PORTRAIT : Bruno Rousset, l’entreprise pour passion

Bruno Rousset, PDG du groupe April, est l’invité du petit déjeuner Off de La Lettre de l’Assurance le 20 septembre prochain. C’est l’occasion toute trouvée de lui tirer le portrait…

Malgré son ancrage lyonnais, il est possible de croiser Bruno Rousset à Paris. Mais si vous voulez le voir dans la rue, il faudra être rapide, APRIL est installé à quelques mètres de la Gare de Lyon.
Un immeuble qui jouxte un pôle emploi et le CCAS de la Ville de Paris. Des services « utiles » que ne renieraient pas le président et fondateur du courtier grossiste, qui estime que c’est justement l’utilité de ce qu’il apporte qui compte le plus.
Sans cravate, comme très souvent, costume gris et chemise blanche, Bruno Rousset nous accueille dans une salle de réunion de cette antenne parisienne. Le regard perçant et les yeux vifs, son visage expressif laisse passer de temps à autres quelques émotions. Les réponses sont brèves, parfois trop, mais c’est une vraie timidité, une vraie retenue, qui s’estompe peu à peu.« J’ai eu beaucoup de chance, j’ai reçu beaucoup de choses, je pense qu’il est normal de rendre. Tout individu a à sa disposition des richesses, il suffit de les exploiter », confie-t-il en toute fin d’entretien.

Passé par tous les mondes de l’assurance

Bruno Rousset est né à Tain-l’Hermitage, dans la Drôme, en 1956, « au pied des coteaux d’Hermitage, vraiment au pied » esquisse-t-il dans un sourire. La famille n’est pas vigneronne, « mon père était assureur. Moi je ne m’étais pas destiné à faire ce métier, mais… je suis tombé dedans par hasard et je ne regrette pas, c’est un métier très intéressant, très riche, très varié », explique-t-il.
Bruno Rousset se montre positif, tout au long de l’entretien, il est balaie les moments difficiles par des réussites et des espoirs.
Il arrive à Lyon à 17 ans avec le bac en poche. « Je n’avais pas trop envie de passer beaucoup de temps dans les études supérieures. J’ai fait un peu de marketing, de gestion, et puis je suis assez vite rentrée dans une compagnie… » Des études rapides et efficaces, à l’image du personnage.

C’est donc « par hasard » qu’il entre aux Mutuelles du Mans à 20 ans, devenues MMA (Covéa) maintenant, avant de poursuivre sa carrière dans un GIE regroupant la Matmut et la FNMF. Une expérience mutualiste qu’il quitte pour entrer fin 1979 dans une… institution de prévoyance ! Ce qui lui permet « de voir un peu tous les mondes : mutuelles d’assurance, mutuelles santé et IP, j’ai fait les trois ».
« Je voulais travailler rapidement parce que c’est comme ça qu’on apprend un métier. Aux Mutuelles du Mans, j’ai été formé, c’est une très bonne école ! », insiste-t-il.
A l’UPESE, il se considère comme « intrapreneur ». « J’avais créé des organisations dans le groupe, développer des produits, des offres. C’est sans doute un peu dans mes gènes, se dire ‘on part d’une feuille blanche, de rien, et on créé quelque chose’ ».

Une passion : les entreprises !

C’est pourquoi, fin 1987, il lance April. « J’avais envie de faire autre chose… », avance-t-il. En 1993, pour « prendre un peu de recul », il suit un cursus au centre de perfectionnement des affaires à l’EM Lyon. Une façon de valider ses acquis, lui qui estime que « le travail permet aussi d’apprendre la théorie ».
C’est un peu ce que va lui apporter April. Avec cette touche d’aventure qui lui convient bien. « J’ai toujours essayé de m’amuser en travaillant. C’est comme ça qu’on travaille le mieux », lâche-t-il dans un sourire. « Dès que je me suis trouvé confronté à des contraintes, j’ai un peu changé d’environnement ».
Pour Bruno Rousset, April « est une aventure ». Plutôt réjouissante. « Les premières années, nous nous sommes amusés. Et puis je continue de m’amuser maintenant, chez Evolem entre autres ».
Vient l’instant nostalgie, les débuts de la société avec Xavier Coquard co-fondateur aujourd’hui disparu, « pas mal de soirée à refaire le monde… Nous étions très complémentaires tous les deux… On s’est beaucoup amusés… ». Toujours la même thématique.

« L’ambition de changer le monde de l’assurance », c’était leur moteur. Servir les clients correctement, alléger les questionnaires, faciliter les remboursements sont autant de notions qui reviennent au goût du jour et qui sont « dans les gènes du groupe ». Plus à l’aise pour parler d’April, Bruno Rousset rythme ses paroles de poings sur la table, pour détailler la chaîne de valeur du courtier comme pour énumérer les inconvénients des assureurs à l’époque. « Nous avons recruté par le bouche à oreille, avec des engagements forts et une qualité de service hors norme ».
Evidemment, les assureurs n’étaient pas favorables à ce nouveau venu. « Mais notre force venait du terrain, des courtiers et agents qui nous rejoignaient. Ca nous a aguerris… »

Derrière April, comme derrière toutes ses idées, Bruno Rousset part « avec un projet qui apporte un plus à la société, aux clients ». C’est là sa motivation, « être utile ». « Verser les prestations santé en 24 ou 48h, trouver des solutions pour des gens qui ne pouvaient pas s’assurer. » « Je ne me suis jamais dit que j’allais conquérir le monde », ajoute-t-il. « On est là pour rendre service à des clients, apporter un plus et tout faire pour arriver à ça ».
Il faut dire aussi que Bruno Rousset sent le marché. « Dans un monde concurrentiel, il faut se différencier. » Et conquérir des parts de marché, « changer le modèle ».
Ils emmènent alors leurs équipes et les courtiers dans l’aventure. Avec le succès connu.

« Rendre ce que l’on a reçu »

A la question de savoir s’il travaille beaucoup, Bruno Rousset sourit : « j’ai toujours le sentiment de m’amuser ». Et en dehors du travail ? Pas de passion, pas de hobbies ou de collection. « Je ne suis pas focaliser sur un loisir ou l’autre. J’essaye d’être utile par ailleurs ».
Il explique alors la fondation qui propose des produits de micro-assurance pour les micro-entrepreneurs montée en 2006 avec quelques grands noms du secteur, l’emploi des jeunes…
Il reconnaît finalement avoir une passion pour l’entreprise. « L’homme a besoin de sens. Dans l’entreprise, comme dans la société, il faut que les gens se sentent utiles, qu’ils aient le sentiment de participer concrètement à quelque chose ».

« Le sujet majeur aujourd’hui, c’est le chômage des jeunes ! » Il est alors intarissable sur ce mal de la société actuelle. Pas au point tout de même d’aller en politique. Il coupe la question d’un « non » avant même qu’elle ne soit posée ! « Les politiques sont de plus en plus déconnectés de la réalité. Difficile de compter sur eux… » S’il reconnaît avoir de bons rapports avec Gérard Collomb, maire de Lyon « favorable aux entreprises » et un peu aussi avec Laurent Wauquiez, président de la région et du parti Les Républicains, pour lui « la société civile doit s’emparer des sujets ». Il se dit près « à faire un peu plus encore, plus tard ». Plus tard mais quand ? « Je ne me suis pas posé de limite d’âge », confie-t-il. « Mon existence sociale, je m’en fous, il faut savoir se détacher de son entreprise ». Et poursuivre sa quête de pouvoir rendre tout ce qu’il a reçu.