PORTRAIT : Oliver Wild, la conviction verte

Oliver WILD, président de l’AMRAE et directeur des assurances du groupe VEOLIA, sera l’invité du Petit déjeuner Off le 1er juin 2021. Voici son portrait.

C’est devenu une habitude, même pour une première rencontre : le rendez-vous se fait en vidéoconférence, chacun à son bureau, chez soi. La communication est fluide mais la connexion joue parfois des tours. Patient et appliqué, Oliver Wild répond aux questions, ajoute quelques détails et déroule le fil de sa carrière en ajoutant une touche personnelle. Toujours clairvoyant.

Oliver WILD est né le 22 octobre 1975, à Maisons-Laffitte, dans les Yvelines (78).
Les parents de l’actuel président de l’AMRAE sont anglais, arrivés en France en 1971. Fils d’un expert comptable – commissaire aux comptes et d’une galeriste, il grandit dans « la ville du cheval » sans vraiment pratiquer l’équitation. « J’ai fait un peu de cheval, mais mal », rit-il, « ma mère en faisait beaucoup, depuis très jeune ».
Sa scolarité se fait en pension, en région parisienne, dont il garde de très fidèles amis et quelques bons souvenirs. « Après coup, on ne garde que des bons souvenirs. Je me suis fait de très bons amis, mais c’est normal : on passe beaucoup de temps ensemble, à un âge au cours duquel on se se construit. Mes meilleurs amis encore aujourd’hui, je les ai en partie rencontrés ces années là. C’est un cercle toujours très présent », confie-t-il.
« Quand je suis arrivé en pension, j’étais plutôt sage au début. Je ne connaissais pas grand monde, et c’est une société, une jungle en soi », explique-t-il.
« L’adolescence dans cette micro-société est l’occasion de faire pas mal de bêtises, on apprend à s’émanciper. Mais ça construit, ça permet d’être un peu plus résilient, avisé je dirais même, par rapport aux risques que l’on peut rencontrer par la suite », résume-t-il en souriant, portant un regard de risk manager sur son enfance. Il conclut simplement en disant qu’il en est sorti « plus aguerri ».

Il se décrit comme un élève appliqué et sérieux, mais « pas très bon élève. J’étais dans le premier tiers… Je n’ai pas fait de grandes études ou de grandes écoles, mais j’ai toujours été plutôt sérieux. J’ai navigué en ayant hâte de voir la suite », avoue-t-il.
Il ressent le besoin de rendre les choses concrètes. Alors, quand il entre en droit à Assas (Paris 2) après son bac, c’est une déception.
« À l’époque, j’étais déjà branché sur les sujets d’environnement, avec une approche par le droit. Je ne sais pas si c’est la fac qui ne m’a pas plu mais c’était trop large pour commencer… J’étais plutôt impatient d’entrer dans le sujet et les années de DEUG (les deux premières années à la fac, ndlr) ne m’ont pas passionné. J’attendais plus de spécialisation. J’ai arrêté pour m’orienter vers une école de commerce et me donner une ouverture plus business », raconte-t-il, révélant au passage des traits de caractère : impatient et déterminé.

Impatience et application

L’école de commerce correspond beaucoup plus à ses attentes. « Je cochais la case des aspects finance et comptabilité, mon père étant expert comptable et commissaire aux comptes, ça lui plaisait bien. Mais c’était pour moi une bonne façon de comprendre tous les rouages de l’entreprise. Plus l’aspect marketing et communication. J’ai aimé entrer dans la compréhension des mécanismes de l’entreprise parce que c’était ce que je cherchais à influencer quelque part. »
Pour lui, la cause environnementale passe par l’entreprise. « Je me suis dit qu’il fallait être dans l’entreprise pour atteindre des objectifs de développement durable. Ça ne pouvait pas être juste un truc écologique vert… Je crois profondément qu’il existe un capitalisme environnemental et qu’il existe une économie qui prend soin du capital environnemental et du capital humain. » C’est une conviction forte qui le guide dans ses choix.
Il part en Australie pour des stages et s’y plaît. Il décide donc de poursuivre avec un Master, à Sydney, toujours sur les sujets de gestion des entreprises et de développement durable.
« L’idée n’était pas de devenir spécialiste en biologie marine ou urbaniste, mais de gérer tous les projets qui impliqueraient les acteurs dans un projet environnemental. J’aime l’aspect touche à tout ».
Oliver Wild est embauché chez KPMG en Australie en 2000 pour développer la branche audit et conseil en développement durable, évidemment. La mentalité anglo-saxonne et le sens de l’entrepreneuriat lui permettent de faire avancer ses sujets et conviennent à son tempérament.
« Chez KPMG, c’était un tout petit service et il fallait se battre pour démontrer la valeur ajoutée de ce que l’on proposait. Mais la relation était assez facile même au plus haut niveau, avec les associés, pour présenter nos idées, le service et le développement possible. Le retour était ‘je vous soutiens, on fait le point dans trois semaines’. Ensuite, votre interlocuteur vous disait clairement ce qui ne va pas et ce sur quoi continuer. C’est comme du coaching, avec une liberté d’expression et d’entreprendre », détaille-t-il. Il va plus loin : « C’est quelque chose que je n’ai pas retrouvé dans mes expériences en France. Je peux le dire très ouvertement, il y a un côté assez élitiste en France : on reconnaît plus l’avis de gens qui ont fait les grandes écoles, qui sont des gens très intelligents, mais il n’y a pas beaucoup de mélange ».

Glisser entre mer et montagne

Gros travailleur, il développe le service. Ils étaient deux personnes à son arrivée, ils sont 40 lorsqu’il part en 2009.
Cette conviction sur la cause verte lui a-t-elle donné une envie de s’impliquer politiquement ? Il balaye le sujet. « Ce n’est pas une question de confiance ou pas dans la politique ou la réglementation, mais elle a une façon toujours contraignante de faire les choses alors que l’entreprise a cet enthousiasme, cette dynamique et la capacité de mobiliser les gens. Je suis convaincu, et je l’étais déjà à l’époque, que le développement durable ne fonctionne que s’il est intégré dans la façon de gérer l’entreprise », explique-t-il d’abord. « Historiquement, toute la composante ‘verte’ a toujours été loin des vrais paramètres économiques. Je me souviens de discussions quand j’étais plus jeune où c’était vert à l’extérieur et rouge à l’intérieur. Le modèle pastèque, ça ne m’intéresse pas vraiment », conclut-il.
Peut-être doit il son engagement à ses passions que sont la mer et la montagne.
« Les sports que je pratiquais enfant ont toujours été très liés à l’eau. Surf, planche à voile… j’en ai fait beaucoup, au point de me faire mal au dos. Je n’ai pas grandi avec les jeux vidéos, ça m’a toujours beaucoup ennuyé. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui aimaient le bord de mer et mon père était fou de ski », s’amuse-t-il. Il commence le ski très très jeune et a depuis transmis sa passion à son fils. « Il passe quand même un peu de temps sur les jeux vidéos. Mais il a trouvé un bon équilibre. Enfin, c’est peut-être une façon de me rassurer », lâche-t-il en souriant.
Forcément, son week-end idéal se passe à la mer ou à la montagne, « avec ma petite famille et des amis et leurs enfants, pour que tout le monde passe du bon temps. Il faut de la bonne cuisine, du bon vin, de la musique… et pas de Covid ! », dit-il en riant.
Des fondamentaux pour un développement agréable et des amitiés durables.