PORTRAIT : Stéphane DEDEYAN, sans fausse note

Stéphane Dedeyan, directeur général du groupe Vyv, est l’invité du Petit déjeuner Off de La Lettre de l’Assurance le 2 juillet prochain. Voici son portrait.

Au 37e étage de la Tour Montparnasse, les bureaux disposent d’une vue sur Paris exceptionnelle.
« Asseyez vous face à la fenêtre, vous en profiterez ! », conseille Stéphane Dedeyan, directeur général du groupe Vyv, qui a pris ses quartiers dans ce 15e arrondissement de Paris aux couleurs mutualistes.
Au loin, l’échafaudage de Notre-Dame de Paris rappelle l’absence de toit et ajoute une pointe de dramaturgie à la scène. Le directeur général de Vyv est en chemise, souriant et avenant, détendu et confiant. Bref, il est prêt.

Stéphane Dedeyan est né le 18 octobre 1965, à Neuilly-sur-Seine, (92).
Aîné d’une famille de trois, il fait toute sa scolarité (hormis la maternelle à Courbevoie) à Sainte-Croix de Neuilly.
« J’étais un élève sérieux, sportif, mais je ne supportais pas l’injustice de certains professeurs. Ce qui me donnait un côté bizarrement rebelle », confie-t-il. Modèle et rebelle à la fois.
Stéphane Dedeyan reconnaît que l’autorité a parfois été compliquée à supporter, « la toute puissance du professeur pouvait être vraiment très pénible ».
Toujours bardé de son grand sourire et une voix calme, difficile d’imaginer cette phrase : « ça a pu aller jusqu’à bazarder une chaise à la tête d’un professeur. Je ne monte pas souvent dans les tours, mais quand c’est le cas… ça peut monter fort ! », prévient-il. C’était en terminale, mais aussi en première, en quatrième… Une forme de constance, en somme.

Adolescent, il imagine sa vie professionnelle très simplement : « surtout pas de l’assurance ! Je voulais être astronaute… » Le jeune rebelle revient hanter le directeur général au moment d’expliquer ce choix catégorique. « J’avais un grand-père et un père assureur… Après, on échappe pas à son destin : j’ai fait du conseil à la sortie de l’école et le premier endroit où on m’envoie, c’était une compagnie d’assurance. J’y suis allé et j’ai trouvé ça très intéressant. Et c’est toujours vrai… »
Non, on n’échappe pas à son destin. « Mon père parlait de son métier avec beaucoup de passion, il s’intéressait à la situation des chefs d’entreprise, de leurs besoins et des solutions. A partir de 14-15 ans, mes parents me proposaient de dîner avec eux quand ils recevaient des invités de compagnies d’assurance ou des clients ». Il baigne dans l’assurance, dans la relation du courtier avec ses différents partenaires et note une nouvelle fois « la passion » qui anime son père.

Étapes et rattrape

Sorti du bac, Stéphane Dedeyan entre en prépa, toujours à Neuilly-sur-Seine, au lycée Pasteur. « Pourquoi aller plus loin ? », s’amuse-t-il encore une fois.
À la fin de sa première année, il hésite. « J’étais major à Bordeaux et troisième à Rouen. Soit je redouble, soit j’opte pour l’une ou l’autre des écoles. Mes parents me laissent choisir. Je consulte certains de leurs amis, mon parrain et je me suis dit quelque chose qui m’accompagne toujours depuis : ‘qu’est-ce que tu pourrais regretter dans 10 ans ?’ Si j’avais regretté de ne pas avoir tenté HEC, ça m’aurait énervé. J’ai préféré redoubler et j’ai intégré HEC l’année suivante », explique-t-il.
« Ma fierté, c’est que j’étais 500e à l’écrit, parce que j’étais nul en maths, mais j’ai tout remonté à l’oral », avoue Stéphane Dedeyan. « Pour me prouver que tout ça n’était qu’une question de volonté, j’ai fait l’actuariat ! », lance-t-il alors. « Dans l’assurance, je me suis rendu compte que si on voulait être vraiment aux commandes, il fallait être actuaire, et je me suis dit qu’il était temps de se mettre vraiment aux mathématiques. J’avais envie de laver l’affront », martèle-t-il, en joignant le geste à la parole et en tapant du poing sur la table à deux reprises.
La détermination est palpable et cette plongée dans les souvenirs fait renaître cette volonté.

En réalité, c’est après quelques missions de conseil dans le courtage et l’assurance que Stéphane Dedeyan décide de devenir actuaire. « J’en ai tiré une vraie compréhension du métier. Je n’ai jamais pratiqué, mais je comprenais ce qu’on me disait et j’étais capable de challenger la direction technique si besoin ». Il prend goût à l’assurance rapidement. « Ce que je me dis c’est que c’est un métier utile, il y a des défis intellectuels, que toute la partie retail et marketing de masse joue, que les cibles sont très différentes, qu’il y a de la gestion d’actifs : il y a tout dans ce métier ! »
Après le conseil, il glisse dans l’assurance à la faveur d’un rendez-vous avec le directeur général du GAN. « Je me souviens qu’on lui présentait un projet de transformation. Il nous pose des questions sur comment faire, combien ça coûterait. Et là, une pièce tombe dans ma machine à café personnelle et je me dis : ‘dans ta vie, tu as envie d’être le mec qui pose ces questions ou le mec qui y répond ? Il est temps que j’arrête et que je passe dans l’opérationnel’ ! »
Il appelle ses clients et est recruté par PFA, où il monte un cabinet de courtage captif. Il fusionne  » 8 à 9 cabinets  » en passe d’être vendus à la concurrence en près de trois ans. « Je me rends alors compte que l’opérationnel c’est 50 décisions à prendre par jour, Avec 120 problèmes à régler dont seulement 2 sont insolubles », explique-t-il.

Intelligence de terrain

Avec le découpage d’Athéna, AGF lui envoie Mc Kinsey ce qui l’a « bien énervé ». Il rappelle Jean-Philippe Thierry, passé chez Generali France entre temps, qui lui offre une place de directeur commercial du GPA. « Il m’a expliqué, que pour aller doucement, il fallait commencer par être vendeur. J’ai adoré, ça a été une révélation ! »
Nommé inspecteur des risques pro dans les Yvelines, il devient inspecteur divisionnaire. « C’était génial. J’ai découvert le plaisir de vendre et surtout l’intelligence particulière des commerciaux. Quand, comme moi, vous avez fait HEC-conseil et un peu DG d’une petite structure de courtage et que vous êtes plongé dans une équipe de terrain… C’est un boulot compliqué, de lutter contre le non toute la journée. Il faut vous programmer pour dire que le non peut être un oui. Il faut développer une intelligence intuitive, émotionnelle. Je ne l’avais pas moi ! J’ai adoré ça ! »
Stéphane Dedeyan déborde d’enthousiasme, rappelle des anecdotes et l’esprit d’équipe des commerciaux. Il en tire une énergie, même pendant ce rendez-vous, qu’il transmet autour de lui.
Il devient finalement patron du réseau et poursuit la transformation, premier poste de manager « à grande échelle ». « Je suis passé par le commerce pour découvrir cette intelligence qui a été un moteur pour moi. C’est la partie non rationnelle du management », détaille-t-il, très précisément.
Il gravit ensuite les échelons chez Generali France, touche à tout jusqu’à son départ du groupe italien et son entrée, quelques mois plus tard chez Vyv.

Vinyles, ballons et yoga

Dès le départ, Stéphane Dedeyan s’est décrit comme un élève sportif. « Je n’ai jamais eu l’esprit de compétition en sport. J’ai fait beaucoup de foot, beaucoup de hand, de l’aviron aussi. Aujourd’hui, je fais de la voile, de la planche à voile, du yoga, mais je ne sais pas si c’est encore du sport. La notion de performance est complètement absente du yoga », énumère-t-il.
Le foot qu’il pratiquait enfant lui laisse un grand souvenir, « avec les compétitions dans les Hauts-de-Seine, c’était le bus, les copains ! ».
Il pratique aussi le handball mais se blesse au genou et passe à l’aviron « pour rester dans l’axe ». « L’aviron, j’ai trouvé que c’était un sport assez magnifique », commente-t-il « en termes de collectif, de synchronisation et d’intensité de la performance ».
Il ne faut pas se méprendre : Stéphane Dedeyan aime, peut-être même préfère, affronter les difficultés !
Aujourd’hui, il regrette parfois de ne pas avoir assez de temps pour aller faire de la voile en baie de Quiberon. « Si mon week-end est parisien, je ne me lève pas trop tôt, j’achète de la presse, je vois mes enfants. L’après-midi, je me renseigne sur les dernières parutions de vinyles, où je vais me balader… Le dimanche matin, on ne se lève pas trop tôt, et en fin d’après-midi, je me remets au boulot pour caler la semaine ».

Une passion de Stéphane Dedeyan, révélée en fin d’entretien, est la musique.
Il collectionne les vinyles, mais ne joue d’aucun instrument, et « c’est un grand regret ». Il a beaucoup chanté quand il était plus jeune et se verrait bien reprendre des cours, quand il aura le temps.
S’il devait choisir un instrument, lequel serait-ce ? Là, pour la première fois, notre invité laisse un long silence, le temps de la réflexion mais peut-être aussi de remuer quelques souvenirs. « Moi j’aimerais bien jouer de la guitare électrique », lâche-t-il dans un souffle. « Mais mes enfants ont une fibre artistique. Elle est assez présente dans ma famille », comme pour compenser.
Il minimise les 300 pièces de sa collection de vinyles mais reconnaît « qu’elle grandit chaque jour. Je suis du genre à acheter des pièces aux enchères quand Radio France fait une vente ! ».
Éclectique dans ses goûts musicaux, avec un penchant pour le jazz et le rock, il n’est pas à une surprise de plus, qu’il promet de partager lors de son choix musical au Petit déjeuner Off.
Avec cette fameuse intelligence émotionnelle qui l’anime profondément.