Série Covid-19 : Et nous, individus et citoyens ?

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Et nous, dans tout ça ? Après les aspects plus techniques du pilotage d’une épidémie, thématique déjà surprenante s’il en est, d’autres champs d’investigation s’ouvrent.
Le plus dur de la crise sanitaire est maintenant derrière nous, mais les conséquences sur les humains ne sont pas encore toutes connues…
Régis de LAROULLIÈRE et Jérôme CABOUAT se sont penchés sur cette donnée, humaine et sociale, qui a beaucoup compté dans l’approche de l’épidémie.
Tout le monde a été touché, de près ou de loin. C’est un des enseignements de cette crise.

Le 27 mars, le Premier ministre annonçait le prolongement du confinement pour deux nouvelles semaines. Le lendemain, le ministre de la Santé annonçait qu’il demandait aux Ehpad d’aller vers un isolement individuel des résidents dans leur chambre.
Dès le 11 mars, les visites leur avaient été interdites.

L’emballement de l’épidémie nous avait confrontés à la perspective de notre maladie et de notre propre mort, et le confinement avait donné à beaucoup d’entre nous le temps d’y penser, stimulés par l’anxiogène bilan quotidien du nombre de victimes. Que déciderions-nous si nous étions contaminés, puis s’il fallait nous hospitaliser, voire nous mettre en réanimation et nous intuber ?
La mise à l’isolement des anciens ouvrait un nouveau chapitre à notre réflexion : jusqu’à quel point se contraindre pour différer la mort. La mise à l’isolement n’est-elle pas la sanction ultime dans les prisons ? N’est-ce pas aller trop loin, pour éviter à nos anciens d’être contaminés, que de les condamner à des conditions de survie dont on sait qu’elles rapprochent tristement la fin ?

Fallait-il également se résigner à ce que les victimes soient enterrées ou incinérées dans un isolement quasi total, ou se révolter, comme Antigone confrontée aux règles inhumaines édictées pour le bien de la cité par le roi Créon ? Nous ne sortons pas indemnes de cette confrontation au sens de notre propre vie et aux conditions de son issue, et sommes globalement mal à l’aise devant des choix collectifs que nous avons faits dans notre état d’impréparation matérielle et morale. Quelle attitude adopterions-nous une prochaine fois, et plus encore si l’épidémie tuait beaucoup plus ?

Simultanément, le comportement du personnel soignant des Ehpad ou de bénévoles se portant volontaires pour se confiner avec les résidents, pour ne pas risquer d’introduire le virus dans les résidences, nous a interpellés. Ainsi, bien au-delà du personnel soignant des hôpitaux, nous prenions conscience qu’un grand nombre de nos concitoyens avaient renoncé à faire usage de leur droit de retrait et à se protéger en restant confinés, pour assumer leur part de responsabilité. Nous avions vu les caissières des grandes surfaces alimentaires, et les membres des forces de l’ordre, fortement médiatisés, et découvrions beaucoup d’autres qui ont assuré la continuité, qu’il s’agisse par exemple de l’alimentation électrique ou des télécommunications, sans compter ceux qui prenaient en charge un parent ou un voisin. Travailleurs ou bénévoles, plus ils avaient le sentiment de leur utilité, plus naturelle et non contrainte était leur attitude.

Le 13 avril, le président de la République annonçait le déconfinement pour le 11 mai. Nous allions retrouver la liberté. Mais comment l’Etat, qui avait décidé de nous protéger quoiqu’il nous en coûte, allait-il procéder alors que le virus circulerait encore et que nous ne bénéficierions pas de l’immunité collective ? Nous découvrions alors avec le « déconfinement progressif » que ce ne serait pas comme avant. Après quelques tâtonnements sur le maintien de contraintes pour les plus âgés, la ligne s’est affinée. Ce ne serait pas une liberté insouciante, qui relancerait la circulation du virus et conduirait à reconfiner, mais une liberté responsable, dans laquelle la très vaste majorité des personnes, consciente de l’enjeu, modifierait son comportement. Nous redécouvrions simultanément que notre santé ne dépend pas que de l’Etat. Si le premier masque grand public a souvent été offert, il nous appartient à présent de nous les procurer. Au demeurant, demandons-nous à l’Etat de fournir un parapluie pour nous protéger quand il pleut ? Aurions-nous même dû être plus précocement responsables et nous équiper de masques de fortune, à défaut de masques homologués, dès le début de la circulation du virus ?

Nous découvrons aussi progressivement que, dans la dimension économique et sociale de la crise, chacun de nous est impliqué. Certains sont directement frappés par le chômage ou la disparition de leur activité économique. Nous sommes tous concernés par le financement de l’effort consenti, au-delà de l’accumulation de la dette, comme l’illustre l’annonce de l’allongement de la durée de vie de la CADES, créée dès 1996 pour porter la dette accumulée au titre de notre système de protection sociale, qui entrainera la prolongation de 2024 à 2042 de la contribution instituée (CRDS) pour amortir cette dette.

Ainsi, l’État providence ne peut nous protéger au-delà d’un certain point : son rôle protecteur ne peut se dissocier de celui des personnes qui mettent en œuvre ses décisions, ni de celui des citoyens, qui le financent et qui, par leur comportement responsable, apportent une contribution décisive à la maîtrise de la situation.

À suivre …

Régis de LAROULLIÈRE est ancien directeur général de MÉDÉRIC, et conseil en stratégie et gestion des risques
Jérôme CABOUAT est conseil de direction, spécialisé dans la dynamisation et la sécurisation des grands programmes de transformation

Toute la série est à retrouver dans la page sommaire

Réflexion n°7 : Face à une épidémie, faut-il appliquer les plans ?

Réflexion n°8 : Face à une épidémie, comment piloter ?

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