Série Covid-19 : L’immunité de groupe ne serait-elle plus la solution aux épidémies ?

La Lettre de l’Assurance vous propose une série de réflexions rédigées et adressées par Régis de LAROULLIÈRE et Jérôme CABOUAT.
Ils explorent les enseignements et questionnements que la crise du Covid-19 ont mis en lumière. 

En premier lieu, qu’en est-il de l’immunité de groupe ?

Fait sans précédent dans l’histoire, le Coronavirus de fin 2019 a mis à l’arrêt en peu de mois la moitié de la planète. Vu dans 20 ans, sera-t-il considéré comme une grande épidémie meurtrière, dont il fallait casser l’emballement quoiqu’il en coûte ? Ou l’événement déclencheur d’une profonde crise économique et sociale, dont l’origine sera avec le recul considéré comme une épidémie maîtrisable, comme en Corée du Sud ou au Japon, mais mal prise en compte dans la plupart des pays occidentaux ? Ou l’accélérateur de grandes transformations qui auront accouché un monde nouveau ?
Il est trop tôt pour en décider, d’autant plus que l’histoire n’est pas encore terminée. De premiers enseignements, ainsi que de premiers questionnement, méritent néanmoins d’être explicités dès à présent, en se concentrant sur la situation en France.

L’objectif ici n’est pas de trouver des responsables ou des boucs émissaires, mais de dire « nous » pour faire collectivement mieux à l’avenir, avenir peut-être tout proche tant qu’existe un risque de rebond.

Au début de l’année, nous avons été nombreux à croire que cette épidémie n’était pas très grave, « une gripette un peu sévère » selon l’image de l’époque. En l’absence de médicament efficace reconnu, ou de vaccin, ce qui est généralement le cas au démarrage d’une épidémie, il n’y avait pas grand-chose à faire : espérer tout d’abord que l’épidémie ne franchirait pas nos frontières et ne pas s’inquiéter inutilement.
Certes, avec l’intensité des liens économiques internationaux et l’ampleur des déplacements sur la planète, la croyance que l’épidémie s’arrêterait aux frontières était fragile, mais elle a été très largement partagée dans la plupart des pays.

L’épidémie ayant néanmoins commencé à franchir les frontières, c’est le 23 février qu’a été déclenché en France le plan Orsan REB, consacré aux Risques Epidémiques et Biologiques, dont le stade 1 doit permettre de freiner l’introduction du virus sur le territoire national. Nous avons alors appris que le plan prévoyait un stade 2 ayant pour objectif de freiner la propagation de la maladie sur le territoire, puis un stade 3 correspondant à une circulation active du virus sur le territoire et cherchant à réduire les effets de la pandémie, avant le stade 4 constatant le retour à une situation normale.

Nous avons alors été nombreux à penser, en phase avec une vaste majorité du corps médical, qu’il fallait compter sur sa bonne étoile qui nous protègerait d’abord d’être contaminé, et nous ferait bénéficier de l’immunité de groupe ensuite. Si nous étions contaminés, nous pouvions espérer que ce ne soit pas trop grave, en tout cas pas fatal.

L’histoire s’est accélérée. Dès le 29 février, 100 personnes étaient atteintes, deux décédées, et le stade 2 est déclenché. Le 11 mars, alors que l’OMS déclare l’état de pandémie, les visites en Ehpad sont interdites. Le 14 mars, le bilan atteint 4.500 cas confirmés et 91 décès à l’hôpital, et le stade 3 est déclenché. Devant la perspective d’un nombre de morts rapidement très élevé et du débordement des hôpitaux et de leurs services de réanimation, le confinement est décidé à effet du 17 mars.

D’autres pays ont cherché plus durablement à éviter le confinement, comme le Royaume-Uni ou les Etats-Unis. Ils considéraient d’une part qu’en l’absence de traitement efficace ou de vaccin, il faudrait bien finir par ressortir du confinement, ce qui relancerait l’épidémie jusqu’à l’immunisation de groupe, et d’autre part que son coût économique serait excessif au regard de la mortalité estimée en première analyse. Force est de constater que devant la montée du nombre de morts constaté, et prévisible dans les nouvelles estimations, tous les pays qui n’ont pu maintenir le nombre de victimes à un niveau suffisamment faible ont décidé de mesures de confinement au moins partielles, et l’on voit les débats qui ont actuellement lieu en Suède sur la conduite à tenir.

Subir « au moins mal » jusqu’à l’immunité de groupe ne semble plus pouvoir constituer une solution aux épidémies, dès lors que la surmortalité devient importante.

Alors, que faire ?

À suivre …

Réflexion n°2 : Une épidémie, un sujet plus sanitaire que médical ?

Régis de LAROULLIÈRE est ancien directeur général de MÉDÉRIC, et conseil en stratégie et gestion des risques
Jérôme CABOUAT est conseil de direction, spécialisé dans la dynamisation et la sécurisation des grands programmes de transformation

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