eovi MCD mutuelle et président d’Aesio est l’invité du Petit déjeuner Off de La Lettre de l’Assurance, le 17 mai prochain. Voici son portrait.

Nous sommes au 15e étage d’un immeuble face à la Gare de Lyon, à Paris. Maurice Ronat a profité de notre léger retard de quelques minutes pour passer un dernier coup de téléphone. Il avait réservé sa matinée dit-il. Politesse du président, lui qui aime que les réunions commencent et se terminent à l’heure prévue.
Chemise blanche, petit bloc note et téléphone vibrant régulièrement, il se livre au jeu du portrait sans hésitation.
Extrait de conversation :
– Si je reviens sur votre…
– (Il coupe) Carrière professionnelle ?
– Non, votre enfance.
– Ah, ok, bien sûr.
Voyage vers la Loire, Saint-Étienne, le foot, un peu de passé et beaucoup de présent.

Maurice Ronat est né le 31 juillet 1947 à Saint-Étienne. Sa ville natale, est toujours sa ville de cœur, et quiconque a déjà rencontré le multi-président aura entendu parler de la capitale du Forez. Pourtant, il a déménagé en 1978 à une dizaine de kilomètres de là, à côté de Saint-Chamond. « Un grand déplacement », annonce-t-il, ironique.
Son père, ouvrier d’État à la manufacture d’armes de Saint-Étienne, a élevé sa sœur et lui « à la dure, mais je ne regrette pas ».

« Ma grand-mère disait toujours : si tu lui donnes un marteau, il va se casser deux doigts. Je ne suis pas manuel, j’ai toujours aimer les chiffres. Certains aiment bien bricoler, moi, lire un bilan, ça ne me gêne pas. J’aime lire des bilans », développe le président mutualiste lorsqu’on lui demande ce qu’il rêvait de faire étant plus jeune. Un brin pragmatique donc. Et logiquement, il s’oriente vers une formation de comptable, moins risquée pour les doigts.
« Je suis vraiment maladroit. Il y a quelques années, je voulais repeindre notre petit appartement que nous avons dans le midi. Ma femme achète un grand pot de peinture. Je l’ouvre, je pose le couvercle à côté et sans le faire exprès, je marche sur le bord du couvercle. Forcément, le pot s’est retourné, j’en avais partout. Ma femme et une de ses copines m’ont foutu dehors et ont refait l’appartement. Moi je suis allé au bowling avec les enfants… Beaucoup de gens pensent que je le fais exprès, mais même pas ! (Il baisse la voix) Mais… mais, ça m’emmerde ! Le manuel non, je n’aime pas ça. » Plutôt la détente donc ? « Les enfants se sont bien amusés, et puis je leur fais la bouf…  » Il ne finit pas sa phrase et rebondit immédiatement. « Moi j’adore cuisiner ! J’ai ma liste, je fais mes courses, je fais le repas », ajoute-t-il.
La spécialité du chef Ronat, c’est le bœuf bourguignon, mais « maintenant, je suis plus spécialiste grillades », sourit-il en se tapotant le ventre. « Il y a un plat que je fais encore à mes petits-enfants et à mes enfants, c’est la ‘râpée’ ! (que vous pouvez découvrir ici) Vous ne connaissez pas la râpée ? C’est un peu la ‘crique’ qu’ils font à Valence », tente d’expliquer Maurice Ronat.
Puis de décrire la recette de pommes de terre râpées (logique) à la main, mélangées à un oeuf et passées à la poêle. Ce que la France appellerait des galettes de pommes de terre. « Mes petits enfants me disent régulièrement ‘tiens Papi, ça fait longtemps que tu n’as pas fait des râpées’. Ils adorent ça». Forcément, en cuisine non plus il ne faut pas être trop maladroit. « Mais une fois que vous vous êtes râpés les doigts, vous devenez plus prudents… »

Des chiffres et des Verts

Maurice Ronat a le sens des priorités. Il passe le diplôme de comptable. « On était dans un système où la compta, l’économie et les maths financières comptaient pour 75% de la note. Donc on bossait ces matières là. Elles nous intéressaient, on bossait fort », se souvient-il, employant la troisième personne du singulier parce qu’à l’époque, ils sont quatre copains à mener la même carrière, à se tirer la bourre. Rien de tel pour lui qui révèle avoir « besoin de compétition« . « J’étais un élève dissipé », reconnaît-il également. « Je n’ai jamais eu de cahier d’Histoire ou de Géographie. Je faisais le minimum syndical. Maintenant, je reconnais que ce n’était pas très malin, mais on était jeunes… » Il se souvient d’un dérapage lors d’un trimestre, qui lui a valu un rappel à l’ordre à la maison, de ceux qu’on n’oublie pas et qui vous remettent dans le droit chemin. « Mon père m’a fait comprendre. Il avait raison. J’avais vieilli, on avait d’autres centres d’intérêts ». Le principal centre d’intérêt de Maurice Ronat est le ballon rond. Enfant de Saint-Etienne, quoi de plus logique ?
« J’ai toujours beaucoup aimé le football. Quand j’avais 10-11 ans, les matches se tenaient le dimanche après-midi, on allait au stade à pied, c’était les sorties du dimanche », se remémore-t-il. Plus qu’un sport ou qu’un spectacle, le football était devenu un moment familial, dans les tribunes en terre de Geoffroy-Guichard (pour une rapide histoire du stade, c’est ici)
Il se reprend rapidement « mais il n’y a pas que le foot dans la vie ! »
Il va régulièrement au stade. Être sponsor, ça a ses avantages… « J’y vais quand je peux, et j’y emmène mes petits-enfants. Quand ils viennent en vacances scolaires je les emmène. Le dimanche après-midi, j’y emmène mes deux petites-filles stéphanoises. C’est un lien fort entre nous. » Et une tradition perpétuée, comme la râpée.

Banque et délégation mutualiste

Dans sa carrière professionnelle, Maurice Ronat mène aussi sa petite tambouille. Il commence chez EDF, où il reste « 2 ou 3 ans ». En 1970, son chef de service le met sur la voie du Crédit Immobilier de France, estimant que le jeune Maurice « n’est pas fait pour l’administration ». Forcément, pour le père ouvrier d’État, le jugement est net : « ‘tu es fou ?!’ J’y suis allé quand même », réplique Maurice Ronat. Il y fait sa carrière de 1970 à 1978, à Saint-Étienne, et devient Secrétaire général avant de partir pour Saint-Chamond où il devient directeur. Il y restera jusqu’en 1996.
« Je suis militant mutualiste depuis 1975 », commence-t-il. « Je suis devenu cadre au Crédit immobilier de France et je bénéfice alors d’un contrat collectif chez Apicil. Comme la cotisation au contrat collectif était obligatoire et comme j’étais déjà un peu dans les chiffres, j’ai demandé le tableau des garanties. Je me suis aperçu qu’ils ne remboursaient pas correctement et que je payais deux mutuelles, j’avais toujours une ‘mutuelle’ à la mutuelle chirurgicale et médicale de la Loire.. J’avais 28 ans, j’étais déjà un peu chiant – plus qu’aujourd’hui – donc je suis allé à la mutuelle et j’ai mis un peu le bazar en disant ‘Vous ne pouvez pas faire une mutuelle qui couvre au-dessus du contrat collectif ?’ », explique-t-il. Tout ceci ne fait pas de lui un militant pourtant. « Comme j’étais un emmerdeur, la guichetière m’a renvoyé vers sa chef. Dans son bureau, le directeur m’a dit : ‘plutôt qu’être négatif, pourquoi vous ne devenez pas délégué de la mutuelle ?’ C’est comme ça que je suis devenu administrateur de la mutuelle en 1975, et j’ai pris la présidence en 1980. » Le contrat de « surcomplémentaire » est créé dans la foulée de son arrivée.
A la tête de la mutuelle « un peu croupion », car partagée entre le nord-Loire et le sud-Loire avec à peine 100 000 adhérents, il faut s’organiser avec un héritage du passé lointain. « Le département de la Loire a été créée pour punir les soyeux lyonnais qui s’étaient mal comportés pendant la révolution. Donc il y avait une mutuelle à Roanne (nord Loire, ndlr) et une autre à Saint-Etienne. La première fusion qu’on a faite en 2002 c’était avec la Haute-Loire »…

Chef de famille, présidé par l’agenda

L’histoire des fusions et de la présidence restent chevillées au corps de Maurice Ronat. Mais son sujet de prédilection, maintenant, ce sont… ses petits enfants. « Tout le mois de juillet, nous gardons nos quatre petits-enfants. Mais j’interdis les tablettes », prévient-il. « J’ai été très clair. Soit vous venez sans tablettes, soit vous ne venez pas. Nous sommes à Hyères, il y a la mer et la piscine, je n’ai jamais autant joué aux petits-chevaux, au 10 000 (jeu de dés, ndlr) ou Triomino ». Pourtant, le mois de juillet est encore chargé pour un président aux multiples mandats (Eovi, Aesio, FNMF, Unocam…).
« Je suis à moins d’un kilomètre de l’aéroport. Je viens sur Paris trois – quatre jours par semaine. (Il prend son agenda) Un agenda ça se gère en début d’année. À partir du 10 juillet, je vois que je n’ai plus grand chose, donc je bouge moins. » Il vante alors les mérites de son assistante, de sa femme et de son entourage, même s’il reconnaît avoir « une organisation très militaire. Quand un bureau commence à 9h45, ce n’est pas 9h46. Et puis j’appelle Saint-Etienne tous les matins. » Après 20 ans de présidence, on imagine bien que Maurice Ronat est maintenant habitué à gérer.

Il veut aussi se rendre souvent dans les territoires. « Aujourd’hui, les fusions sont digérées. Aussi, quand on renouvelle les administrateurs, on regarde les compétences et la disponibilité. Beaucoup nous disent qu’ils veulent prendre des postes mais on ne les voit jamais. Maintenant, nous tirons des statistiques de présence aux réunions ». Un besoin de s’impliquer important, pour un homme qui aime être entouré. « Je travaille toujours en équipe. J’ai, chez Eovi, quatre ou cinq administrateurs très proches, plusieurs élus… Je n’aime pas prendre de décision seule. Une décision, elle doit être discutée avec les principaux intéressés. J’ai besoin d’échanger », explique Maurice Ronat. « On a besoin d’être confrontés au regard des autres. Plus je vieillis, moins j’ai de certitudes. » Est-il pour autant nostalgique des mutuelles qu’il a connues ? « Le président des mutuelles des années 80 et même 90, c’était le notable du coin, qui passait le vendredi pour signer quelques courriers. Aujourd’hui, au-delà de la règle des quatre yeux, comment un président peut-il discuter avec son directeur sans connaître vraiment les dossiers ? Il faut s’impliquer ! C’est un poste qui se prépare. Sur les agréments, je pense qu’il faut le président, sinon c’est le DG qui pilote parce que la nature a horreur du vide. J’insiste toujours sur le binôme président-directeur général. La plupart des mutuelles ont des présidents permanents, on fait des dizaines d’heures, mais ça fait partie du jeu et c’est notre responsabilité. »
Est-ce que tout cela ne pèse pas un peu sur un homme de presque 70 ans ? « Je me donne deux ans, le temps que le groupe Aesio se fasse, et j’irai aux champignons. Et je quitterai totalement la mutualité. Je suis trop grande gueule. Il faut laisser les gens s’exprimer et parfois je suis trop intrusif, donc je n’irai plus. Mon problème, c’est que je vieillis et mon entourage chez Eovi vieillit avec moi, il faut que je le renouvelle un peu… »
Une dernière mission avant de prendre le chemin du midi et des petits enfants, pour de bon.