Série Covid-19 : Un impact économique et social inouï ?

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Après deux réflexions sur l’immunité de groupe et les réponses à l’épidémie, Régis de LAROULLIÈRE et Jérôme CABOUAT se penchent sur les impacts économiques et sociaux dans un texte finalisés après le discours présidentiel du 14 juin.
Ils poursuivent la série sur les enseignements et les questionnements que la crise du Covid-19 ont mis en lumière.

Le 14 juin, trois mois après le confinement, l’épidémie semble sous contrôle, et le déconfinement progressif engagé 5 semaines auparavant avance bien. Le président de la République annonce la réouverture des écoles le 22 juin, et des frontières au-delà de l’Europe le 1er juillet. Les visites en Ehpad et maison de retraite vont pouvoir reprendre. Certes, un risque de rebond subsiste, les grands rassemblements demeurent très encadrés, la vigilance et la prudence restent de mise pour longtemps encore. Mais au global, au plan sanitaire, la confiance revient. Par contre, une autre inquiétude prend de l’ampleur : l’angoisse économique.

Souvenons-nous de la situation il y a 3 mois. Le 16 mars, le président de la République annonce le confinement, pour 15 jours au moins. La France se met en mode « pause ». Ce ne devrait pas être très long : la durée d’incubation moyenne serait de 5 jours, la durée de contagiosité d’une semaine. Dans 15 jours, les contaminés seraient identifiés, les autres seraient sains et les activités suspendues pourraient redémarrer. Globalement, ce qui n’aurait pas été produit n’aurait pas été consommé non plus. Certes, cela a pris plus de temps en Chine, mais cela devrait demeurer supportable chez nous, et l’État a mis en place les moyens pour financer ce temps suspendu : il s’agit d’enrayer la progression du virus quoiqu’il en coûte.

La décrue de l’épidémie ne s’avère pas aussi rapide que son emballement, la vie en confinement provoque des retransmissions, de même que les contacts externes résiduels et la vie en clusters comme les Ehpad. Le coefficient de transmission, le désormais fameux R, ne baisse qu’à 0,7, et il faut prolonger à deux reprises le confinement de trois semaines.

Avec la durée, l’évidence d’un impact économique majeur émerge. Il n’était pas vraiment dans les plans, tout juste de façon allusive. Il semble ne pas avoir été vu, au moment de la décision de confinement, dans l’ordre de grandeur qui se révèle ensuite : le ministre de l’Économie annonce le 25 mars une récession de 1% du PIB, portée à 6% le 6 avril, et bientôt le Premier ministre parle de risque d’effondrement. Le 2 juin, la prévision de récession est portée à 11% pour 2020, niveau le plus élevé au sein de l’OCDE selon cette institution. La perspective du retour en positif s’éloigne. Le chômage s’est mis à augmenter rapidement. De nombreux entrepreneurs et indépendants voient s’avancer le spectre de la faillite, de même que certains secteurs comme les cafés restaurants, le spectacle vivant, le transport aérien ou la construction aéronautique. Les plans de soutien se multiplient, et le coût global du dispositif qui se met en place s’emballe à son tour.

Le coût sanitaire se compte en milliards et croît rapidement. Mais cela reste faible par rapport au coût économique, estimé à l’origine en dizaines de milliards, et qui se compte à présent en centaines de milliards, tant pour les crédits que les pertes définitives. On parle de crise analogue à celle de 1929, avec son explosion durable du chômage et ses très graves répercussions sociales.

L’ardoise provisoire est déjà énorme. Qui va payer ? Les Chinois, qui sont à l’origine de la crise ? Les Américains, dont le PIB par tête est de plus du tiers supérieur au nôtre ? Les Allemands, dont le PIB par tête est de 15% supérieur au nôtre et qui ont été moins éprouvés par l’épidémie ? Mais à l’inverse, allons-nous payer pour les Belges ou les Anglais, significativement plus touchés que nous en proportion des populations respectives, ou les espagnols et les italiens, aussi touchés mais moins riches que nous ? Hypothèses hautement improbables. Au-delà des coopérations novatrices et bienvenues annoncées en Europe, ce sera très certainement pour l’essentiel chacun pour soi.

La question devient : comment allons-nous pouvoir assumer ? S’endetter davantage suffira-t-il ? Faudra-t-il augmenter les impôts ? Faire payer les riches ? Travailler plus ? Avec quelles conséquences sur les plus jeunes générations dans les différentes hypothèses ? Ce chapitre de notre histoire commence à s’écrire.

Ainsi, la crise provoquée par l’épidémie n’est pas que sanitaire et médicale. Elle a aussi une dimension économique et sociale profonde et durable.

À suivre …

Réflexion n°1 : L’immunité de groupe ne serait-elle plus la solution aux épidémies ?

Réflexion n°2 : Une épidémie, un sujet plus sanitaire que médical ?

Régis de LAROULLIÈRE est ancien directeur général de MÉDÉRIC, et conseil en stratégie et gestion des risques
Jérôme CABOUAT est conseil de direction, spécialisé dans la dynamisation et la sécurisation des grands programmes de transformation

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