Série Covid-19 : L’hydroxychloroquine, oui ou non ?

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C’est l’un des sujets les plus polémiques de la crise « Covid-19 » : pour ou contre l’hydroxychloroquine ? Régis de LAROULLIÈRE et Jérôme CABOUAT se lancent sur cette thématique et partagent leurs réflexions !
Ils poursuivent la série sur les enseignements et les questionnements que la crise du Covid-19 ont mis en lumière, après une précédente contribution sur la distanciation et le masques.

Le 16 mars à 20 heures, le président de la République annonçait le confinement généralisé, et donnait de premières consignes en cas de symptômes : « Sans signe grave, contactons notre médecin traitant. N’appelons le Samu et ne nous rendons à l’hôpital qu’en cas de forte fièvre, de difficulté à respirer, sans quoi ils ne pourront faire face à la vague de cas graves qui déjà se profile dans certaines régions ». Dans la foulée, chacun, s’il ne l’avait fait avant, commence à se renseigner sur la conduite à tenir s’il est contaminé. Les recherches internet pointent les articles qui recommandent le paracétamol.

Le 17 mars se répand l’étude du Professeur RAOULT publiée la veille au soir montrant que, sur un groupe de 24 patients, un traitement, administré de façon précoce, associant hydroxychloroquine et azitromycine aurait des effets significativement positifs. Espoir.
Le 23 mars, un décret interdit l’hydroxychloroquine en dehors des cas graves et en contexte hospitalier. Douche froide.
Le ministre de la Santé rappelle qu’en cas de fièvre, un seul médicament adapté demeure, le paracétamol. Chacun en achète une boite. Mais la polémique sur l’usage de l’hydroxychloroquine est lancée. Certains pays y recourent massivement, elle est abondante et peu chère. La France l’interdit en droit et hors hôpital, même si elle est utilisée en fait.
Merveilleux feuilleton pour les médias, aux ahurissantes péripéties, dont la publication le 22 mai par le « Lancet », la plus sérieuse revue médicale du monde, d’une étude qui se veut définitive sur le sujet, et sa rétractation quelques jours après.
À ce stade, l’OMS annonce le 17 juin le résultat non concluant des études faites sur l’emploi de l’hydroxychloroquine en milieu hospitalier pour les cas graves, et le renoncement à ces études, laissant chacun sur ses positions. Seul résultat certain, les enjeux financiers qui sous-tendent les décisions en matière de santé publique sont largement étalés, et la confiance dans la science en général et dans la médecine en particulier est gravement endommagée.

On peut penser qu’avec le recul, des enseignements pourront être tirés des comparaisons des pratiques retenues dans plus de 200 pays ou territoires dans lesquels l’épidémie s’est propagée. Mais d’ici là, s’il y a rebond et pas encore de vaccin ni de traitement efficace reconnu, hydroxychloroquine, oui ou non ? Nous verserons au débat trois questionnements.

L’approche scientifique est-elle adaptée à la gestion de crise qu’est une vague épidémique ? La science s’inscrit dans le temps long, elle exige des preuves, des comparaisons, la répétabilité des expériences. La vague épidémique s’emballe en moins de deux semaines, et reflue par le confinement en moins de six semaines. L’étude Discovery a montré à ceux qui en doutaient que le temps de définir une étude, et de la mettre en œuvre, déjà la vague est passée et les « cas » à étudier viennent à manquer. De plus, comme beaucoup s’y attendaient, les volontaires pour le groupe témoin ne sont pas nombreux …

L’approche empirique est-elle acceptable ? Si l’on admet que l’on ne dispose pas du temps d’établir des certitudes, quel degré de risque peut-on prendre en testant des traitements avec des médicaments existants ? Peut-être un des tests va-t-il fonctionner, même s’il y a toujours des risques d’effets secondaires dommageables, comme avec tout médicament. Vaut-il mieux laisser les gens mourir dans les règles, ou prendre des risques en tentant de les sauver ?

Y a-t-il une place pour l’effet de compassion en cas d’épidémie ? Vaut-il mieux ne rien faire pour un malade, en lui disant froidement que la science n’a pas de réponse certaine, ou prendre soin de lui, et lui proposer quelque chose qui pourrait aider, fût-ce un placebo ? « La compassion diminue la souffrance d’autrui et augmente le bien-être de la personne qui la ressent », nous dit Google, qui donne également de nombreuses références sur le pouvoir de guérison de l’empathie. L’effet de compassion, au-delà de sa dimension humaine, aurait ainsi un effet médical réel, tout particulièrement pour une épidémie dont la grande majorité des victimes guérissent spontanément …

Alors, en cas de rebond, hydroxychloroquine, oui ou non ? Suggérons qu’il y a la dynamique du temps long et des certitudes, et la logique de la crise, où les patients acceptent de prendre des risques pour en limiter d’autres. Avec prudence, en fonction de leurs risques spécifiques par rapport à la maladie et aux effets indésirables du traitement envisagé. En s’entourant d’avis, dont celui de leur médecin traitant : si le traitement du professeur RAOULT a été le plus médiatisé, beaucoup d’autres expériences intéressantes ont été faites
À suivre …

Régis de LAROULLIÈRE est ancien directeur général de MÉDÉRIC, et conseil en stratégie et gestion des risques
Jérôme CABOUAT est conseil de direction, spécialisé dans la dynamisation et la sécurisation des grands programmes de transformation

Toute la série est à retrouver dans la page sommaire

Réflexion n°4 : Une dimension humaine redécouverte ?

Réflexion n°5 : La distanciation ou les masques face à la Covid-19 ?

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