Bonus / Chronique : Je t’aurai eu

Illustration des chroniques et bonus de La Lettre de l'Assurance

Voici le retour de Lucas FORTUIT, dans une chronique supplémentaire, bonus du bonus, histoire de clarifier le propos et d’amener encore un peu de grain à moudre.

Sans doute avez-vous été dubitatif à mon instar à l’écoute des campagnes d’image de certains assureurs avant le prime-time, le moment propice, sans doute, pour parler cotisation…
Mon propos ne vise pas à savoir si celles-ci sont efficaces, sachant que tout téléphile zappe la pub pour une autre occupation domestique plus urgente… C’est bien connu !
Il y a un monde entre avoir vu/regardé/entendu une respiration entre deux head lines… et être incité à changer d’assureur au pied levé le lendemain après ladite réclame…
Les annonceurs le savent sûrement mais, apparemment, ils s‘en contrefichent…
Est-ce le cas de celui auquel je fais allusion ?
Sans doute, non.
L’objectif des majors du top 20 des preneurs de risques est de monopoliser le PAF assurantiel, inaccessible aux centaines d’autres moins lotis en chiffre d’affaires, sauf après le dernier JT de la nuit… sur une chaîne de documentaires savants ou de téléréalité citoyenne…
La campagne de l’un des annonceurs m’a interpellé depuis plusieurs années par son slogan répétitif qui vise à l’agacement, conduit à l’irritation, voire à l’arrogance assurantiellement parlant…
De quoi s’agit-il ?
D’un story-board qu’un major de la place (vu côté des régies publicitaires) met en scène et dans lequel un quidam avisé, BCBG, menace tout bonnement de l’avoir, un jour…
Je l’aurai, bougonne t-il, la rage aux yeux et serrant les poings face à un interlocuteur rigolard qui a revêtu les habits d’un Satan sournois dans l’un de ses derniers clips.
Que faut-il comprendre derrière ces menaces grimaçantes ?
Qu’on se marre en diable dans l’assurance et plus particulièrement chez le susdit provocateur !
Certes, non, attestera le psycho-publicitaire qui a concocté le scénario de conquête.
Que le quidam réussira un jour à devenir un client de l’assureur, coûte que coûte, au premier abord !
Peut-être !
S’il le veut bien…
Ou que le preneur de risques est armé contre les resquilleurs et les assurés de mauvaise foi et qu’il faut montrer patte blanche pour faire partie des élus de son portefeuille ; gage de son expertise et de sa notoriété, en seconde analyse ?
Heureux les assurés qui ont été cooptés, veut-il faire croire !

Cela dit, il ne manquerait plus que je change de crèmerie ipso facto suite à un spot chaloupé ou à un clip du sponsor de la météo des plages dont l’esquif a traversé l’océan sans naufrage ou cassé un mât d’infortune…
Pour ma part, rien à faire, la réclame ne m’a jamais influencé sur le choix d’un assureur ou d’une garantie, vous le savez, que ce soit en matière d’obsèques ou de recherche de fuite d’eau ruineuse émanant d’une canalisation souterraine.
Mais, je fais amende honorable si je n’ai rien compris au film…

Cette résistance de ma part au boniment ne s’exerce pas uniquement à l’encontre des sociétés financières qui évoluent dans un monde qui bouge (référence anxiogène, sans doute, aux phénomènes sismiques qui frappent régulièrement notre planète sans prévenir), mais également dans d’autres secteurs marchands. Tenez, pour preuve de ma bonne foi, dernièrement, j’ai eu la curiosité de consulter le CV d’un Rosé servi dans un restaurant à la mode, dont je tairai le nom, contrairement à l’un de mes collègues, chroniqueur gastronomique de talent et grand amateur de pavé saignant. L’étiquette indiquait sans rire : « Parfum enveloppant qui annonce une structure immédiate… ».

Après avoir lampé la bouteille sans recul, j’avoue avoir été eu, question structure. Elle s’est fait attendre, même après le second flacon…
J’attends donc avec impatience la prochaine campagne où l’annonceur humilié et contrit, cette fois-ci, avouera qu’il a été défait…
Un pied de nez à une prochaine vague publicitaire sur le thème : « Il m’a eu ».
Dans l’attente, je vous souhaite d’avoir une belle fin d’été.

Lucas FORTUIT